CHAPITRE VII
Entrée de Christophe Colomb à Barcelone.
Il est reçu par les Rois.
L’Amiral avait écrit aux Souverains dès le jour du débarquement ; en attendant leur réponse et l’auto- -isation de se présenter devant eux, il acco:aplit dans toute l’ardeur de sa piété les pèlerinages qu'il avait voués, et se rendit à Séville pour y recevoir les ordres de la Cour, alors à Barcelone.
La lettre qui lui fut adressée portait cette pompeuse suscription :
« À Dom Christophe Colomb, notre Amiral de « La Mer Océane, Vice-Roiï et Gouverneur des îles « découvertes dans les Indes. »
Les Rois le priaient de se hâter pour les rejoindre et de préparer dès lors une seconde expédition.
Pour se rendre de Séville à Barcelone, ii faut tra- “verser les provinces les plus riches du royaume : les foules enthousiastes se portérent au devant de lui. « Le voyage fut un triomphe; les chemins et les « campagnes étaient encombrés; les populations
« quittaient leurs travaux; on sortait des villes pour « se rendre sur son passage. »
L'Amiral avait disposé son cortège de manière à frapper l'imagination, à rehausser encore l'éclat du triomphe.
Des matelots ouvraient la marche, l’'étendard royal porté par le pilote précédait le reste des hommes chargés de tous les échantillons des produits inconnus en Europe : rameaux d'arbres gigantesques, roseaux énormes, fougères et herbes arborescentes; des liasses de piment et de gingembre, des chagelets de noix de coco, du poivre, d'énormes écheveaux de coton et de lianes aux fibres textiles.
Des couronnes de plumes, d’autres en or travaillé, des masques et des bracelets d’or.
Des animaux d'espèces inconnues vivants ou empaillés, des oiseaux ravissants de toute grandeur, quarante sortes de perroquets.
Enfin, venaient sept Indiens « soigneusement peints en blanc et en rouge et parés d'ornements en or. » ÿ
Puis l'état-major précédait l'Amira*, rayonnant de bonheur et dans tout l’éclat de son céstumerpresque royal; c'était vers lui surtout que se portaient tous les regards, vers lui que l’on tendait les bras en signe de respect ét d’admiration ; les mères le montraient à leurs petits enfants, la foule qui l'avait acclamé sur un point le suivait pour l’acclamer encore.
Washington Irving a écrit que la rumeur « publique avait exagéré la vérité. » Un pareil évène-
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ment ne s'exagère pas; et nul homme, si ce n'est Christophe Colomb, n'a reculé les bornes de Ia terre et doublé son étendue! L'histoire non plus n'offre pas un second exemple d'un pareil triomphe, si l’on considère l'étendue du parcours, l'affluence des multitudes, la spontanéité de l'enthousiasme et la sincérité des acclamations.
L'entrée de l’'Amiral à Barcelone fut encore plus saisissante : la voix du peuple avait entraîné les Souverains au delà des bornes prescrites par i’étiquette des Cours, ils préparèrent à Colomb une réception unique.
Non seulement ia jeunesse à che: et la piupart des nobles habitants se portèrent à sa rcacontre,
mais la députation des Rois l'attend” au dehors des remparts. C'était le 15 avril 1455. e*t: époque du printemps, sous cette latitude, ies £ : :iers s°0mes des fleurs entr'ouvertes embaumaient l'4:710sphère, les brises de 11 mer semblaient envoyei au triomphateur de nouveaux parfums, ét se montraient jalouses des senteurs trtres:: 5.
La salle du palais avait été agrandie, . x: en permettait l'accès à la foule enthcusiasmée ; c’est aux frémissements de la multitude. que les Rois connurent l'approche du cortège; :' :: déroula sous leurs yeux, et Christophe Colomb dans sa noble modestie, se présenta plein d'émotion et de respect devant les Souverains. Il s'inclinait pour baiser la main de la Reine ; mais Ferdinand et Isabelle par une impulsion irrésistible se levant en sa présence
lui tendirent la main, lui ordonnèrent de se couvrir, de s'asseoir à leur côté comme un grand d'Espagne, sur le premier fauteuil placé devant le trône.
« Prenant alors la parole pour faire le récit du voyage, Christophe Colomb rappela d'abord le but
sublime et tout apostolique de l’entreprise ;
il remercia Dieu des faveurs qu’il avait dai-
gné accorder à l'Espagne par la mission qu'il venait d'accomplir, faveurs qui étaient la récompense du zèle et de la piété des Rois.
« Il raconta par ordre les péripéties du voyage, et les premières découvertes ; il se félicita d’avoir été choisi pour ouvrir les routes maritimes aux flottes catholiques, pour planter la Croix sur un nouvel
Colomb reçu par les Rois.