‹ Vie et opinions de Tristam ShandyChapitre 317 sur 331 · CHAPITRE CCXCVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCXCVI

Comme l’index et le pouce de mistress Brigitte étaient sur le loquet, le caporal ne frappa point autant de fois que fait peut-être le tailleur de votre Honneur. — J’aurais pu prendre mon exemple un peu plus près; car je dois au mien vingt-cinq guinèes pour le moins; et j’admire sa patience, à cet homme.

Mais ceci n’est d’aucun intérêt pour le public;

seulement c’est une maudite chose que d’avoir des dettes ; et on dirait qu’il y a une fatalité qui s’acharne sur les finances de certains pauvres princes, particulièrement de notre famille : il n’est pas d’économie capable de les tenir sous clef. Pour ma part, je suis persuadé qu’il n’existe pas sur terre de prince, de prélat, de pape ni de potentat, grand ou petit, plus désireux dans Pâme que je ne le suis d’être parfaitement en règle avec le monde, — ou qui fasse plus ce qu’il faut pour cela. Jamais je ne donne plus d’une demi-guince, — ni ne me promène en bottes, — ni ne marchande de cure-dents, ni ne dépense un shilling en cartons, dans l’année ; et pendant les six mois que je passe à la campagne, j’y suis sur un si petit pied, que malgré

toute la bonne volonté du monde, je laisse Rousseau bien loin derrière ! — car je n’ai chez moi ni homme, ni petit garçon, ni cheval, ni vache, ni chien, ni chat, ni rien qui mange ou boive, excepté (pour entretenir mon feu) une pauvre maigre vestale, qui généralement a un aussi mauvais appétit que moi ; — mais si vous croyez que cela fait de moi un philosophe, — je ne donnerais pas, mes bonnes gens, un fétu de vos jugements.

La vraie philosophie — mais il n’y a pas moyen de traiter ce sujel-là pendant que mon oncle Toby siffle son Lillabullero.

Entrons dans la maison.

Page 1