CHAPITRE LXXII
Depuis le premier moment que je me suis mis à écrire ma vie pour l’amusement du monde, et mes opinions pour son instruction, un nuage s’est insensiblement amassé sur mon père. — Un torrent de petits maux et de petits chagrins s’est précipité contre lui.— Pas une chose, comme il l’a observé lui-même, n’a été droit; et maintenant l’orage a grossi, et est près de crever et de tomber en plein sur sa tète. •
J’aborde cette partie de mon histoire dans la plus pensive et la plus mélancolique disposition d’esprit où jamais cœur Jsympathique se soit trouvé. — Mes nerfs se relâchent à mesure que je la raconte. — A chaque ligne que j’écris, je sens diminuer la vitesse de mon pouls, et avec elle cette insouciante gaieté qui, tous les jours de ma vie, me pousse à dire et à écrire mille choses dont je devrais m’abstenir — Et il n’y a qu’un instant, la dernière fois que j’ai trempé ma plume dans l’encre, je n’ai pu m’empêclier de remarquer quel air circonspect, tristement calme et solennel, j’avais pris en le faisant. — Seigneur 1 quelle différence avec les élans inconsidérés et les folles boutades qui sont dans tes habitudes, Tristram, quand lu t’en acquittes sous l’inûuence d’une autre humeur — laissant tomber ta plume, — faisant jaillir ton encre sur ta table et tes livres, — comme si ta plume et ton encre, tes livres et ton mobilier ne te coûtaient rien !