‹ Vie et opinions de Tristam ShandyChapitre 328 sur 331 · CHAPITRE CCCVJII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCCVJII

Ce fut comme la lutte passagère dans les paupières humides d’une matinée d’avril : « Brigitte devait-elle rire ou pleurer? «

Elle saisit un rouleau, — il y avait dix à parier contre un qu’elle aurait ri. —

Elle le posa, — *clle pleura; et si une seule de scs larmes avait eu le moindre goût d’amertume, le caporal aurait été peiné au fond du cœur d’avoir employé cet argument; mais le caporal connaissait mieux le sexe que mon oncle Toby, au moins de la différence d’une quatrième majeure à une tierce, et en conséquence il s’attaqua à mistress Brigitte de cette manière —

Je sais, mistress Brigitte, dit le caporal en lui donnant le haiser le plus respectueux, que tu es bonne et modeste de ta nature; et que tu es avec cela une si généreuse tille au fond de l’âme, que, si je te connais bien, tu ne voudrais pas blesser un insecte, encore moins l’honneur d’un si galant et digne homme que mon maître, quand tu serais sûre de devenir comtesse; — mais tu as été mise en avant, et trompée, chère Brigitte, comme c’est souvent le cas des femmes « de faire plaisir aux autres plus qu’à elles-mêmes. »

Les yeux de Brigitte ruisselèrent aux sensations qne le caporal excitait.

— Dis-moi, — dis-moi donc, ma chère Brigitte, continua le caporal en lui prenant sa main qui pendait morte à son côté, — et en lui donnant un second baiser, qui t’a induite en erreur par ce soupçon.

Brigitte sanglota une ou deux fois, — puis rouvrit les yeux; — le caporal les essuya avec le bas de son tablier; alors elle lui ouvrit son cœur et lui raconta tout.

VlE ET OPINIONS

Page 1