L’EGLISE
Notre enfance rurale est tellement liée à l’église du village qu’il reste toujours des fibres que ni l’éloignement, ni le temps, ni les préoccupations matérielles ne peuvent rompre.
Qui ne s’est senti remué jusqu’au fond de l’âme en assistant, après une longue absence, à un office religieux dans l’église de sa paroisse natale ?
Du fond le plus intime de l‘âme, toutes les émotions et les souvenirs remontent à la surface.
D’église, ce sont les vieux fonts baptismaux sur lesquels notre première existence a été consacrée à Dieu.
C’est encore l’émerveillement de cette première messe où, dans les bras de mon père, je dominais la foule des fidèles et suivais toutes les cérémonies avec admiration.
Je la vois encore toute étincelante, cette modeste église, à l’occasion de la messe de minuit !
L’église, c’est le témoin discret des émotions vives et tendres, qui marquent l’époque de notre première communion, comme celle de notre confirmation. . . et de notre union conjugale !
L’église, c’est encore le souvenir triste, bien qu’adouci par la religion, de ces tombes blanches renfermant le corps d’un jeune enfant, ou les regrets toujours vifs de ces chers disparus qu’on a escortés jusqu’à leur dernière demeure.
L’église, c’est la première émotion d’un enfant de chœur, ou le premier pas de clerc; c’est le conseil toujours paternel du curé ou la réprimande du bedeau ; c’est encore le vieux chantre à la voix chevrotante, c’est le marguillier passant la tasse ou le crieur faisant vendre des produits pour les âmes. Ce sont ces sorties de messes, ces causeries interminables avec les amis et les parents à l’issue de l’office divin.
Chacun de ces sujets fera l’objet d’une étude spéciale, mais leur énumération seule indique déjà que la vie paroissiale est plus intense à la campagne qu’à la ville, et qu’elle est marquée de souvenirs plus touchants.
Toute votre enfance et votre première jeunesse rurales tiennent en ces trois mots : maison, école, église !