CHAPITRE XXVI
J’ai commencé un nouveau livre, afin d’avoir assez de place pour expliquer la nature des perplexités dans lesquelles mon oncle Tuby était tombé par suite des nombreuses conversations et interrogations sur le siège de Namur, où il avait reçu sa blessure.
Je dois rappeler au lecteur, en cas qu’il ait lu l’histoire des guerres du roi Guillaume; — mais s’il ne l’a pas lue, — alors je lui apprends qu’une des plus mémorables attaques de ce siège fut celle qui fut faite par les Anglais et les Hollandais sur la pointe de la contrescarpe avancée, dans la porte Saint-Nicolas, qui protégeait la grande écluse, où les Anglais furent terriblement exposés au feu de la contre-garde et du demi-bastion de Saint-Uoch, lequel chaud contlit eut, en trois mots, l’issue que voici : les Hollandais se logèrent dans la contre-garde, — et les Anglais se rendirent maîtres du chemin couvert devant la porte Saint-Nicolas, malgré la bravoure des officiers français, qui s’exposèrent sur le glacis l’épée à la main.
Comme c’était la principale attaque dont mon oncle eût été témoin oculaire à Namur, — l’armée des assiégeants étant coupée par le confluent de la Meuse et de la Sambre, chacun ne pouvait guère voir que ses propres opérations, — mon oncle Toby était généralement plus cloquent et plus précis dans cette partie de son récit; et les nombreuses perplexités où il était provenaient des difficultés presque insurmontables qu’il trouvait à raconter son histoire d’une manière intelligible, et à donner des idées assez claires des différences et distinctions qui existent entre l’escarpe et la contrescarpe, — le glacis et le chemin couvert, — la demi-lune et le ravelin, — pour faire pleinement comprendre à sa compagnie où il était et ce dont il s’agissait.