‹ Vie illustrée de Christophe Colomb [microforme]Chapitre 5 sur 56 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Gênes, Venise, Lisbonne refusent l’entre-

prise. — Christophe Colomb se rend éis Espagne. — Les Rois Catholiques.

La première pensée de Christophe Colomb fut pour sa patrie ; et se rendant à Gênes, en 1476, il demandait au Sénat quelques navires équipés, s'engageait à sortir par le détroit de Gibraltar et à pousser au large vers l'Occident, jusqu'à ce qu'il eût trouvé la terre des épices, de l'or et des perles.

Les Génois, navigateurs habiles dans la Méditerranée et fiers de leur science, ne pouvaient admettre qu'on les surpassât ; ils refusèrent, prétextant la pénurie du trésor. Les mêmes offres furent également sans succès à Venise, et Colomb poursuivit un an tout entier ses voyages, dont il retirait une expérience toujours croissante pour la navigation.

C'est alors qu'il revient en Portugal, où le roi

| Jean II, successeur d'Alphonse V, se montrait jaloux

de reprenûre les travaux de son grand'oncle Dom Henrique, et appelait dans sa marine de grands hommes de mer.

Fils de Jean I”, Dom Henrique, de glorieuse mé- | ss

moire, s'était fait bâtir sur un promontoire (le cap . Sacrum, vulgairement Sagres), un palais destiné et approprié à ses études. Il consacrait son temps aux mathématiques, à l'astronomie; déchiffrait lies manuscrits arabes, faisait copier les récits des voyages, composait sa bibliothèque de tous les ouvrages traitant des sciences nautiques, et attirait à sa Cour les plus habiles marins. Il avait connu le beau-père de Colomb qui avait pris part aux découvertes des îles africaines, et Christophe fut bien accueilli du roi Jean II.

Le monarque cependant, surpris d’une proposition si nouvelle, n’osa d’abord se prononcer, mais la difficulté même de l’entreprise le portait à la tenter; il demanda au navigateur ses conditions, et recula devant ses royales prétentions.

En effet, Christophe Colomb s'était promis devant Dieu deux choses, peut-être même s’était-il engagé par vœu : Il voulait d’abord découvrir le Nouveau- Monde, avoii ie bonheur d'y porter le premier le nom du Dieu Rédempteur, et d'amener des peuples entiers à la vraie foi.

Il avait résolu, en second lieu, et au moyen des trésors qu'il retirerait de son entreprise, d’arracher aux profanations de Mahomet le tombeau de Jésus- Christ. Ainsi, la chrétienté enverrait des missionnaires au Nouveau-Monde, et par ses richesses le Nouveau-Monde délivrerait la chrétienté de l'Islamisme.

DÉCOUVERTE, APOSTOLAT, DÉLIVRANCE, . tels étaient les trois mots de son sublime programme.

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Le monarque portugais persistait malgré son entourage à vouloir l'expédition ; malheureusement il rencontra un de ces flan urs dont les conseils surprennent trop souvent ia conscience du pouvoir ; cet homme suggéra le moyen de concilier les désirs du roi, avec les intérêts de la couronne. Ce moyen était de s'approprier les plans et les notes de Colomtb, de les donner secrètement à un habile pilote et de l'envoyer à l'ouest par la route indiquée.

Colomb invité à déposer les détails de son projet, notes, dessins et cartes, pour être examinés, livra sans soupçon les travaux complets de sa science et de son génie.

Alors, et dans le plus grand secret, une caravelle chargée d’une mission pour les îles du cap Vert, reçut l’ordre d'avancer en mer vers l'Occident et de chercher la terre entrevue par Colomb. Mais Dieu ne pouvait bénir la perfidie ; après quelques jours, l'équipage effrayé d’abord, puis affolé par une tempête, exigeait le retour ; le capitaine n'avait pas reçu d’en-haut la mission du grand Révélateur; il ne put maintenir ses hommes, et la caravelle rentrait au port avec la honte d’une trahison.

Christophe Colomb, blessé au fond de l'âme, se tut ; mais, après avoir réalisé le peu de biens que lui avait laissé en mourant sa femme Felippa, il quittait pour toujours le Portugal avec son fils Diégo,. et se rendait à Savone près de son père, dont il n’avait cessé d’adoucir les privations par le travail qu'il s'imposait; puis il ramenait à Gênes le bon vieil-

lard et pourvoyait à tous ses besoins pour l'avenir.

Cependant les ardeurs de son zèle ne se ralentissaient pas. « Il jeta les yeux sur les monarchies chrétiennes de l'Europe, pour choisir la couronne qu'il associerait à l'honneur d'exécuter son plan. Par son zèle à défendre 1a foi, par son intrépide constance à repousser les Maures, par son caractère chevaleresque, ses ressources maritimes, surtout par la grande renommée de ses deux souverains alors régnant ensemble, Ferdinand d'Aragon et Isabelle de Castille, l'Espagne lui parut mériter sa préférence {1}. »

Au premier vent d’Est, Christophe Colomb s’embarqua pour ce royaume ; il aborda vraisemblablement au petit port de Palos en juillet 1485. Tenant par la main son jeune fils Diégo, il s’avançait à pied au hasard, n'ayant pas les moyens de voyager autrement. Là encore, la Providence le conduisit d’une façon merveilleuse.

Au-dessus du cap Palos, sur les hauteurs qui dominent l'Océan, mais en dehors de la route, s'élevait un couvent de Franciscains, dédié à la très sainte Vierge, sous le nom de Santa Maria de la Rabida (vocable qui rappelle le pouvoir de Marie sur les furies de la mer et sur les tempêtes). Le

{x) Christophe Colomb : Roselly de Lorgues.

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P. Gardien s'appelait Juan Perez de Marchena (1). Aussi pieux que savant, l’humble frère appelé à la

cour comme confesseur, avait depuis longtemps sollicité, et venait d'obtenir son retour au monas-

(1) Prononcez de Markéna.

Le couvent de la Rabida,

tère. Le premier évêque des Antilles et du Nouveau- Monde, Mgr Antonio Géraldini, nonce apostolique en Espagne, au monient où nous sommes, écrivant au Pape. Léon X, parle de la « vie pieuse et de la sainteté connue de tous » du P. Juan Perez.

La seule dérogation à la règle commune que se

ermettait le gardien, était de prolonger ses études et ses méditations pendant le sommeil des religieux. Du haut de la terrasse, bâtie pour servir d’observatoire, il se demandait souvent si le soleil! disparaissant à l’horison, n'allait pas éclairer d’autres régions habitées... Il ne pouvait admettre que la mer ténébreuse fût sans limites ; que l'obscurité voilât sa nature, sa profondeur, et que ses flots menassent à des abîmes infinis. Son zèle du salut des âmes lui ramenait au cœur cette inévitable question: « N'y a-t-il rien au delà des flots, n'y a-t-il plus d'âmes à éclairer? » |

C’est à la porte de ce monastère de la Rabida, que Colomb demandait pour son enfant et pour lui un morceau de pain et un verre d’eau, quand il rencontra le P. Juan Perez. Le grand air du voyageur attira l'attention du religieux ; pendant le repos de l'hospitalité, ces deux âmes de héros et de saints se devinérent,.

Colomb fut invité à demeurer à la Rabida pour y attendre le moment favorable de se présenter à la Cour ; il n’attendit pas dans l’oisiveté. Non-seulement il continua ses études, mais il se perfectionna

dans la connaissance profonde des Saintes Écritures, des œuvres théologiques des grands docteurs, et dans la méditation de la Vie des Saints dans lesquels il chercha des modèles et des intercesseurs.

Enfin, il connut l'esprit de saint François, en affectionna l'Ordre, la Règle et l’haoit, et ne tarda pas à entrer dans le Tiers-Ordre dont il remplit scrupuleusement toutes les obligations jusqu’à son dernier soupir.

« À son tour le P. juan Perez reconnut dans Christophe Colomb la marque d'une élection providentielle…

« Il ÉCOUTA, il COMPRIT et il CRUT.

« Ainsi, dans ce paisible couvent de Franciscains, la conception la plus large de l'humanité fut développée par le génie, accueillie par l'enthousiasme. Dans ce couvent l’on crut à la sphéricité de la terre, à l'existence d'îles et de continents ignorés, à la possibilité d'y parvenir, alors que dans toutes les académies, les universités, les collèges, on eût regardé ces idées comme le songe d'un malade (1). »

Le P. Juan Perez s’intéressait à la destinée de Colomb, lui procurait une petite somme d'argent, et, en disant adieu à son ami, lui donnait une lettre pour Fernando de Talavera, prieur de Valladolid, et con-

(1) Christophe Colomb : Roselly de Lorgues. — En 1854,S.A.R. le duc de Montpensier a sauvé et conservé à l'Espagne et au monde, l'immortel couvent de la Rabida.

fesseur des rois. Docte et pieux, ce prêtre n'avait aucune notion des sciences naturelles et se faisait une loi de ne rien solliciter : sa protection était inutile.

Perdu au milieu de Cordou, Colomb dut copier des manuscrits et tracer des cartes pour subvenir à ses besoins ; sans amis et sans ressources, il ne tarda pas cependant à épouser Béatrix Enriquez, d’une | noble famille et d'une ravissante beauté. Sa fortune ; | très médiocre lui assurait néanmoins une existence | indépendante, elle fut mère de Fernand Colomb. | Malgré cela, rien au monde, pas même le repos du | foyer domestique, ne détournait l’héroïque navi- | gateur du but qu’il regardait comme une mission

| reçue de Dieu.

| Rien aussi ne pouvait se conclure sans l’autorisa- | ; tion de la Cour; ilimportait d'arriver jusqu'aux sou- | verains. Christophe Colomb, après de nombreuses | |

Îl déceptions, d'incessantes démarches, connutlenonce | apostolique, cet Antonio Géraldini qui plus tard | devait le suivre au Nouveau-Monde. De protecteur, l’'éminent prélat devint admirateur et ami; il obtint pour Colomb l'audience tant désirée; Gonzalès de Mendoza, cardinal-archevêque de Tolède, chancelier de Castille, oncle et prédécesseur de Ximènes, se chargeaïit enfin de le présenter à la Cour.

Les princes chrétiens d'Espagne, après une lutte de plusieurs siècles, avaient refoulé les Maures sur

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le territoire de Grenade et formé les royaumes de Portugal, de Navarre, de Castille et d'Aragon. Ces deux derniers états, les plus considérables, s’unirent par le mariage d'Isabelle de Castille avec Ferdinand d'Aragon, dont le règne était destiné à procurer à l'Espagne tant de gloire et de prospérité.

Isabelle de Castille joignait aux charmes de la beauté, aux grâces de l'esprit, aux délicatesses du cœur, toutes les qualités viriles qui peuvent convenir à la reine d’un grand peuple. « De tels êtres réalisent l’idée d’anges gardiens commis par le ciel pour veiller à la destinée des empires. »

Ferdinand était apte à la guerre, dur à la fatigue, si assidu aux affaires qu’on a dit de lui « qu’il se reposait en travaillant ; » mais aussi rusé que religieux, aussi ambitieux et prudent que magnanime, guerrier par calcul autant que par le désir de la gloire; sa politique était froide et intéressée : on le nommait en Espagne le sage et le prudent.

Souverains indépendants dans leurs royaumes respectifs, ils étaient si étroitementunis que cette double administration ne nuisait en rien à l'unité de leur action. Ils travaillaient de concert à la grandeur de la monarchie espagnole, par-dessus tout ils préparaient le triomphe de la vraie foi sur les Maures qui avaient dominé la Péninsule; on les appela, on les appelle encore les Rais Catholiques.

C'est en présence de ces rois illustres, que Christophe Colomb parut dans la grâce austère de son maintien, avec sa noble assurance et l’'éloquence de sa parole enflammée.

À peine laissa-t-il entrevoir les avantages polititiques et commerciaux de l'entreprise : s’élevant du premier coup à la hauteur du mandat divin, il se donna pour « l'Ambassadeur de Dieu » vers les princes les plus chrétiens et les plus zélés, pour leur offrir le moyen d’immortaliser leur nom « en faisant « service à Notre-Seigneur, et répandant sa connais- « sance et la sainte Foi parmi tant de peuples. »

« Le premier objet de la découverte, dégagé de tout intérêt humain, était donc la glorification du Rédempteur et l'extension du règne de Jésus- Christ. »

Isebelle écoutait avec une attention et une bienveillance marquées, les magnificences de cette entreprise; devant elle, la cause était gagnée; elle voua dès lors à Colomb cet affectueux intérêt qui ne se démentit jamais. Ferdinand, ému lui aussi, remit cependant à la junte (conseil, commission) de Salamanque l'examen du projet, et Colomb eut à le défendre contre des savants incrédules ; la plupart refusèrent leur approbation, il ne fut guère compris que du Dominicain Diégo de Deza, qui lui offrit au collège des hautes études à San-Stephano (Saint-Etienne),

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une hospitalité dont le souvenir est encore aujourd'hui, et deviendra plus encore, cher et précieux à l'ordre tout entier.

Instruit par la triste expérience de Lisbonne, Christophe Colomb ne révéla pas tout son projet,

il ne répondit pas entièrement aux objections ; mais il en dit assez pour démontrer clairement que la ligne équinoxiale n'était pas infranchissable, et que l'hémisphère opposé au nôtre ne devait pas être inhabité non plus qu'inhabitable. La Junte néanmoins se sépara sans conclure. Les souverains ayant entrepris le siège de Baza, l’une des plus fortes positions des Maures, Colomb dut se résigner à l'ajournement indéfini; on n'a écrit nulle part

Christophe Colomb défend son projet devant la junte de Salamanque.

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qu'il ait fait entendre une plainte ; et nous le trouvons devant les tenteurs d'une politique hésitante, aussi patient, c'est-à-dire aussi fort, que devant les révoltes, les périls et ies fureurs des flots. Son recours était en Dieu et la prière lui obtint toujours à l'heure décisive une protection quasi miraculeuse.

Devant Baza, Colomb se mêla aux défenseurs armés de la foi et servit dans les rangs ‘: crnes. Cependant le siège traînait en longueur ; Ferdinand songeait à l’abandonner, la reine l’en empêcha. Après avoir engagé ses bijoux, sa vaisselle d'or et d'argent, après avoir réparé les chemins, rétabli à ses frais les ponts et le service régulier de transport, Isabeile arrivait au camp.

Dès lors, l'attaque prenait une telie vigueur, les troupes s’animaient d’une telle ardeur pour l'attaque et la défense, que bientôt Boabdil demandait à capituler. La guerre cependant n'était pas finie, car les Maures se retranchaïent dans Grenade, et la reine avait remis après La guerre un nouvel examen de la découverte.

Colomb pressa la junte de se prononcer, et la conclusion lui ayant été contraire, il eut à souffrir le mépris des savants, le dédain des courtisans et jusqu'aux railleries des écoliers, qui, le rencontrant, se frappaient le front du bout des doigts, comme pour indiquer que le cerveau du rêveur était halluciné. Christophe Colomb donnait alors mission à son frère Barthélemy de proposer à la France la

sublime entreprise, et se rendait pour se reposer et se retremper à la Rabida.

Mais le pieux gardien Juan Perez « était de ces « cœurs qui, pour leurs amis, convertissent les bons « désirs en bons effets; » il se décida à intervenir et écrivit directement à la reine. L'armée catholique était devant Grenade.

Ferdinand et Isabelle, plus encore par zèle religieux que par intérêt politique, avaient entrepris, dès leur avènement au trône, de détruire jusqu’au dernier vestige la domination musulmane sur le sol de l'Espagne. Le roi Maure de Grenade, sommé

de payer le tribut imposé à ses ancêtres, répondit

avec fierté qu’au lieu d’or et d'argent il présenterait des lances et des épées. Ce fut le signal d’une guerre où l'on combattit de part et d'autre avec un égal acharnement. Les Maures affaiblis par les luttes intestines perdirent l’une après l’autre toutes leurs places fortes. Leur nouveau roi Boabdil, qui avait détrôné successivement son père et son oncle, se flattait encore de l'espoir de sauver du moins sa capitale, lorsqu'il s’y vit assiégé par une armée de soixante mille hommes.

La ville de Grenade, flanquée de mille tours et dominée par la vaste forteresse de l’Alhambra, renfermait alors près de quatre cent mille habitants. Les infidèles avaient juré d'y périr plutôt que de se rendre ; maïs les chrétiens, de leur côté, étaient bien décidés à renverser ce boulevard des Maures,

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La grande Isabelle, pour soutenir leur courage, voulut partager avec Ferdinand les fatigues et les dangers du siège.

On sait que par accident le feu avait consumé les tentes et jusqu'au pavillon royal; Isabelle pour affirmef sa résolution de ne quitter les murs de Grenade que pour y entrer en vainqueur, avait fait élever une véritable ville en forme de croix et lui avait donné le nom de Santa-Fé (la Sainte Foi).

C'est à Santé-Fé que parvint la lettre du P. Juan Perez ; le messager lui rapportait aussitôt à la Rabida l’ordre de se rendre près des souverains et de retenir Chistophe Colomb en relevant ses espérances.

L'entretien du docte religieux avec l’'enthousiaste et intelligente Reine, eut plus de poids en faveur de l'entreprise que les froides conclusions des savants n’en avaient eu contre elle.

Le 6 janvier 1492, Boabdil sortait de Grenade, et la puissance des Maures finissait en Espagne après une durée de sept cent quatre-vingt-un ans. Les rois y entraient triomphants, et les réjouissances duraient encore lorsque Christophe Colomb parut devant eux. Isabelle accepta sans contrôle, et sans douter un instant du succès, la gigantesque entreprise ; puis Colomb posa ses conditions. Nous avons expliqué le double but qu'il voulait atteindre et les trois moyens qui pouvaient l'y faire parvenir:

Découverte, Apostolat, Délivrance! il lui fallait

pour cela des vaisseaux, des honneurs, des trésors ; c'est pourquoi il voulut être :

— Grand amiral de la mer Océane;

— Gouverneur général des îles et terres à découvrir ;

— Vice-Roi des Indes; et ces dignités devaient, par droit d'aînesse, être héréditaires dans sa famille ;

— Enfin, il demandait la dîme de toutes les richesses et productions quelconques, des régions soumises à son autorité.

À de si royales prétentions, la commission s’indigna, les administrateurs se récrièrent, les flatteurs osèrent sourire, les conférences furent suspendues. Colomb, cependant, ne voulait rien rabattre, et sans discuter il maintenait sa parole. Isabelle hésitait ; rassurée enfin par les représentations de Luiz de Santagel (1) et de Quintanilla, passionnés tous deux pour la grandeur de ia couronne, elle fut tout à coup comme éclairée intérieurement d'une lumière mystérieuse et éclatante. Un rayon divin illumina son entendement, elle comprit la sublime ambition de Christophe Colomb, et déclara que, pour assurer l'exécution du traité, elle vendrait, s’il était nécessaire, jusqu'aux joyaux de la Castille. Au moment même où Christophe Colomb allait quitter l'Espagne et passer en France, un message de la Reine, lui engageant sa parole, le ramenait au pied du trône.

(1) Prononcez Santaguel,

Le 30 avril 1492, il recevait les lettres patentes avec la double signature des souverains, lui conférant toutes les prérogatives exprimées dans sa demande. De plus, la reine nomma le petit Diégo, fils aîné de Colomb, page du prince Royal, honneur réservé aux enfants des plus nobles maisons espagnoles,

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