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CHAPITRE XX:s

I^ UIMAeva p'ESCIiAYBS.

Uh uaoasih D'ESCxjLYsti ! Peut-être quelques-oiu de iuds lecteurs se représentent ce lieu sous les plu» sombre oott-

leurs. Ils se figurent quelque antre îmmondo et obscur, quelque Tartare informisyingens, cuilumenademptum,'DétTOïapez- VÔU9, innocens amis. 6e nos jours les hommes ont appris Fart de pécher adroitement, décemment, de façon à ne point révolter les yeux et les sens d'une société respectable. La propriété humaine est à haut prix sur le marché; elle est donc bien nourrie, bien nettoyée, bien soignée, afin qu'elle paraisse à la vente, lisse, vigoureuse, brillante. Un magasin d'esclaves, à la N'ouvelle-Orléans, est une maison qui extérieurement ressemble beaucoup aax autres, tenue proprenient, et <m Ton peut voir chaque jour, sous une espèce de hangar, de? rangées d'hommes et de femmes qui se tiennent là en guise d'enseigne pour le commerce qui se fait à Tîntérieur.

On vous invite poliment à entrer et à examiner, et vous trouvez-là abondance de maris , de femmes, de frères, de sceuTs, depèï'cs, de mères et de jeunesenfans, à vendre séparément ou par lots,suivant la convenance de l'acheteur; et cette âme immortelle, rachetée au prix du sang et des angoisses du Fils de Dieti, co jour où la terre trembla, les rochers se letidirènt et s'ouvrirent les sépulcres , peut être vendue, louée, hypothéquée, échangée contre des épiceries pu toute autre marchandise, selon les convenances du commerce ou les caprices' de l' acheteur.

Co fut un jour ou deux après la conversation de Marie et de miss Ophélia, que Toni, Adolphe et environ une demidouEaine d'esclaves de la maison Saint-Clair furent confiés a»ix bons soins de M. Skeggs, le gardien d'un dépôt rue — pour être vendus aux enchères le jour suivant.

Tom avait avec lui, de même que la plupart de ses compagnons, une assez grande malle remplie d'effets d'habillemens. Tous furent placés pour la nuit dans ime grande salle où nombre d'autres hommes de tout âge, de toute taille et de toute nuance étaient réunis, se livrant à des accès de ïîre bruyans «t à une folle et insouciante gaîté. ' — Ah! ahl fort bien! Allez, mes enfans, allez! dît M. Steggs, le gardien. Mes gens sont toujours si gais ! C'est SaiïibO, je le vois ! dit-il en s'adressant d'un ton approbatif à un gros nègre qui exécutait les plates bouffonneries dont les autres s'amusaient d'une façon si bruyante à l'arrivée de Tom,

Ainsi qu'on peut le croire , Tom n'était pas d'humeur à s'associer à la gaîté générale. Aussi plaça-t-il sa malle le plus loin possible du groupe joyeux, et s'assit dessus, le visage tourné contre le mur.

Les trafiquans de marrhandise humaine s'efforcent scru-

DB l/UBCUB TOM. 333

ptitèft8€Éi«Àt et sydtématSqneinQiit d'entrdte&tr pan&î les eftclaves une joie bruyante, pour qu'ils bannissent toute réflexion et deviennent insensibles h, leur misérable condition. Le véritable objet du traitement auquel est soumis le nè^e, depuis le moment où il est acheté dans le Nord jusqu'à celui où a. arrive dans le Sud, est de le rendre insensible^ insouciant , brutal. Le. marcband réunit sa troupe dans la Virginie ou bs Kentucky , puis la conduit dans im endroit salure, souvent même aux eaux, po\:u^ry engraisser. Là ils reçoivent chaque jour une nourriture abondante, et, comme quelques-uns sont portés à la mélancolie, on place ordinairement parmi eux im jeueur de -violon, et on les fait da&ser chaque jour ^ celui qui refuse d'être gai— dont l'âme s'attriste an souvenir de sa femoie, de nés e^ans^ de ^a maàsoU) est considéré comme morose et dangereux, et soumis à tous les mauvais traitemens que peut lui infliger un homme >end)irci et irresponsable^ Ils s'efforcent de se montrer constamment vifs, alertes, de' joyeuse humeur, surtout en présence des visiteurs, soit dans Tespwr de trouver un bon maître, soit dans la crainte de ce que leur réserve le marchand s'ils ne. peuvent être vendus.

-^ Que fait donc là ce nègre? dit Sambo en. s'avançant vers Tom après que M. Skeggs eut quitté l^a salle. Sambo était d'un noir parfait, d'ime taille élevée, très*vif, à la langue bien pendue, et exjpert en fait de toiurs et de gri* miaces.

— Que faites-veus là ? dit Sambo , s'approckant d& Tom et lui donnant, en.mani^ de plaisanterie, un coup da&s l» côté. Tous méditeZf hein ? .

— Je dois être vendu aux enchères demain, répondit tranquillement Tom.

— Tendu aux enchères 1 alxl ahl camarades» voilà vm» farce ! Je voudrais bien prendre ce chemin-là, moi. Je yoixs assure que je les ferais rire. Mais e&t«ce que toute votre compagnie doit être vendue ^emain? dit Sambo en posant familièrement la main sur l'épaule d'Adolphe.

— Laissez-moi tranquille, s'il vous plaît ! dit fièrement Adolphe en se redressant avec un extrême dégoût.

— Ah! voyez douai en voilà uti de ces nègres. blanes, couleur de crème, vous savez» et parfumé encore ! dit-il ^m s' approchant d'Adolphe et en le flairant. Pieu ! eomme il ferait l'affaire d'un marchand de tabac ! il embaumerait la marchandise et ferait joliment aller la boutique, j'en ré»ponds.

— Je TOUS dis de me laisser,; reprit Adolphe en f»reur. -^XHea \ cornsM tous êtes chatouilieqx, toi» autie» ikègroi

MftVMÎ Btgwte«u»i doiM» I et finnlM m mil k kat^ Addpfaa d'niM façon «iKnt<|u«. Eu.veUà. d»8 lûrs eV4^^|prA- OM ! VotiB avez été diA» quelque bonne f anmi»! à ce ^ je Toit.

-^ Oui, dit Adolpb» $ yssvmé vn. msitre qui «mût pa Yom ftcheter tons.

•^ Dieu ! voyez un peu, dit Sambo, quel gentleoum wnu Mmmes !

— J'appartenais à la famille Sunt4Diair , dit fièrement Adolphe.

•^ En vérité ! Qœ je $oU penda •'fli ne m trouvant fort beuNox d'être débarraesés de vone i Je svppOM qn'fl* voua vendent avee qnelqiw lot de vaieaelle £élée oa gatre chope nemblable , dit Sainbo, aveo im Acaaettieat prevoe»- Cenr.

Adfli|^, exaspéré, se jsécipita avec fnreor sur son adversflwe, jorant et frappant à oonps redoublée. Lni am^rei riaient et applandissaaent ; bientôt le gerdiea pamt sw la porte, attisé par le tuaanlte.

. ^ Qu'est-ce qne cela, entes ? De^rocdre ! de Votdaê ! dit* il en brandissant sen énorme fouet.

Tans s'enfuirent dans didérentos divecfeifflas, excepté Sembo, qui, oomptent sur la faveur avea laquelle U était tiaké «n qualité de boufibo reconnu, restait en jdaee, baiaiant la tdte avee una facétieuse grimaee, toutes les fois que le nuiîm dirigeait le fouet de son côté.

•» Seigneur ! massa 1 oe n'est pas nous. Kons Joanaes fort tranquilÎM... Ce sont ees nouveaux venus. Ils sont réeUa* ment insupportables. Ils ne font quo nous agaosr«(iiitionel» lement.

Là-dessus lo gardien se tourna vers Tom et Adolpbet hest administra sans autre information quelques eonpe de pied et de poings, puis, leur ayant en général reeonuuandé de dememner tranquilles et d'aller se ooucber, il quitta la salle.

Pendant que cette scène se passait dans le dortoir des hommes, le lecteur sera pentrdtre curieux de jeter un coup d'oeil dans celai des femmes. Etendues sur le parqnot dans diverses attitudes, il peut voir là endacmies des cpéattinis 4à tontes nuances, depuis le noir d'ébèae jusqu'au blasie, «t de tout âge depuis l'enfance jusqu'à la vieUlesae. Ici une baUe jeune filie de dix ans dont la mère a été vendue la veilla, et qui ee sofar s'est endormie en pleurant, sans que personne recenpat d'elle. LA mie vieille négresse usée dont aM brai amaigris et les doigts calleux disent assez à quel dur trmvaâ» elle a été soumiso, et qui sera vendue demain conuas artiil«d«MiilpMre#qpf<A«iToadMdioimiHr« AattiwA'Uies,

en voîHi quarante tm dnqnante antres étendaes, la t^ enveloppée d'une couverture ou de différentes parties^ de leurs vêtemens. Mais dansnn coin, à quelque 4Î8tance des'autres, sont deux fenunes dont l'extérieur est particulièrement inté' ressaut. Une d'elles est \me mulâtresse d'une mise décente, entre quarante et cinquante ans, dont les yeux doux et la physionomie préviennent en sa faveur. Elle porte sur la tête nn*^ turban ^évé, de madras rouge très-fin, et ses vêtemens, bien faits et de bonne éloffe, annoncent qu'elle sort d'uiie maison où les soins lui ont été prodigués. A côté d'ell^o et se pressant contre elle, est une jeune personne de (]|ninze ans, sa fille. Elle est quarteronne ; on peut le voir, à la blancheur de w& teint, bietL que s»ressemblo&ee avec sa mère soit itajapifflfte. Ce MOt les mtoies yeux doux et noirs, avec le^ dis plus longs , et ses cheveux bouclés sont du brun le pins rieh». Elle esit vêtue aussi^ avec use granèe profveié, et ses mains blanches et délicates annoncent qu'elle n'a jamais été employé^ à des (rava^x s^rviles. Ces àmx ânsnes ée&vent être vendues le lendemain matin, dans le même htt q^ les esclaves de Saînt-Claic ; le maître auquel ettes appai^ieaneat est membre d'une église chrétienne à Nav-York ; il encaissera le montant de la vente , puis s'en ira j:eaevo^r dfLf s lu communion son Seigneur et le leur, sans y plus penser.

Ces deux femmes, que nous appellerons Susanne et Emmeline, étaient attachées à une dame bienveillante et pieuse de la Nouvelle-Orléans, par laquelle elles ont été élevées «^ inatruites avec le plus grand soin. Elles ont appris i^ lire et à écrire, on leur a enseigné les vérités de 'la religion, et leur sort a été aussi heureux que le pouvait pe^Tnett^Q l^»r C(Mï4j^ tîon. Mais lefil^ unique dje leur bienfaitrice avait ls> l^¥^ administration de sa fortune ; par sa négligence et s«» folies, il contracta des dettes considérables, puis fit faillite. Undes principaux crôanâers était la respectable maison .B» et C*, de New-York. B... et C* écrivirent à leur homme d'affaires -à la Nouvelle-Orléans, qui saisit les biens meubles d^ leur débiteur, dont ces deux ax*ticles et un lot d'esclaves travaillant sur une plantation formaient la principale valeur ; il écrivit ensuite à New-York. M. B. étant , oommç î^çu^ l'avons dit, chrétien et habitant un Etat libre, conçut quelques scrupules sur ce sujet. Il n'aimait pas le trafic des esclaves et des âmes d'hommes, celan*était pas douteux ; mais il s'agissait de trraite mille dollars engagés dans cette affaire, et c'était beaucoup trop d'argent pour un principe ; aussi, après mûres réflexions, après avoir pris l'avis de personnes qa'il SfftvaJt disposées à le conseiller suivant ses désirs, M. B... écrivit h M« représentant de temitier Veffairo covaa»

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