ÉGLISE ABBATIALE DE SAINT-DKMS
puissance, d'aucune juridiction autres que celles du souverain pontife, et par un acte subséquent, il fut dit que tout criminel, même de lèse-majesté, qui se réfugierait sur les terres de cette abbaye, ne pourrait être recherché : c'est le droit d'asile. Chose notable à mentionner ici, c'est que Thierry, troisième fils de Clovis II et petit-fils de Dagobert, précipité du trône de Neustrie par une révolution de palais, fut heureux d'user le premier de ce droit de refuge, en 670. Plusieurs des rois successeurs de Dagobert, comme lui reçurent la sépulture dans cette église, à laquelle ils avaient fait de riches présents.
« Geste église, dit le chroniqueur Doublet \ moins grande qu'elle est de présent, estoit enrichie d'or et de pierres précieuses que c'estoit une chose admirable; et, à l'endroit où dévoient reposer les sacrez corps des bienheureux martyrs, le tout fut couvert d'argent, tant par le dedans que par dessus la couverture de l'église. » ,
Sous le règne de Pépin le Bref, le monument de Dagobert fit place à un autre plus spiendide encore, que Charlemagne termina en 775. Dès le règne de ce grand empereur, les religieux de Saint-Denis jouaient un rôle dans la politique de la France ; aussi voit-on l'archevêque Turpin. primitivement abbé de Saint-Denis, devenir chancelier, et, sous Louis le Débonnaire, Ililduin, également abbé de Saint-Denis, comme on l'a vu plus haut, remplir les fonctions d'ambassadeur, et môme exercer dans le conseil une grande influence. Il opéra dans la discipline du monastère, dont les mœurs s'étaient relâchées, une sorte de réforme.
Après Ilildsin on vit plusieurs personnages illustres se succéder dans la dignité abbatiale de Saint-Denis, et Charles le Chauve, l'un d'eux, la donna en commande à Louis, son parent. C'était le temps oh les Normands exerçaient leurs déprédations sur la France ; ils attaquèrent l'abbaye de Saint- Denis, s'en emparèrent et la mirent au pillage ; mais elle se releva de ses désastres; et lorsque Hugues Capet fut parvenu au trône, il rendit aux religieux de ce monastère le droit d'élire leur abbé.
Le plus éclairé et le plus vertueux des abbés de Saint-Denis fut incontestablement Suger, ministre de Louis VI, dit le Gros, et de Louis VII, dit le Jeune. Durant la croisade entreprise par le second de ces souverains, Suger eut la régence du royaume et le gouverna avec sagesse et prudence. Tenant à prouver sa vénération pour l'apôtre de la Gaule, cet abbé-ministre reconstruisit on partie, agrandit, embellit et enrichit l'église de l'abbaye, édifiée, trois siècles
l. Écrivain du dix-septième siècle, Histoire de l'abbaye de Saint-Denik
g^ VIEILLES ÉGLISES DE FRANGE
auparavant, par Pépin et Charlemagne. Sur l'emplacement qu'occupait ua porche en saillie et du style le plus lourd construit au-devant de l'église, Suger fit élever la façade, telle, à peu près, que nous la voyons aujourd'hui. « Il consiruisit, dit M. Debret, architecte, la façade de l'église, avec deux tours ; la flèche ne fut d'abord bâtie qu'en bois ; mais les carrières de Pontoise lui offrirent enfin la pierre dure qu'il y avait jusqu'alors cherchée en vain Ce fut aussi après des recherches infructueuses qu'il trouva lui-même sa charpente dans la forêt de Ghevreuse, qui appartenait à l'un de ses vassaux. »
C'est en 1140, comme nous l'apprend une inscription dédicatoire, que la façade fut terminée, et, en 1144, furent également achevés tous les travaux entrepris pour la construction du chevet, des chapelles du rond-point encore existantes, des deux portails, du transept et des bas côtés de la nef. Le 11 juin de la même année on fit la dédicace solennelle de l'église ainsi reconstruite Mais, moins d'un siècle après (1219), la foudre consuma la flèche, construite en bois sur la tour du nord, et même une grande partie des combles. En 1231, la reine Blanche de Castille songea à réparer ces désastres, et, par ses ordres, l'abbé Eudes-Clément entreprit dans ce but d'immenses travaux. Mais afin de subvenir aux dépenses de la croisade fatale, d'oii il ne devait revenir que dans un cercueil, Louis IX, bien à regret, ordonna de les interrompre. Le pieux successeur du saint roi, Philippe III, le Hardi, son fils, acheva enfin les travaux commencés; il fit bâtir les six travées de la nef qui joignent les tribunes de l'orgue, et élever en pierre (1280) la haute flèche du nord. La reconstruction du chœur est due à Philippe-Auguste, mais c'est à Suger que l'abbaye fut redevable des portes de fonte ciselées, revêtues d'or moulu et représentant la passion, la résurrection et l'ascension du Sauveur.- En outre, il donna à l'église plusieurs objets de grande valeur. Par ses soins furent aussi transportés dans un magnifique tombeau les restes de saint Denis et de ses compagnons, déposés encore à cette époque dans le caveau construit pour eux par Dagobert. Un élégant fronton surmontait autrefois la rose de l'horloge, mais il fut remplacé par un long cordon de créneaux, lorsque Charles le Mauvais eût fait sur Saint-Denis une première tentative pour s'en emparer. Le Dauphin entreprit alors de relever les fortifications de cette place et de fortifier l'église elle-même.
Sous le règne de saint Louis, Mathieu de Vendôme, abbé de Saint-Denis, pendant la seconde croisade de ce prince, tint les rênes de l'État, et, comme Suger, fit tourner au profit de l'abbaye et de son église le pouvoir qu'il exerça. Ce bel édifice, ainsi plusieurs fois reconstruit, restauré, embelli, offre néces-