‹ Vie et œuvres de J.J. RousseauChapitre 18 sur 51 · I04 VIE ET ŒUVRES · texte numérisé non relu

I04 VIE ET ŒUVRES

Phèdre, incestueuse et versant le sang iûEocmL; Syphax empoisonnant sa femme,' le jeune Horace poignardant sa sœur, Agamemnon immolant sa fille, Oceate égorgeant sj. mère, ne laissent pas d'être d e s pers Qnnage5.intéres5apt'i' S Ajoutez que l'auteur pour faire parler chacun selon son caractère, est forcé de mettre dans la houche des méchants leurs maximes et leurs principes, revêtus de tout l'éclat des beaux vers et débités d'un ton imposant et sentencieux, pour l'instruction du parterre.

B. La Comédie

iQ Pour la Comédie, c'est pire encore. Et Rousseau ne prend

pas la mauvaise comédie ou la comédie de qualité moyenne; il

prend l'œuvre du plus grand écrivain comique, Molière lui-même,

pour y signaler de graves dangers.

On convient, et on le sentira chaque jour davantage, que

15 Molière est '^ phi^ pa.rfaîf aiitpiir i-nmigiiP rlnnt |pg n^ivraÇT' no us soient rnnniis : mais qui peut disconvenir aussi que le théâtre de ce même Molière, des talents duquel je suis plus l'admirateur que personne, ne soit uT|e école â ç vices et de mauvaisesjutems, plus dangereuse que les hvres mêmes où

20 l'on fait profession de les enseigner? Son plus grand soin est de^toumer la bonté et la simplicité en ridicule, et de mettre la ruse et le mensonge du parti pour lequel on prend intérêt^ ses honnêtes gens ne sont que des gens qui parlent; ses vicieux sont des gens qui agissent, et que les plus brillants

is succès favorisent le plus souvent: enfin l'honneur de s, applaudissements, rarement pour le plus estimable, est presque "toujours pour le (Jus adroit.'

' Syphax, roi de Numidie (3"™ siècle avant J.-C.) joua un grand rôle dans les luttes de Rome et Carthage. II avait épousé la fille d'Aadrubal, Sophonisbe, qui plus tard épousa Masainissa. Plusieurs écrivains ont écrit des tragédies sur Sophonisbe, en France surtout Mâiretet ComejUc. ' En i694,dansses ifarimei e( R^^eiîoiw îUf/oComWie (s),lBossu^, avait pris cette attitude vis-à-vis de Molière.

LETTRE A D ALEUBEKT I05

Examinez le comique de cet auteur: partout vous trouverez que tes vices de caractère en sont l'instrument, et les défauts oatureb le sujet; que la malice de l'un punit la simplicité de l'autre, et que les sots sont les victimes des méchants: ce qui, pour n'être que trop vrai dans le monde, n'en vaut s pas mieux à mettre au théâtre avec un air d'approbation, comme pour exciter les âmes perfides à punir, sous le nom de sottise, la candeur des honnêtes gens.

* Dat veoiam corvis, vexât censura columbaa ». '

Voilà l'esprit général de Molière et de ses imitateurs. Ce sont des gens qui, tout au plus, raillent quelquefois les lo vices, sans jamais faire aimer la vertu; de ces gens, disait un ancien, qui savent bien moucher la lampe, mais qui n'y mettent jamais d'huile.

Voyez comment, pour multiplier ses plaisanteries, cet homme trouble tout l'ordre de la société; avec quel scan- rs dale il renverse tous les rapports les plus sacrés sur lesquels elle est fondée, comment il tourne en^rision les respectables droits des pères sur leurs enfants, des maris sur leurs femmes, des maîtres sur leurs serviteuisL II fait rire, U est vrai, et n'en "devient que plus coupable, en forçant par un charme ao invincible, les sages mêmes de se prêter à des railleries qui devraient attirer leur indignation. J'entends dire qu'il attaque les vices; mais je voudrais bien que l'on comparât ceux qu'il attaque avec ceux qu'il favorise. Quel est le plus blâmable d'un bourgeois sans esprit et vain qui fait sotte- «s ment le gentilhomme, ou du gentilhomme fripon qui le dupe? Dans la pièce dont je parle, ce dernier n'est-il pas l'honnête homme? n'a-t-i! pas pour lui l'intérêt? et le public n'applaudit-il pas à tous les tours qu'il fait à l'autre? Quel' est le pTiis criminel d'un paysan assez fou pour épouser une 3a demoiselle, ou d'une femme qui cherche à déshonorer son

' Indulgente aux corbeaux, la censure attaque les colombes (Jurinal, II, 6î).

Jo6 VIE ET ŒUVRES

époux? i Que penser d 'une piè ce où le p arterr e applaudit à , l'infidélité, au ^ men s onge, à l'impudence de celle-ci, et rit de la bêtise du manant puni? C'est un grand vice d'être avare et de prêter à usure; mais n'en est-ce pas un plus grand S encore à un fils de voler son père, de lui manquer de respect, de lui faire mille insultants reproches, et, quand cepère irrité JuLdçnne. sa malédiction, de répondred'un air goguenard, qu'il n'a que faire de ses dons? Si la plaisanterie est

excellente, en est-elle moins punissable? "* '^ pi&^r ni\ l'nn

lo fait aimer le fils insolent qui l'a faite, en est-eIlejnoiris une école dë'mauvaises mœurs? . . .

Le Misanthrope de Molière Ensuite, du meilleur auteur comique, Rousseau choisit la meilleure pièce, « cette admirable pièce » Le Misanthrope (1666), pour en analyser l'esprit.

15 Qu'est-ce donc que le misanthrope de Molière? Un homme de bien qui déteste les mœurs de son siècle et la méchanceté de ses contemporains; qui, précisément parce qu'il aime ses semblables, hait en eux les maux qu'ils se font réciproquement et les vices dont ces maux sont l'ouvrage.

ao S'il était moins touché des erreurs de l'humanité, moins indigné des iniquités qu'il voit, serait-il plus humain lui-même? Autant vaudrait soutenir qu'un tendre père aime mieux les enfants d'autrui que les siens, parce qu'il s'irrite des fautes de ceux-ci, et ne dit Jamais rien aux autres.

as Ces sentiments du misanthrope sont parfaitement développés dans son rôle. Il dit, je l'avoue, qu'il a conçu une haine effroyable contre le genre humain. Mais en quelle occasion le dit-il? Quand, outré d'avoir vu son ami trahir lâchement son sentiment et tromper l'homme qui le lui de-

jo mande, il s'en voit encore plaisanter lui-même au plus fort

' Rousseau parle ici de George Dandin, comédie de iâ6S, avec ce refrain: t Tu l'as voulu, George Daadinl »

tETTRE A d'aLEMBERT IO7

de sa colère. Il est naturel que cette colère dégénère en emportement et lui fasse dire alors plus qu'il ne pense de sang-froid. D'ailleurs la raison qu'il rend de cette haine universelle en justifie pleinement la cause:

• Les uns piaree qu'ils sont méchants, Et ks autres, pour être aux méchants complaisants ».'

Ce n'est donc pas des hommes qu'il est ennemi, mais de la j méctiance té des uns et dû support que cette méchanceté trouve dan s Jes autres. S'il n'y avait ni fripons ni flatteurs, il Mme rait tout le genre humain. Il n'y a pas un homme dé bien qui ne soit misanthrope en ce sens; ou plutôt les vrais misanthropes sont ceux qui ne pensent pas ainsi; car, au ic fond, je ne connais point de plus grand ennemi des hommes que l' ami de tout le monde, qui, toujours charmé de tout, e ncourage incessam ment les mécEànts, et flatte par sa coupable complaisance les vices d'où naissent tous les désordres de la société. iS

Une preuve bien sûre qu'Al ceste n'est point misanth raae h la lettre, c'est qu'avec ses brusqueries et ses incartades il ne Taisse pas d intéresser et de plaire. Les spectateurs ne voudraient pas à la vérité lui ressembler, parce que tant de droitu re est for t incommode; mais aucun d'eux ne serait fâché jo d'avoir affaire à quelqu'un qui lui ressemblât; ce qui n'arriverait pas s'il était l'ennemi déclaré des hommes. Dans toutes les autre s pièces de Molièrej le personnage ridicule ^t touiours haïssable on mépriju^hlp . Dans celle-là, quoique Alceste ait des défauts réels dont on n'a pas tort de rire, 35 on serît pourtant au fond du cœur un respect pour lui dont on ne peut se défendre. En cette occasion, la force de la vertu rempfltte.-fiïtf-l'art-de-l'aHteutfit fait honneur à son

■ LamémoiredeRousseauestimpeu en défaut ici. Les vers auxquels

il fut allusion sont de la première scène et non de la deuxième (scène du

sonnet). Et ces vers sont:

Les uns parce qu'ils sont méchants et malfaisants.

Et les autres pour être aux méchants compulsants. 1 HHîlt'

108 VIE ET ŒUVSES

caractère. Quoique Molière fît des pièces répréhensibles, il était personnellement honnête homme; et jamais le pinceau (Fun liÔimIteTïômme ne sut couvrir de couleurs odieuses les traits de la droiture et de la probité. Il y a plus: Molière 5 a mis dans la bouche d'Alceste un si grand nombre de ses propres maximes, que plusieurs ont cru qii'U ^'itait-veulu pondre lui-même . . .

Cependant ce caractère si vertueux est prés enté comme ridicule. Il rëst, en effet, "a certains égards; et ce qui dé-

lo montre que llîntention du poète est bien .de. If .rendre-IsL c'est celui de l'ami Philinte, qu'il met en opposition avec le sien. Ce Philinte est le sage de la pièce; un de ces honnêtes gens du grand monde dont les maximes ressemblent beaucoup à celles des fripons; de ces gens si doux, si modérés, qui

ij trouvent toujours que tout va bien, parce qu'ils ont intérêt que rien n'aille mieux; qui sont toujours contents de tout je monde, parce qu'ils ne se spucient de personne; qui, autour d'une bonne table, soutiennent qu'il n'est pas vrai que le peuple ait faim, qui, le gousset bien garni, trouvent fort

ao mauvais qu'on déclame en faveur des pauvres; qui, de leur maison bien fermée, verraient voler, piller, égorger, massacrer tout le genre humain sans se plaindre, attendu que Dieu les a doués d'une douceur très-méritoire à supporter les malheurs d'autrui,

îS On voit bien que le flegme raisonneur de celui-ci est très propre à redoubler et faire sortir d'une manière comique les emportements de l'autre; et le tort de Molière n'est pas d'avoir fait du misanthrope un homme colère et bilieux, mais de lui avoir donné des fureurs puériles sur des sujets

jo qui ne devaient pas l'émouvoir. Le caractère du misanthrope n'est pas à la disposition du poète; il est déterminé par la nature de sa passion dominante. Cette passion estjjne violente haine du vice, née d'un amour ardent pour la vertu, et aigrie par le spectacle continuel de la méchanceté des

IS hommes. Il n'y a donc qu'une âme grande et noble qui

lETTRE A D ALEMBERT lOQ

eii soit s u^pptil> ]e. L'horreur et le mépiis qu'y nourrit cette même passion pour tous les vices qui l'ont irritée sert encore à les écarter du cœur qu'elle agite. De plus , cette contempla tioa. .continuelle des désordres de Ja société~le détache de lui-même pour fixer toute son attention sur le s genre himiain. Cet té'~Eabitude élève, agrandit ses idées, Hétruit en lui les inclinations basses qui nourrissent et concentrent Pijnour-propre; et de ce concours naît une certaine force de courage, une fierté de caractère qui ne laisse prise au fond de son Irae qu'à des sentiments d^es de lo l'occuper.

Ce n'est pas que l'homme ne soît toujours homme; que la passion ne le rende souvent faible, injuste, déraisonnable; qu'il n'épie peut-être les motifs cachés des actions des autres avec un secret plaisir d'y voir la'corruption de leurs cœurs; 15 qu'unj)etit mal ne lui donne souvent une grande colère, et qu'en l'irritant à dessein un méchant adroit ne pût parvenir à le faire passer pour méchant lui-même; mais il n'en est pas moins vrai que tous moyens ne sont pas bons à produire ces effets, et qu'ils doivent être assortis à son caractère pour le ao mettre en jeu, sans quoi, c'est substituer un autre homme au misanthrope, et nous le peindre avec des traits qui ne sont pas les siens.

Voilà donc de quel côté le caractère du misanthrope doit porter ses défauts; et voilà aussi de quoi Molière fait un usage as admirable dans toutes les scènes d'Alceste avec son ami, où les froides maximes et les railleries de celui-ci, démontant l'autre à chaque instant, lui font dire mille impertinences très bien placées; mais ce caractère âpre et dur, qui lui donne tant de fiel et d'aigreur dans l'occasion, l'éloigné en même 30 temps de tout chagrin puéril qui n'a nul fondement raisonnable, et de tout intérêt personnel trop vif, dont il ne doit nullement être susceptible. Qu'il s'emporte sur tous les désordres dont il n'est que le témoin, ce sont toujours de nouveaux traits au tableau; mais qu'il soit froid sur <

IIO VIE ET ŒOVRES

qui s'adresse d irectement àiuj: car, ayant déclaré la guerre aux méchants, il s'attend bien qu'ils la lui feront à leur tour. S^ n'avait^ pas prévu le mal que, lui fera sa franchise^ elle serait une étourderie et non pas une vertu. Qu'une femme S fausse le trahisse, que d'indignes amis le déshonorent, que de faibles amis l'abandonnent, il doit le souffrir sans en murmurer: il connaît les hommes. " "

Si ces distinctions sont justes, Molière a mal saisi le I misanthrope. Pense-t-on que ce soit par erreur? Non,

lo sans doute. Mais voilà par où le désir de faire jire aux dépens du personnage l'a forcé de le dégrader contre

I la vérité du caractère. " ~~

Suit une étude minutieuse de la pièce, où Rousseau montre comment Molière a dénaturé le caractère vertueux d'Alceste

ts • pour faire rire le parterre ». ' Et il conclut ainsi:

Mais, en général, on ne peut nier que, si le misanthrope était plus misanthrope, il ne fût beaucoup moins plaisant, parce que sa franchise et sa fermeté, n'admettant jamais de détour, ne le laisseraient jamais dans l'embarras. Ce

10 n'est donc pas par ménagement pour lui que l'auteur adoucit quelquefois son caractère, c'est au contraire pour le rendre plus ridicule. Une autre raison l'y oblige encore, c'est que le misanthrope de théâtre, ayant à parler de ce qu'il voit, doit vivre dans le monde, et par conséquent tempérer sa

15 droiture et ses manières par quelques-uns de ces égards de mensonge et de fausseté qui composent la politesse, et que le monde exige de quiconque y veut être supporté. S'il s'y montrait autrement, ses discours ne feraient plus d'effet. T^t Pj^t Hi. l'aiitffi.r «t hmn 4e.l^i:«^F« fidicule, mais non

30 pas fou; et c'est ce qu'il paraîtrait aux yeux du public, s'il était tout à fait sage.

■ivGtJO^Ie

LETTRE A d'aLEJCBERT

L'Art du Cwnêdien

Rousseau discute avec la même fran chise l'honoyft t^iljtf (fq la, profession d^eteur. La question n'est pas; Sont-ils mauvais? mais Peifvetii^Jls exercer leur art sans le dgnetW' ? '

Qu'est-ce que le talent du comé dien? L'art de se contrefaire, de revêtir un autre caractère que le sien, de panUtre s différent de ce qu'on est, de se passionner de 5ang;froîd, de Ain- aiitn- d^ose quc cc qu'on pcosc, aussi naturellement que si l'on le pensait réellement, et d'oublier enfin sa propre place à force de prendre celle d'autiui. Qu'est-ce que la profession du comédien? Umnétier par lequd.iI.ge.dQiiiis.ca jqué- lo setttation gour de l'argent, se soumet à l'ignominie et aux affronts qu'on achète le droit de lui faire, et met publiquement ,.Bii. ptTSOF^rP f" vnt-p J'adjufe tout homme sincère de dire s'il ne sent pas au fond de son âme qu'il y a dans ce trafic de s<M-même quelque chose de servile et de bas. Vous autres 15 philosophes, qui vous prétendez si fort au-dessus des préjugés, ne mourriez-vous pas tous de honte, si, lâchement travestis en rois, il vous fallait aller faire aux yeux du public un rôle différent du vôtre, et exposer vos majestés aux huées de la populace? Quel est donc, au fond, Xpsprit. que le comédien ao jeçoit de so n.^ïatj.'i" "-^i^^gg de bassesse, de fan-tf^t/, de ^ri dicule oi^e i!, et d'indigne avilissement, qui le rend propre à toutes sortes de personnages, hors le plus noble de tous, celui d'homme, qu'il abandonne.

Je sais que le jeu du comédien n'est pas celui d'un fourbe 15 qui veut en imposer, qi t]il ne p rétend pas qu'on le prenne en effet pour la p ersonne qu'il représente, ni qu'on le croie affecté des passions qu'il imite, et qu'en dormant cette imitation pour ce qu'elle est, il la rend tout à fait innocente. . Aussi ne l'accusé-je pas d'être précisément un trompeur, mais de 30

' On fera bien de consulter à ce sujet un contemporain de Rousseau non suspect de puritanisme calviniste, Lesage, dans son roman G^BUa à la fin du chapitre < Chez les Comédiens». 1 im.>li'

112 VIE ET ŒXJVRES

cultiver, pour tout métier^ le talent de tromper les ho mme s, et d e s'exercer à des habitudes qui, ne pouvant être innocentes qu'au théâtre, ne servent partout ailleurs qu'à mal faire. Ces hommes si bien parés, si bien exercés au ton de la ga- S lanterie et aux accents de la passion, n'abuseront-ils jamais de cet art pour séduire de Jeunes personnes? Ces valets filous, si subtils de la langue et de la main sur la scène, dans les besoins d'un métier plus dispendieux que lucratif n'auront-ils jamais de distractions utiles? Ne prendront-ils Jamais la

lo bourse d'un fils prodigue, ou d'un père avare pour celle de Léandre ou d'Arç;an?' Partout la tentation de mal faire augmente avec la facilité; et il faut que les comédiens soient plus vertueiix que les autres hommes, s'ils ne sont pas plus corrompus.

ij Quant aux femmes,'

Je demande comment un état, dont l'unique objet est de, ae jnontreT en public, et, qui pis est, de se montrer pour de l'argent, conviendrait à d'homiêtes femmes, et pourrait compatir en elles avec la modestie et les bonnes mœurs. A-t-on besoin

20 même de disputer sur les différences morales des sexes, pour sentir combien il est difficile que celle qui se met à prix en représentation ne s'y mette bientôt en personne, et ne se laisse Jamais tenter de satisfaire des désirs qu'elle prend tant de soin d'exciter? Quoi ! malgré mille timides précautions, une

' Léandre, fils de Géronte, dans les Fourberie! de Scapin; Argan, du M(^ade Imaginaire, volé par des médecins sans scruplcs.

Rousseau 3. écrit plus tard cette remarque sur ce passage: ï On a relevé ceci comme outré et comme ridicule. On a eu raison. Il n'y a point de vice dont les comédiens soient moins accusés que de la friponnerie; leur métier, qui les occupe beaucoup, et leur donne même des sentiments d'honneur à certains Égards, les éloigne d'une telle bassesse. Je laisse ce passage, parce que je me suis fait une loi de ne rien ôter; mais je le désavoue hautement comme une très grande injustice u. {Note inlroduiU dans une fdition de 1782.)

' On a relevé avec raison l'analogie avec l'argument de Bossuet, Maximes et Réfiexions lur la Comédie (8).

Page 1