ÉGLISE ABRATIALE DE SAI.NT-DENIS
sairement, par Firrégulaiilé de ses parties, le caractère de diverses époques; et de la différence des g-oûts qui ont présidé à son érection, ressort évidemment une différence de style. L'ensemble, cependant, particulièrement à Texlérieur, est d'un beau gothicjue.
Cette superbe basilique a cent huit mètres seize de long dans œuvre, Irente-
DETAIL D UNE DBS PORTES LATKKALKS DB SAINT-DBMS
sept mètres de large et vingt-huit de haut sous voûte (nef princi[)ale); la façade principale a trente-trois mètres cinquante de large, y compris les contreforts latéraux; la tour du sud, qui n'a jamais été terminée, a cinquantehuit mètres treize de hauteur. La façade occidentale (douzième siècle), percée de trois belles portes, s'élève sur la petite place de la Mairie. Au-dessus de l'entrée principale se trouvent trois arcades: celle du centre est ouverte; les deux autres encadrent trois inscriptions en grandes loi très, dont l'une donne 1140, date de la consécration, dc'à indiquée plus haut. La rose à douze rayons
qui surmonte ces trois arcades, sert de cadran d'horloge. La lour du sud se compose de deux étages éclairés par de belles fenêtres cintrées. Celle du nord doit être rétablie avec sa flèche du treizième siècle. Deux fenêtres s'ouvraienl aux extrémités des transepts ; celui du sud, ou porte des Bénédictins, est aujourd'hui fermé. La porte des Valois dans le transept nord, devait être flanquée de deux tours.
A l'intérieur, les deux premières travées de la nef, formant le porche, datent de Suf^er. La nef est entourée de bas côtés, qui se doublent près du transept, et de petites chapelles. Les mausolées occupent les travées des doubles collatéraux et des chapelles de gauche, les deux bras de la croix, le chœur des chanoines et le chœur des reliques. Ce dernier s'étend depuis le maître-autel jusqu'aux chapelles absidales, et le pavé en est beaucoup plus élevé que celui de la nef. A droite, au delà du chœur d'hiver, sont de riches chapelles construites sous la Restauration. On remarque encore avec intérêt le grand buffet d'orgues, supporté par une arcade de quarante pieds de haut et large comme toute la nef. Les grilles du chœur sont d'un travail exquis: elles ont été exécutées dans l'intérieur de l'abbaye par le frère Denis. La grille placée à la partie antérieure était jadis ornée d'une croix d'or garnie de pierreries; elle avait été faite, assure-t-on, par saint Eloi. Nous avons dit que les portes extérieures, données par l'abbé Suger, étaient couvertes d'or moulu; le temps a fait disparaître cette riche dorure ; mais les figures bizarres laborieusement ciselées sur ces portes sont fort curieuses. Signalons encore les deux rampes qui conduisent au chœur des reliques, et, parmi les monuments que Ton y remarque, la pierre tombale de Frédégonde, qui, avant la Révolution, se trouvait à Saint-Germain des Prés, à Paris. Il reste dans les chapelles absidales quatre verrières du temps de Suger, dont deux entières et très remarquables. Les vitraux de la sacristie représentent plusieurs traits de la vie de saint Louis. La sacristie est aussi décorée de dix tableaux exécutés depuis la Restauration : ce sont: 1° la Prédication de saint Denis; 2° Dagobert ordonnant la construction de r église consacrée à ce saint; 3' l'Institution de la même église comme sépulture des rois; 4" la Dédicace de ce temple en présence de l'empereur Charles- Quint; S** Saint Louis faisant placer dans le chœur les tombeaux des rois ses prédécesseurs; 6" Saint Louis recevant V oriflamme à Saint-Denis avant sa première croisade ; 7* Philippe le Hardi portant sur ses épaules le corps de saint Louis] 8** Charles-Quint visitant l'église de Saint-Denis, oit le reçoit François I"; 9° le Couronnement de Marie de Médicis; 10* Louis XVIII ordonnant la continuation de l'église Saint-Denis.
Éi^.IJSE AMBATIALK UK SAI.NT-DK.MS
La cryple a subi de nombreux remaniements; mais les sept chapelles du rond-point, qui correspondent à celles de l'abside, datent du temps de Suger et offrent môme quelques vestiges de constructions antérieures.
Des objets précieux composaient autrefois le riche trésor de Saint-Denis; ils
i:ntrki-: des caveaux. — tombbao db clovis.
étaient contenus dans cinq grandes armoires, mais, malheureusement, ils ont été, pour la plupart, pillés et détruits par la Révolution.
La splendeur et la prospérité de l'abbaye de Saint-Denis ont donné au simple village ou bourg de Catuiiiacus [viens CatulUacetis's), l'apparence et l'importance d'une ville. Mise une première fois en commande par Charles le Chauve et rendue à son indépendance par Hugues Gapet, elle retomba une seconde fois en commande sous François 1". Depuis, elle compta encore de grands personnages parmi ses abbés : [)apes et rois, princes temporels et princes spirituels semblent en effet s'être complu, à l'envi, à illustrer cette
célèire abbaye ; plusieurs même d'entre eux sollicitèrent comme un honneur d'en être nommés abbés. Aux noms de Charles le Chauve, d'Eudes, de Robert I" et de Hugues, sous la dynastie carolingienne, s'ajoutent, dans la suite, ceux de Henri III de Lorraine, d'Armand de Conti, de Jules Mazarin, cardinal, et de Paul de Gondi, cardinal de Retz.
Quelques-uns de nos rois y furent élevés danfe leur jeunesse, Louis YI, entre autres, qui y fut condisciple de Suger, et longtemps ils gardèrent la coutume d'y tenir \env cour pleni ère aux quatre principales fêtes de Tannée. 'Cette abbaye devint enfin comme une Académie de religion d'où sortirent successivemen^t vingt-quatre évêques ou archevêques, des docteurs célèbres et des écrivains sacrés de premier ordre. C'est, en effet, dans les cellules de ce monastère que les historiens de nos rois, depuis Philippe I" jusqu'à Louis XI, écrivirent leurs chroniques. On sait enfin que les successeurs de Dagobert voulurent, à son exemple, reposer dans la basilique consacrée à saint Denis, et que dans l'église de l'abbaye s'accomplit la conversion de Henri IV, à laquelle les reUgieux de l'abbaye contribuèrent particulièrement.
Au seizième siècle, l'abbaye de Saint-Denis eut beaucoup à souffrir de la part des huguenots, mais toujours elle répara ses désastres. Depuis le jour où Philippe III, le Hardi, portant pieusement sur ses épaules les restes de son père Louis IX, mort à Tunis (1270), les déposa à Saint-Denis, jusqu'au jour où Louis XHI vint visiter l'abbaye parvenue à son plus haut point de splendeur, de père en fils les habitants de cette ville furent témoins de bien des obsèques princières, qui renouvelèrent par intervalles la funèbre splendeur de ce panthéon de nos rois. En effet, Capétiens, Valois et Bourbons vinrent tour à tour faire psalmodier les religieux de Saint-Denis auprès de leur catafalque. U y avait alors, sous le gouvernement du grand prieur trente-trois prêtres, seize diacres, vingt et un sous-diacres, sept acolytes et un nombre infini de moines ; dans l'église les richesses s'étalaient à profusion.
Malheureusement, la restauration morale accomplie autrefois par Hilduin n'avait pas persévéré, et, avec la fortune, s'était introduit de nouveau le relâchement. En effet, dit Félibien, parlant de l'état moral de l'abbaye avant la réforme que, sous Louis XIII, lui fit subir le cardinal de La Rochefoucauld, « l'ordre de Saint-Benoît, jadis si vénéré par toute la France, était arrivé à un grand relâchement, sans qu'on pût marquer d'autre cause à cette décadence presque générale que la fragilité humaine «. L'abbé Lebeuf dit aussi que « presque toutes les abbayes du diocèse de Paris ont compté des saints parmi leurs abbés, mais que celle de Saint-Denis, qui les a surpassées en celé-