‹ Vie et opinions de Tristam ShandyChapitre 305 sur 331 · CHAPITRE CCLXXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCLXXXIII

Elle ne peut pas, dit mon oncle Toby, faisant halte quand ils furent à vingt pas de la porte de mistress Wadman,— elle ne peut pas, caporal, le prendre en mauvaise part.

Elle le prendra, sauf votre respect, dit le caporal,

juste comme la veuve du Juif à Lisbonne le prit de mon frère Tom.

Et comment était-ce? demanda mon oncle Toby,

faisant volte-face vers le caporal.

Votre Honneur, répliqua le caporal , connaît les

malheurs de Tom ; mais cette ail'aire-ci n’a rien de commun avec eux, à cela près que si Tom n’avait pas épousé

DE TIUSTRAM SIIANDY. 543

la veuve, — ou si Dieu avait permis qu’après leur mariage ils eussent tant seulement mis du porc dans leurs saucisses, l’honnête garçon n’aurait pas été arraché de son lit et traîné à l’Inquisition : c’est un maudit endroit , ajouta le caporal en secouant la tête; quand une fois une pauvre créature est dedans, elle y est, sauf votre respect, pour toujours.

C’est bien vrai, dit mon oncle Toby, tout en regardant gravement la maison de mislress Wadman.

— — Rien au monde, continua le caporal, n’est si triste qu’une prison perpétuelle, — ni si doux, sauf votre respect, que la liberté.

Rien, Trirn, dit mon oncle Toby, d’un air rêveur,

Tant qu’un homme est libre, s’écria le caporal en

faisant le moulinet avec son bâton, de celle manière :

Un millier des plus subtils syllogismes de mon père n’aurait pu en dire davantage en faveur du célibat.

Mon oncle Toby regarda attentivement son cottage et son boulingrin.

Le caporal avec sa baguette avait inconsidérément évoqué l’esprit de calcul; il ne lui restait qu’à le conjurer avec son histoire; et c’est ce que le caporal fil dans cette forme d’exorcisme tout à fait hétérodoxe.

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