HISTOIRE DU ROI DE BOI1ÊME ET DE SES SEPT CHATEAUX
Il était une fois un certain roi de Bo hè —
Comme le caporal entrait sur le territoire de la Bohême, mon oncle Tohy le força de faire halte pour un moment : le caporal était parti nu-tête, ayant laissé son bonnet de
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houzard par terre à côté de lui depuis qu’il l’avait ôté à la fin du dernier chapitre.
— L’œil de la bonté épie tout; — de sorte qu’avant que le caporal en fôt au cinquième mot de son histoire, mon oncle Toby avait deux fois touché son bonnet de houzard du bout de la canne, interrogativement; — comme pour dire : pourquoi ne le mets-tu pas, Trim ? Trim le ra-
massa avec la plus respectueuse lenteur, et jetant un regard humilié sur la broderie de devant, qui était terriblement ternie et éraillée, qui plus est, dans plusieurs des feuilles principales et des parties les plus hardies du dessin, il le remit à terre entre ses pieds, pour moraliser dessus.
Ce n’est que trop vrai de tout point, ce que tu vas
dire, s’écria mon oncle Toby : —
« Rien dans ce bas monde, Trim, n'est fait pour durer toujours. »
Mais quand tes gages d’amitié et de souvenir s’usent, cher Tom, dit Trim, que pouvons-nous dire?
Il n’y a pas lieu, Trim, à rien dire de plus, reprit
mon oncle Toby; et quand on se creuserait la cervelle jusqu’au jour du jugement, je crois, Trim, que ce serait impossible.
Le caporal voyant que mon oncle Toby avait raison, et que l’esprit humain songerait en vain à tirer de son bonnet une plus pure morale, le mit sur sa tête sans plus chercher; et se passant la main sur le front pour en effacer une ride pensive que le texte et la doctrine avaient engendrée de concert, il retourna, du même air et du même ton de voix, à l’histoire du roi de bohème et de ses sept châteaux.