ÉGLISE ABBATIALE DE SAINT-DENIS
Dans les premiers siècles de l'ère chrétienne*, une noble dame galloïomairie, nommée Catulle, convertie au christianisme par les prédications de saint Denis ou Denys, apôtre de la Gaule et premier évêque de Paris, présidait à la sépulture de ce saint et à celle de ses compagnons, Rustique, prêtre, et Éleuthère, diacre. Elle faisait rouler une pierre sur une fosse creusée à cet effet dans un champ qu'elle possédait près du village de Catulliacus, où, selon la tradition la plus ancienne, saint Denis subit le martyre. Quant à celle qui le fait mourir sur la colline de Mercure, appelée plus tard Montmartre {mons martyrum, c'est une fable due à l'imagination d'Hilduin, abbé de Saint- Denis, chapelain de Louis le Débonnaire et chroniqueur du neuvième siècle ". S'il faut en croire la légende racontée par le même Ililduin, le saint apôtre aurait lui-même désigné ce lieu pour sa sépulture en s'y arrêtant, après avoir franchi un certain espace sa tête dans ses mains. Ce petit village [Vicus Catidliacensis), que traversait une route allant de Paris à Pontoise, est aujourd'hui Saint-Denis-sur-Seine.
Peu de temps après, pour indiquer à tous l'endroit écarté où elle avait déposé ces saintes reliques, la pieuse Catulle y fit élever un tombeau. Dès lors les pèlerins y affluèrent, de nombreux miracles s'y opérèrent, et, en reconnaissance, une chapelle fut érigée autour du sépulcre des trois martyrs. Mais dans la seconde moitié du cinquième siècle environ, cette chapollo, paraît-il, tombait sous ses propres ruines, lorsque, à l'instigation de sainte Geneviève et avec l'aide des fidèles, le clergé de Paris fit construire au-dessus de ce tombeau une église ou basilique dont le monument sépulcral forma
i. Probablemont a» troisième.
S. Mort eu 840 ; a écrit les Actes du martyre de saint Denys
Qç^ VIEILLES ÉGLISES DE FRANCE
l'autel ; le jeune Dagobert, fils de Chilpéric y fut enterré. Celte église fut placée sous Fautorité de Févêque de Paris et desservie par des clercs séculiers. Mais sous le règne de Clotaire II, de 623 à 626, Dagobert, son fils, alors roi d'Austrasie, fonda en Fhonneur de saint Denis, à quelque distance et à l'est de la basilique qui renfermait le tombeau du saint apôtre de la Gaule, le célèbre monastère où ont été enterrés la plupart des rois de France. Plus tard il fit même enlever du tombeau qui les renfermait, les reliques de Fillustre martyr et les fit transporter dans l'église abbatiale, où, depuis, elles furent conservées.
Selon un religieux, auteur anonyme d'un ouvrage connu sous le titre de Gesta Dagoberti régis, le roi Dagobert I" (623-639), fondateur de l'abbaye, construisit une église à laquelle il donna une décoration somptueuse, et ce fut dans celle-ci que s'établirent les moines; la plus ancienne cbarte, qui nomme un abbé de Saint-Denis, est de juin ou juillet 625. A partir de cette époque, plusieurs cbartes, en effet, font mention de la basilique qui renfermait le corps de saint Denis, évoque et martyr ; de la communauté de moines établie auprès de cette basilique, de l'abbé qui la gouvernait, ubi abba, deservire videtur, enfin des bienfaits qu'elle reçut de la munificence des rois et des particuliers, preuve évidente qu'à cette date au moins remonte la fondation de Fabbaye. La première basilique, dépouillée de ses reliques, garda une existence indépendante, comme église séculière et probablement paroissiale, jusqu'au neuvième siècle. A une époque indéterminée, entre le neuvième siècle et le douzième, elle fut acquise par Fabbaye de Saint-Denis et transformée en prieuré. Il faut donc admettre qu'au lieu où s'éleva, ce prieuré existait une basilique renfermant la sépulture de saint Denis, dont le corps fut, au septième siècle (22 avril 626), transféré dans Fabbaye fondée par Dagobert, qui sans doute pour se mettre de plus près sous la protection du patron de la France, à côté de son tombeau marqua la place du sien. Ce fut le premier roi inbumé dans cette basilique, et le choix qu'il en fit pour sa sépulture prouve la vénération dont, auprès des princes et du peuple, saint Denis était Fobjet.
Sous Clovis II, fils et sucesseur de Dagobert, le patrimoine du monastère de Saint-Denis fut officiellement séparé de l'église de Paris et soustrait à l'ingérence épiscopale, et l'acte qui assure à Saint-Denis ce privilège, est du 22 juin 624. Le 24 février 636 eut lieu la consécration de cette église au milieu d'un concours considérable de peuple. Une charte de Dagobert porte qu'en considération de sa divine consécration, Féglise ne dépendra d'aucune
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