‹ Vie illustrée de Christophe Colomb [microforme]Chapitre 20 sur 56 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Séjour de Colomb en Espagne. —- Dificultés et contradictions.

Ce fut pour obéir aux ordres des souverains et pour accomplir sa laborieuse mission que l'Amiral accepta de préparer un nouvel embarquement.

Pour lui, dégoûté des honneurs qu'il n'avait jamais ambitionnés, plus à même par ses relations avec les grands, de toucher du doigt la mesquine jalousie de ses envieux et la faiblesse de ses défenseurs, il rêvait de suivre dans le monastère son saint ami le P. Juan Perez, qui de nouveau retournait à la Rabida pour y prier, s'y sanctifier et y mourir.

Bien au-dessus des censures de l'opinion, l’Amiral portait sa longue barbe et revêtait ordinairement l’habit franciscain et la ceinture de corde, signe de l’affiliation à l’ordre séraphique; son cœur n'était attaché qu’à Dieu et à son service ; s’il demandait l'or et les dignités, c'était pour les employer au triomphe de sa cause.

Avec une généreuse spontanéité, il refusait les

offres d'Isabelle.

En effet, la reine avait jugé que, pour reconnaître

les récentes découvertes de vastes terres si riches et si fertiles, découvertes accomplies au prix de tant de périls, de dangers et de difficultés innombrables, la couronne devait offrir à Colomb une récompense exceptionnelle.

Elle proposait à l’'Amiral de lui donner, à titre de marquisat ou de duché, une étendue de douze cent cinquante lieues carrées dans le territoire d'Hispaniola, au point de l'Ile qu'il choisirait et comme apanage de sa dignité de vice-roi.

Colomb pensa peut-être que la nécessité de gouverner ce vaste domaine, l'amour si légitime pourtant de la famille, le détourneraient du but tout surnaturel qu’il poursuivait sans relâche. Qui sait même si cette Âme, héroïquement éprise de Jésus- Christ, n'avait pas choisi de le suivre dans ja pauvreté, les opprobres et les souffrances!

Le fait acquis à l’histoire, c’est que Christophe Colomb refusa.

Mais « de l’assentiment de sa noble protectrice, dit Roselly de Lorgues, l'amiral résolut de fonder un majorat qui perpétuât dans sa descendance le souvenir de sa découverte et le produit de ses labeurs. »

Cet écrit que l’on désigne ordinairement sous le nom de Testament de Colomb, ne peut être reproduit dans son intégrité à cause de sa longueur ; mais il est curieux d'en connaître les principales dispositions, qui éclairent d’un jour plus céleste encore les pensées sublimes de l'amiral.

« Au nom de la Très-Sainte Trinité qui m'inspira l’idée et me la rendit ensuite parfaitement claire, que

CHRISTOPHE COLOMB 127 je pouvais naviguer d'Espagne aux Indes, en traversant l'Océan vers l'Occident... comme nous espérons qu'avec la grâce de Dieu et avant qu'il soit longtemps on tirera un bon et grand revenu de ces îles et de ce continent...

« J'institue pour mon héritier, mon fils don Diégo; s’il vient à mourir, etc... (l'amiral pousse très loin les indications relatives à l'ordre de transmission).

Miles Qui héritera de mes biens adoptera la signature dont je fais usage... quelques autres titres que le roi puisse lui accorder, il ne prendra... et ne signera que celui-là seulement: L’AMIRAL. »

Quel honneur ce grand homme attachait à la première dignité d'homme de mer: Amiral!

, HT Comme il convient à tout homme de rang ayant des propriétés, de servir Dieu de sa personne et de sa fortune... à l’époque où j'ai entrepris de partir pour la découverte des Indes, c'était avec l'intention de supplier le roi et la reine, nos souverains, de consacrer tout l'argent qu'on pourrait tirer des dites Inies et que je leur ai fait cette demande de délivrer la Terre-Sainte ; dans tous les cas celui qui sera mon héritier devra réunir tout l'argent qu'il pourra et accompagner le roi, son maître, s’il marchaïit à la conquête de Jérusalem.

« Ou autrement y aller lui-même avec toutes les forces qu’il pourra rassembler.

« Qu'il recueille donc toute sa richesse dans 1a banque de Saint-Georges, de Gênes, et qu’elle s’y multiplie jusqu'à ce qu'on puisse faire quelque chose relativement à Jérusalem.

Ar

« …. Quoi qu'il advienne, je charge mon fils Diégo d'employer sa personne et tous les moyens en son pouvoir à bien et fidèlement servir et soutenir Leurs Altesses et leurs successeurs, même jusqu’à la perte de sa vie et de ses biens... »

La piété et la profonde intelligence de Colomb semblent s’alarmer au sujet de la puissance temporelle, et prévoir la révolution que la Réforme allait produire dans les idées; il ajoute:

« J'enjoins à mon fils, ou à quiconque pourra être en possession des dits biens, s’il arrivait un schisme dans l'Eglise et que l’on tentât de la dépouiller de ses privilèges et de ses biens, qu'aussitôt et sous peine d’être privé de mon héritage, il se transporte aux pieds du Souverain Pontife, et que sa personne et les siens se mettent à l’œuvre pour le servir de toutes leurs forces, c'est-à-dire avec leurs armes,

leurs revenus, /a rente et le fonds, afin d’étoufler cé:

schisme et d'empêcher que l'Eglise ne soit dépouillée de ses honneurs et possessions.

: JAPAN Lorsqu'un temps opportun. sera arrivé, Diégo fera bâtir une église dans l’île d'Hispaniola.… il la nommera Sainte-Marie-de-la-Con<eption.. il y sera annexé un hôpital.

| AN J'ordonne aussi à mon fils Diégo de n'épargner aucune peine pour avoir et entretenir dans l'île d'Hispaniola, des théologiens pour procurer par leurs travaux et leurs études la conversion à notre sainte foi des habitants des Indes ; et à mesure ue, par la volonté de Dieu, les revenus des biens s'accroîtront, il augmentera dans la même propor-

ed eh, et

OC. ri " , »

tion le nombre des personnes religieuses qui s’efforceront par leurs instructions de rendre chrétiens les naturels du pays.

« Nulle dépense ne devra être regardée comme trop grande pour arriver à ce but. :

Cependant, malgré la protection de la reine, eten dépit de ses ordres, en septembre 1497, treize mois après le retour de l’amiral, rien n'avait encore été décidé dans les bureaux de Séville.

Après des mois entiers d'attente et de recherches, personne ne consentait à suivre aux Indes la nouvelle expédition.

Les intrigues des ennemis de Colomb pour aliéner les esprits furent telles, que l'on dut accorder l’amnistie aux condamnés qui se décideraient à servir un temps donné à Hispaniola.

La peine de mort pouvait se racheter par deux années seulement ; et toutes les condamnations audessous du dernier supplice, par une seule année, C'était condamner l'amiral à s'associer « pour une propagande nationale et catholique, » une bande d’escrocs et d’assassins!

Colomb était, il est vrai, soutenu par la sympathique admiration de tous les nobles cœurs, de tous les esprits élevés. :

Page 1