CHAPITRE CCLXXXII
Mon oncle Toby tourna plus d’une foi* la tête en arrière, pour voir comment il était soutenu par le caporal ; et le caporal, chaque fois, fit un petit moulinet avec son bâton, — mais sans rodomontade; et avec l’accent le plus doux du plus respectueux encouragement, il dit à son maitre : « N’ayez pas peur. »
Or, mon oncle Toby avait peur, et cruellement; son savoir (ainsi que mon père le lui avait reproché) n’allait pas jusqu’à distinguer dans une femme le bon côté du mauvais : aussi n’était-il jamais complètement à l’aise auprès d’aucune, à moins qu’elle ne fût dans le chagrin ou l’infortune : alors sa pitié était infinie; et le héros le plus courtois des romans de chevalerie n’aurait pas été plus loin, du moins sur une jambe, pour essuyer une larme de l’œil d’une femme ; et pourtant, excepté la fois où mistress Wadman l’avait obtenu de lui par ruse, il u’en avait jamais regardé une fixement; et il disait souvent à mon père, dans la simplicité de son cœur, que c’était presque (sinon tout à fait) aussi mal que de dire une obscénité.
Et quand cela serait, disait mon père.