‹ Vie et opinions de Tristam ShandyChapitre 311 sur 331 · CHAPITRE CCXC · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCXC

->-« Que diantre se passe-t-il dans leurs deux caboches? » s’écria mon père, etc.

Je crois en vérité, dit ma mère, qu’ils font des fortifications.

Pas sur le terrain de mistress Wadman! s’écria

mon père en reculant.

——Je suppose que non, repartit ma mère.

Je voudrais, dit mon père en élevant la voix, que

toute la science des fortifications fût au diable avec toutes ses niaiseries de sapes, de mines, de blindes, de gabions, de fausses braies et de cuvettes.

Ce sont de sottes choses, dit ma mère.

Or, ma mère avait une habitude, et, par parenthèse, je ferais à l’instant même le sacrifice de ma jaquette violette, et de mes pantoufles jaunes par-dessus le marché, si si quelques-unes de vos Révérences voulait l’imiter,— c’était de ne jamais refuser son assentiment et consentement à aucune des propositions que mon père lui posait, lorsque sa seule raison pour le faire était qu’elle ne la comprenait pas, ou qu’elle n’avait aucune idée du principal mot ou terme d’art sur lequel roulait cette opinion ou proposition. Elle se contentait de faire tout ce que ses parrains et marraines avaient promis en son nom, — mais

rien de plus; et elle se serait servie vingt ans de suite d'un mot difficile, — et elle y aurait répondu, si c’eût été un verbe, dans tous ses temps et modes, sans se donner la peine d’en demander la signification.

C’était une source éternelle de chagrin pour mon père, et cela coupait le cou, dès le début, à plus de bonnes conversations entre eux, que n’aurait pu faire la plus pétulante contradiction;— le peu qui survécut de celle-ci le dut aux cuvettes.

« Ce sont de sottes choses, » dit ma mère.

Particulièrement les cuvettes, repartit mon père.

Cela suffit;— il goûta les douceurs du triomphe, — et poursuivit :

— Ce n’est pas qu’à proprement parler ce soit le terrain de mistress Wadman, dit mon père se reprenant en partie, — attendu qu’elle n’en a que l’usufruit.

Cela fait une grande différence — dit ma mère.

Aux yeux des sots, répliqua mon père.

A moins qu’il ne lui arrive d’avoir un enfant, dit

ma mère.

Mais d’abord il faut qu’elle persuade à mon frère

Toby de lui en faire un.

Sans doute, monsieur Shandy, reprit ma mère.

Et encore, s’il faut en venir à la persuasion, — dit

mon père, — le Seigneur ait pitié d’eux !

Amen, dit ma mère, piano.

Amen, s’écria mon père, fortissimé.

Amen, répéta ma mère, — mais elle l’accompagna

d’une plaintive cadence de pitié toute personnelle, qui cassa bras et jambes à mon père : — il prit soudain son almanach; mais avant qu’il eût pu l’ouvrir, la congrégation d’Yorick venant à sortir de l’église, ce fut une pleine réponse à la moitié de ce qu’il y voulait chercher; — et ma mère lui disant que c’était jour de communion, — le laissa aussi peu en doute sur le reste. — Il mit son almanach dans sa poche.

Le premier lord de la Trésorerie songeant aux voies et moyens, ne serait pas rentré chez lui d’un air plus embarrassé.

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