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CHAPITRE XXIV

LES ABAimOSHGS.

Nous entendons souvent parler de la doulenr des nègres esclaves à la perte d'un bon maître. Douleur bien JnstUiée, car il n'et«t pas sur la t^rre de créature plus abscdument délaissée , plus malheureuse qu'on esclave en cette drcimstance.

L'enfant qui a perdu son père conserve la protection de ses amis et celle de la loi. Il est quelque choie, il peut faire quelque chose, il a une position et des drmts reconnus ; Tesclavp^ n'en a aucun, la loi ne lui en accorde aucun, et le regarde, à tous égards, comme un ballot de marchandises. Le seul droit qui lui est accordé , celui de satisfaire à quelques désirs , à quelques besoins qu'il éprouve comme toute humaine créature, dépend de la souveraineté absolue, du bon plaisir irresponsable d'un maître, et si ce maître vient à lui manquer, il ne reste rien à l'esclave.

Le nombre de ces hommes qui savent user d'un pouvoir irresponsable d'Une façon humaine et généreuse, est très-petit. Chacun le sait , et l'esclave mieux que personne ; de sorte ■qvCïi est persuadé qu'il a dix chances de tomber entre les mains d'un maître injuste et tyrannique , contre une d'ea . rencontrer un judicieux et bon. C'est pourquoi l'affliction qu'il éprouve à la perte d'un bon maître est longue et bruyante.

Lorsque Saint-Clair eut rendu le dernier soupir, la terreur et la consternation s'emparÀrent de tous ms gedS. Il avait été frappé si soudainement» dans la fleur de Tftge et de la

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jeunesse I CliiM|ue cliiirabre, cliivque galerie de la xuaiaou retentit de sanglota et de cns de, désespoir.

Marie , dont le s^tème nerveux avait été affaibli par d^ soins continuels, îrav ait aucune énergie pour supporter ce choc, et dans le moment oii son mari rendait le dernier soupir ello ne faisait que tomber de syncope en syncope ; celui auquel elle avait été unie par le lien sacré du mariage la quittait pour toujours sans pouvoir lui adresser un dernier mot d'adieu.

Miss Ophélîa, douée d'une grande énergie de caractère et maîtresse d'elle-même, était demeurée auprès de son cousin jusqu'au dernier moment — tout œil, tout oreijle, tout attention — faisant tout ce qu'il était possible de faire , et se joignant de toute son âme à la tendre et fervente prière que e pauvre esclave adressait au cïel pour l'âme de son maître expirant.

En le x)réparant pour son dernier repos, on trouva sur sa poitrine un petit médaillon qui s'ouvrait au moyen d'un ressort. C'était le portrait en miniature d'une noble et belle figure de femme ;. au revers, sous la fermeture en cristal, se trouvait une mèche de cheveux noirs. On replaça ces objets sur sa poitrine inanimée—poussière sur poussière — pauvres et tristes reliques dés premiers rêves qui jadis avaient fait battre si ardemmeat ce cœur maintenant glacé.

L'âme de ïora était exdusiv^neat remplie de l'idée de Téternité, et tandis qu'il rendait les derniers devoirs à cette argile inanimée, la pensée que ce coup im|>révu allait le replonger dans un esclavage sans Hn ne lui vint pas une seule fois. Il était traaquiUe au' sujet du salut de Saint-Clair ; car en cette heure où il versait sa prière dans le sein du père céleste , il avait reçu eu lui une réponse de paix et.de certitude. Dans les profondeurs de son affectueuse natm'e, il uouvait ressentir quelque chose de l'amour divin ; car un vieil oracle a dit : « Celui qui demem*e en l'amour demeure en Pieu et Dieu en lui. » 'lom espérait et avait confiance ; il était en paix.

Los funérailles se firent avec la profusion ordinaire de tentures, de crêpes noirs, de prières et de figures solennelles ; puis le flot glacé et fangeux de la vie journalière reprit son cours, et bientôt se présenta l'étemelle et pénible question : Que va-t-on faire ?

Cette question se présenta à l'esprit de Marie qui, en toilette du matin, entourée d'esclaves attentifs , reposait assi»e dans une chaise longue, examinant des échantillons de crêpe et de bombazine. Elle se présenta à misa Ophélia qui commençait èk tourner ses pensées vers sou logis du Nord. Ellç

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**éleva» escortée de terreurs silencieuses, dans resçrit de tous 1«* «itelÀVes. ([ai connaissaient parfaitement le caractère cruel et tyrannique de la mattrcsse entre les mains de lafuelle ils 9« trouT aient. Tous savaient^ fort bien que s'ils Aviiient été traités avec indulgence, ce n'était point à leur Maîtresse, mais à leur maître qu'ils devaient l'attribuer, et que désonnais rien ne les pourrait garantir contre les traîte- Tbêa» tyranmqa*» qu'un caractère aigri par la douleur pourrai leur infliger.

Quinze jours environ après les funérailles, miss Opbélia, oeiStipée dans son appartement , entendit frapper doucement à la porte. Elle ourrit et se trouva en face de Rosa, la jeune e* joUe quarteronne dont il a déjà été question plusieurs fois ; die ftvaft les cheveux en désordre et les yeux gonflés de pleurs.

— Oh î miss Phéiia, dit-elle en se jetant à ses genoux et ca

Senant l6 bas de sa robe, je vous en prie, allez près de miss arie ; intercédez pour moi 1 Elle veut m*envoyer fouetter, tegardêz ! Et elle tendit à miss Ophélia xm. papier.

C'était un ordre, écrit de la délicate main de Katie, au maître d^un établissement de correction, pour admifjîfftaw quinze coups de fouet au.porteui^.

— Q;u*aveat-vous fa^t ? demanda mis» Ophélia.

. -^ Yoot saivez, miss Phéiia^ j^ai un si détMlabl» etraetère; c'est bitti mat à m<â. J^etaayiùâ une robe à vbiaë Malle, et êlLe m*a souffletée ; moi, sans y penser , j'ai répondu, j*ai été ioapertinente \ et elle m'a dit qu'elle me mettrait à la raison, et m*apprendraitf une fois pour toutes, k m pas ttx9 ti «ndadeuse. Tms elle a écrit ce billet ei m'a dit de 1a porter. J'aimerala mieux qu'elle me £k tuer to^t de suite.

Miss Ophélia demeura pensive, le billet k la main.

—•Voyez-Vous, miss Phéiia, dit Rosa, je ne craindrais pas tant leiouet si je le devais recevoir des mains de mîss Marie mt des vôtres ; mais être envoyée à un hommov et à un homme ausbt horrible ! Quelle honte, miss Phéiia 1

Mîss Ophélia savait très-bîen que c'était l'habitude universelle d'envoyer des femmes et de jeunes filles aux maisons de correction , de les livrer aux plus abjects des honames — des hommes assez vils pour exercer cette profession — pour y 6tre exposées et sounuses à la plus horrible correction. Elle savait cela depuis longtemps, mais elle n'en avait jamais conçu toute l'énormité, jusqu'au moment où elle vît la /rêlc et déHcate Rosa entièrement bouleversée pftr la douleur. Tout son sang d'honnête femme, son sang libre et fier de la Nouvelle-Angleterre, afflua h ses joues et battît amèrement dans son ooeur indigné ; mais, avec sa prudence habituelle,

pîer 4aQs &a main elle dit à Ro&a :

-^ Asfleye«*iroiU4 num enlfuitr pea^ant qoA j^tm trouver Yoti» maîtrefse.

— C'est honteux ! c'est monstrueux ! c'est indigne ! m disaitr-eUe en eUe mêm^ ^ traversant le salon.

£Ue trouva Maxie Mwse dans s» ehadse longue. Manimy^ debout à oôté d'elle, lui peignait les cheveux. Jane, ftssÎM par tet;re devunt elle, loi réchauffait les pieds.

— Coaiment' vous portez-vona aujourd'hui ? dit misi Ophélia.

Mam poussa «n profond soupir et ferma languissamment le« yiBux; ce fut d'abord sa seul» réponse ^ puis elle finit par dire : Oh l je ne sais, nooeiM ; je suppose que je sais auââ bien que je puisse être jamais ! Et Marie s'essuya les yeux avec un mouchoir de batiste bordé d'une bande noirt d'un pouce de large.

— Je vîen^, dit miss Ophélia avec une petite toux sèche, sorte de préliminaire à une difficile entrée en matière -^ je viens tous parler de cette pauvre Bosa.

Les yeux de Marie s'ouvrirent tout ^jrands , ses joues pâles se coLorèreiit tout à coup, et eUe répondit aigrement ; •^ £h bien ! de quoi s'a^-il ?

— Elle est très-affligée de sa faute.

— Ah 1 vraiment ! Elle le sera bien davantage eaoete avant que j'en aie fini avec elle. J'm enduré assez longtemps rjknpudence de eette enfent; je l'abaisserai plus bas ^ue terre ; je la forai ramper ^ans la poussière.

— Mais ne pourriez- vouB la punir d'ime autre m«nière^ -^'une manière moins humiliante?

*^ J'entends l'humilier^ c'est justement ce que je veux^ £Ue a toujours compté sur sa délicatesse, sur s» jolie %Qre, sur ses airs ^distingués , au point d- oublier ce qu'elle est. Je lui domneraî une leçon. qui lui w fera rabatta:e« j'im«|;^e.

— Mais, oonsine, songez âone que si vous détruJsex la délicatesse et le sentiment de la pudeur chez eette jemtf âUe^ vous la dépravez à l'instant.

-7* La délicatesse ! dit Marie avec un rire dédaigneux ; va joli mot pour une créature semblable! Je lui apprendrai qu'avec tous ses airs, elle ne vaut pas mieux que la fias dé* gaeniUée coureuse des rues. EUe ne prendra plue ses airs avec moi !

— Vous nuiez à répondre à Dfea de cette csfBÊoU I dit mSse Ophélia.

•^ Cnwttté ! j'aimerais i savoir jeà est la crwatoté ? J'éêne un ordre pour qumze coups de foaet, et jt xa^atammbà^ 4*

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les administrer légèrement. Je suis sûre qu'il n'y A là aucune cruauté.

• — Aucune cruauté ! reprit miss Ophélia. J^ suis sûre qu'il n'est pas une jeune fille qui no préférât être tuée sur-kcHamp.

— C'est possible pour les personnes qui ont vos sentimens : maïs toutes ces créatures s'y habituait fort 'bien. C'est la seule façon deleë mettre à la raison. Laissez-leur croire qu'elles doivent prendre des airs et faire lès délicate^ et elles vous fouleront aux pieds, absolument comijie mes esclaves ont fait jusqu'ici. Mais j'ai commencé enfin à prendre le dessus, et vexxjL leur faire savoir que je les enverrai fouetter aussi bien l*une que l'autre, si elles n'y prennent garde, dit Marie en lançant autour d'elle un regard décidé.

A ces mots, Jane courba la tête, car elle sentit qu'ils étùent particulièrement dirigés contre elle. Hiss Ophélia s'assit un moment, comme si elle eût avalé quelque mixture exploûve et ^qu'elle fût près d'éclater. Fuis^ reconnaissant l'inutilité d^une lutte contre une telle nature, elle garda résolument le silence, se recueillit et sortit de l'appartethent.

Il lui parut dur de retourner auprès de Rosa et de lui dire qu'elle n'avait rien obtenu. Un dés esclaves vint un instant après dire que sa maîtresse lui avait ordonné de prendre Rosa et de la conduire à la maison de correction, où elle fût entralnéf en dépit dé ses larmes et de ses suppliestioTis.

Quelques jours après, Tom se tenait pensif auprès du balcon, lorsqu'à fut rejoint par Adolpbe, qui, depuis la mort de son maître, était demeuré tout à fait abattu et inconsolable. Adolpbe savait qu'il avait toujours ^té un objet d'aversion pour Marie, mais, pendant que sou maître vivait, il ne s'en était point préoccupé. Maintenant qu'il l'avait perdu, ses jours se passaient dans ime crainte et un tremblement de tous les instans, ne sachant pas ce qui allait lui arriver. Marie avait eu plusieurs conférences avec son homme de loi, et, après avoir pris l'avis du frère de Saint-Clair, il avait été résolu qu'elle vendrait l'habitation et tons les esclaves, excepté ceux qui étaient sa propriété personnelle, qu'elle avait l'intention d'emmener avec elle lorsqu'elle retournerait dans la plantation de son père.

— Savez-vous, Tom, que nous allons tous être vendus ? dit Adolphe.

— Comment avez-vous appris cela ? dit Tom.

— Je m'étais caché derrière les rideaux pendant ^uemissis paarl ait à l'homme de loi. Dans quelques jours nous serons tou$ envoyés aux «tchères, Tom.

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•^ Qtie la volonté du Seigneur s'aceomplisse ! dît Tom, en croisant ses bras et en poussant un profond soupir.

— • Nous ne retrouverons jamais un pareil maître, dit Adolphe d'un air d'appréhension ; n^ais, après tout , j'aime mieux être vendu que de rester sous la domination de missis*

Tom s'éloigna ; son cœur débordait. L'espoir de la liberté, la pensée de sa femme et de ses enfans éloignés de lui se dressèrent devant son âme patiente, comme devant le marin naufragé à l'entrée du port se dressent le clocher et les toits de son village natal , vas du sommet d'une vague sombre comme pour un dernier adieu. 11 serra fortement ses bras contre sa poitrine , retînt ses larmes amères et s'efforça de prier. Sa pauvTQ âme avait un si étrange , un si inexplicable préjugé en faveur de la liberté , que ce fut un violent coup pour lui, et que plus il disait : Que ta volonté soit faite ! plus il souffrait.

Il alla trouver miss Ophélia, qui depuis la mort d'Ëva l'avait toujours traité avec une respectueuse bienveillance.

— Miss Phélia , dit-il, massa Saint-Clair m'avait promis ma liberté; il m'avait dit qu'il avait commencé les démarches nécessaires. Si miss Ophélia était assez bonne pour en parler à missis, peut-être Qu'elle consentirait à me l'accorder, puisque c'était le désir de massa Saint-Clair.

— Je parlerai pour vous, Tom, et ferai de mon mieux, dit zniss Ophélia; mais si cela dépend de M*"* Saint-Clair, je ne puis espérer beaucoup pour vous. Néanmoins, j'essaierai.

Cet incident avait lieu quelques jours après celui de Kosa, pendant que miss Ophélia faisait ses préparatifs pour retourner dans le Nord.

£n réfléchissant sérieusement, miss Ophélia pensa qu'elle avait peut-être parlé avec un peu trop de chaleur dans sa première entrevue avec Marie ; elle prit en conséquence la résolution de modérer son zèle et de se montrer aussi conciliante que possible. La bonne âme se recueillit donc, et, prenant son tricot, résolut de se rendre dans la chambre de Marie, d'être aussi agréable que possible, et de négocier l'affaire de Tom avec toute l'habileté diplomatique dont elle était capable.

£ne trouva Marie étendue sur sa chaise longue , le coude enfoncé dans un des coussins , pendant que Jane , qui venait de courir dans les magasins, déployait devant elle quelques échantillons de fines étoffes noires.

— OeUe-ci parait me convenir, dit Marie ea en choisissant une ; seulement je ne suis pas sûre qu'elle soit convenable pour deuil.

— Seigneur I misûs, dit Jane avec volubilité, M"** la gé*

tiétût DttbenacA « fotté iu«tomeiU 1* mdnui» %p^ 1^ awr

du général, Vété dersier; elle £ait aâ^ûrahlegaent lâ«a,

— Qu'en pensez- vous? dit Marie à miss Ophëiia. ^

— ^C^est affaire de loodo, je suppoeoi dit mi^s OphélÎA. Ycms pouvez en jogeir mieux que moi. , .

• — Le £ait est , dit Marie, que je n'ai pas^ un seul vêtement que je puisse porter ^ et comme je dois quitter cette maissii •t partir la semaine prochaine, il faut que je me décida pour quelque cbose.

«- £st>ce que vous partes si tôt ?

— Oui. Le frère de SaintrClair a écrit ; lui et lluanne d'affaires pensent qu'il Tant mieux Tendre les esdaTea et le mobilier aux enchères , et confier la mç^ison ^ rbomme d'affaires. '

-r- Il y a une chose dont je Youlais/Tous entretenir , dit miss Ophélia. Augustin avait promis à Tom sa liberté , et avait commencé les formalités légales à cet effet. «Tespëre que vous voudrez bien user de votre inâuencé pour faire terminer l'acte.

-> En vérité, je ne ferai rien de semblable^ réj^ndU Harie avee aigreur. Tom est un des esclaves dont on tirera le prix la plus élevé. Je ne puis faâre un tel sacrifice. D'aillÀrs, qu'a-t-il besoin de sa liberté ? K*est«il pas beaucoup mimx comme il est ? ^ • ,

-> Mais il la désire aifdemn^nt, et son maître la 1^1 a pn>mise, dit miss Ophélia. .

— Je crois bien qu'il la désise, dit Harie i il n'y en a socun qni ne la désire— c'est une race de mécontens, désixani toujours ce qu'ils n'ont pas. L'émancipation, d'ailleuxB, «u quelque Qiroonstanoe que ce soit, est en opposition avec mes principes. Tenez un nègre sous les eoins de son maître» il ira assez bien. Afiranahi«sez>les, ils sont bientôt paresseux, faiaéaas, ivrognes, tombent dans Vabjeetion et deviennent d'in-

£ftmés vauriens. Je Vtà vu essayer 0u& d'une centaine de fois ; ce n'est pas une faveur que de les rendre libres. •^ Mais Tom est si ferme, si industrieux, si pieux I.,.

— Oh 1 vous n'avpa pas besoin de me dire tout cela 1 j'en M TU des centaines comme lui. H se conduira bien tant qu'il sera sous les soins d'un bon maître; .voilà tout.

— Mais alors, considérez, dit miss Ophélia que si von» le mettez en vente, il court le risque de trouver un mauvais maître.

-— Oh ! tout cela ne eignifie rien , dit Marie. Il n'arrive pat une fois sur cent qu'un esclave rtncentre un mauvais maître. La plupart des maîtres sont bons, quM qu'on puisse dira» J*ai véoa, }*ai été élevée dans h Sud, «t ja n'ai jamais

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conntt de maître qui ne traitât bien ees esolaves r— tout aussi bien qu'ils le méritaient. Je n^ai aucune crainte de ce côté.

— ^Bién I dit miss Ophélia avec énergie, maift je sais qu'ua des derniers vœux de votre mari a été que Tom fût zendu à la liberté; c'est une des promesses qu'il fit à la chère petite Eva à son lit de mort, et \e n'aurais jaiftaîs pensé que vow pussiez vous croire libre de n'en tenir aucun compte.

A cet appel, Marie se couvrit le visage de son suwcboîr de pocbe et se mit à sangloter et à ^e servir de son flacon d'odeur avec une grande vébémence.

— Tout le monde se ni^t contre moi ! dit-elle. On est fanl ^ards pour moi ! Me rappeler des souvenirs qui me font tant de peine ! je n'aurais jamais attendu cela de «ont, «ousine. Quel manque d'égards ! Mais personne ne vent <x>mprendre ce qu'il y a de poignant dans ma douleur. Je n'&vaie qu'ime seule flUe, et elle m'est enlevée ! j'avais un mari qui me convenait parfaitement , moi qui trouve si difficilemefil quelqu'un qui me convienne , il faut qu'il me soit enleva I Et vous paraisses; si peu compatir à mog malheur , qi^ vous venez me le rappeler ainsi sans ménagement — loiaique vous savez à quel point j'en suis accablée. Je voue sup* pose de bonnes intentions ; mus vous êtes ^nne indiscrétion I... Et Marie sanglotait et suffoquait, appelait l^amiiy pour ouvrir les fenêtres, lui apporter sa bouteille d'eaardevie camphrée, lui baigner les tempes et délacer sa robe.

Au nulieu de l'espèce de désordre général qui suivit, mÎM Opbélia s'esquiva et gagna son appartement. Elle vk bien qu'il était inutile d'insister sur ce sujet, car Marie a?ait une capacité sans bornes pour les attaques de nerfs. Apx^às cette scène, toutes les fois qu'il était fait allusion aux volontés d^ son niari ou.d'Eva en ce qui concernait les esclayesi elle avait une crise à son service. Miss Ophélia flt en C(mis6* quence ce qu'elle avait de mieux, k faire pour Tom ; elle écrivit une lettre à M*^* Shelby, lui peignant les malhesra du pauvre nègre et la pressant de venir à son secours.

Lie lendemain, Tom, Adolphe et une demi-douzaine d'ailtrès serviteurs furent dirigés vers le magasin d'esclaves peur attendre le bon plaisir du marchand qui se préparait à former un lot pour l'enchère.

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