EE
était poëte et musicienne, faisant exécuter chaque jour de nouvelles danses, composant de nouvelles harmonies. D'une beauté incomparable, la « Fleur d'Or » éclipsait toutes les fleurs.
Ovando pénétra jusqu’à elle; il se fit annoncer comme envoyé des Castillans pour remercier une souveraine, amie de la nation.
Anacoama fit un accueil princier au gouverneur ; on lui servit des mets rares et abondants ; il occupa avec les siens des demeures soigneusernent ornées. Une vaste tente de verdure réunit les Espagnols pour les jeux et les danses des Indiens ; les Espagnols annoncèrent ensuite, qu'eux aussi réjouiraient les Indiens par une représentation guerrière.
Le carrousel commença par des manœuvres intéressantes ; tout à coup Ovando tira son épée, les cavaliers leurs sabres ; les soixante-dix cavaliers et les trois cents fantassins entourant les Indiens, en firent un effroyable massacre.
La salle de verdure où se trouvait la reine fut envahie; quatre-vingts Caciques liés aux piliers devinrent en quelques instants la proie des flammes et la capitale de Xaragua disparut pour toujours.
La malheureuse Anacoama fut conduite à Saint- Domingue chargée de chaînes, condamnée à mort et pendue publiquement.
La population indigène disparaissait massacrée par Ovando ; les Européens vivaient à son exemple dans le désordre, aussi Colomb pouvait-il écrire aux Rois dans l’amertume de sa douleur :
« Les Indiens d’Hispaniola étaient la véritable richesse de l’île... J'apprends que depuis que j'ai quitté comme gouverneur, il est mort les cinq sixièmes des naturels, tous par suite de traitéments
barbares et d’une froide inhumanité, les uns par
l'épée, d’autres sous les coups; la plus grande partie ont péri dans les montagnes et les cavernes où ils s'étaient enfuis, faute de pouvoir supporter les travaux qui leur étaient imposés... Hélas! ce n'est point ce que j'avais espéré! »
Lorsque les Indiens furent ainsi comme anéantis, Ovando laissa enfin Diégo Mendez libre de partir; aussitôt il fit voile pour l'Espagne portant le message du grand Colomb.
Cependant quand on apprit à Saint-Domingue que, depuis sept mois, Ovando n'avait pris aucune mesure pour secourir l’Amiral et les naufragés de Santa-Gloria, les habitants, les religieux missionnaires, le peuple même se souleva d’indignation ; la rumeur publique força la main au gouverneur, qui envoya enfin, avec la caravelle nolisée par Diégo Mendez, un petit navire.
En le voyant arriver monté par un traître, l'Amiral comprit ce qui l’attendait. On offrit à la hâte comme provisions pour les cent trente hommes réfugiés à la Jamaïque, un porc salé et un baril de vin; et le brigantin disparut, assurant l'Amiral que l’on viendrait à son aide aussitôt qu’il serait possible.
EE
ne 2