ÉGLISE ABBATIALE DE SAINT-DENIS
même et pour ses descendants, n'a pas reçu la dépouille mortelle de ceux auxquels il était destiné. Un jeune prince, cependant, de la dynastie napoléonienne, fils de Louis Bonaparte, a été placé dans ce souterrain, que soutiennent des colonnes d'un ordre sévère, entre lesquelles sont les statues des six rois de France qui ont pris ou obtenu le titre d'empereur, à savoir : Charleinagne, Louis le Débonnairp, Charles II, dit le Chauve ; Louis II, le Bi'gue; Charles III, dit le Gros, cl Louis IV, d'Outre-mer.
Trois ans après le décret de 1806, par lequel il ordonnait la restauration de la sépulture royale de Saint-Denis, Napoléon I" pourvut de même au rétablissement de l'abbaye, devenue magasin à farine sous la Terreur. Il convertit ces bâtiments en maison d'éducation pour les (illes des membres de la Légion d'honneur et comme succursale de la maison d'Écouen. Après la Restauration, Louis XVIII y transporta l'institution principale et ordonna que le pensionnat de Saint-Denis serait régi à l'instar de l'ancienne communauté de Saint- Cyr, et desservi par une société de dames religieuses réunies sous le nom de Congrégation de la Mère de Dieu L'instruction y est organisée comme elle Tétait à Ecouen.
PRINCIPAUX TOMBEAUX DE l'ÉGLISE DE SAINT-DENIS
A droite du maitre-autel, dans le sanctuaire, est le tombeau de Dagoberl, restauré avec soin. Comme œuvre d'art, et aussi pour le caractère allégorique de ses bas-reliefs, c'est l'un des monuments les plus curieux du moyen ûge. La partie supérieure de ce tombeau représente le roi coucbé, et debout, à ses côtés, Nantilde, sa femme, et son fils Clovis II. La statue de Nantilde est un des plus beaux spécimens de la sculpture au treizième siècle. La statue couchée de Dagobert est moderne. On lit au-dessous, également en caractères modernes : Ci-gît Dagobert, premier fondateur de céam, roi en t*an 632, jusqu'en 645.
A gauche, en face du tombeau de Dagobert, sont les monuments des deux fils de saint Louis, qui avaient été enterrés à Royaumont; de Pépin le Bref, de Berthe, sa femme; de Louis VI, etc. Deux belles rampes en pierre conduisent au chœur des reliques.
Dans une riche chapelle de cinq travées, construite sous la Restauration, on remarque le tombeau du deuxième fils de Charles V, Louis d'Orléans, et de Valcntine de Milan, sa femme. On sait que, par ordre de ce roi, du Guosclin fut inhumé dans le caveau que Charles V s'était fait préparer pour lui-
même, et dans lequel était déjà enterrée la reine, sa femme, morte en 1377. /^joutons que clandestinement fut enterrée à Saint-Denis, le 24 septembre 1435, Isabeau de Bavière, femme de l'infortuné roi Charles VI. Parmi les mausolées placés à gauche dans la nef et le transept, il faut citer ceux de Louis XII et de Henri II.
Celui de Louis XII et d'Anne de Bretagne, sa femme, est orné de bas-reliefs, dont les principaux représentent l'entrée de ce prince à Milan , (6 octobre 1499), le passage des montagnes de Gênes (avril 1507) et la bataille d'Agnadel, gagnée sur les Vénitiens (14 mai 1509). Aux quatre angles de ce monument sont quatre figures de femmes plus grandes que nature : la Prudence, la Justice, la Tempérance et la Force. Sur le sarcophage sont couchés, nus et presque décharnés, le roi et la reine; sur la plate-forme du tombeau, on les a représentés agenouillés. Les douze apôtres entourent le tombeau. Le tout est d'un beau travail, exécuté sous la direction d'un sculpteur nommé Juste.
L'un des monuments les plus splendides de la Renaissance est le tombeau de François I" et de Claude de France. Il a été commencé en 1552, sous la direction de Philibert Delorme. La partie sculpturale est l'œuvre de Germain Pilon et de plusieurs autres sculpteurs de talent. Seize colonnes de marbre blanc, cannelées et d'ordre ionique, soutiennent une voûte richement sculptée sous laquelle sont couchées nues les figures du roi chevalier et de la reine sa femme. Les deux faces principales de la base sont ornées de basreliefs d'une belle exécution; ils représentent les batailles célèbres de Marignan et de Cérisoles. Les figures agenouillées sur la plate-forme, chacune devant un prie-Dieu, sont celles de François I", de Claude de France, sa femme; du Dauphin François, de Charles d'Orléans, leurs fils, et de Charlotte de France, leur fille. Ce tombeau est, dit-on, l'ouvrage du Primatice.
Le tombeau de Henri II et de Catherine de Médicis, dit des Valois, œuvre admirable que l'on attribue à Germain Pilon, est construit d'un beau marbre blanc, orné de douze colonnes d'ordre composite, élevées sur un soubassement en forme de piédestal. Quatre ravissantes statues de bronze, qui représentent, dit-on, les quatre vertus cardinales, sont placées aux angles. Entre ces statues sont couchés Henri II et Catherine de Médicis. Au-dessus de l'entablement, ces mêmes figures, vivantes, sont représentées à genoux devant un prie-Dieu. Ce tombeau fut exécuté du vivant de la reine ; aussi, prise de scrupules religieux, elle fit remplacer les deux figures nues par deux statues drapées, qui, toutefois, ne furent exécutées qu'après sa. mort. Elles représen-
ÊGLISK ABBATIALE DE SAINT-UEMS
tent les deux époux couchés sur un coussin en bronze, et sont aujourd'hui placées devant le tombeau.
TOMDBAU DR FRANÇOIS !■*
La plus belle des cérémonies funèbres qui eut lion dans la basilique de Saint-Denis fut celle des funérailles de Turenne, que Louis XIV lit inhumer, en 1675, dans la chapelle des Hourbons. Sur son tombeau on voyait le héros expirant reçu dans les bras de rimmorlalilé, qui posait sur son front une
couronne de lauriers. Devant ce groupe était un bas-relief en bronze, représentant l'une des batailles oii triompha Turenne. Aux deux côtés du mausolée se tenaient la Sagesse et la Valeur, dans l'attitude de la consternation. L'honneur d'être inhumé à Saint-Denis n'avait été jusqu'alors accordé qu'à du Guesclin, à Louis de Sancerre, connétable, mort en 1402, et au marquis de Caussade, comte de Saint-Mégrin, tué sous les yeux de Louis XIV, au combat de la porte Saint-Antoine. Un ancien usage y avait fait admettre aussi quelques officiers du palais : Pierre de Beaucaire, chambellan de saint Louis; Bureau de la Rivière, premier chambellan des rois Charles V et Charles VI; Arnaud de Barbazan, premier chambellan de Charles VII, et Guillaume de Chastel, panetier du même roi.
En 1715, la dépouille mortelle du grand roi fut aussi portée à Saint- Denis; mais, sur la route, elle fut mal accueillie; les malheurs de la fin du règne de ce prince en ternirent l'éclat. Comme celles d'Isabeau de Bavière, les funérailles de Louis XV furent faites clandestinement. Son corps fut déposé, selon l'usage, sur le banc de pierre élevé dans une sorte de niche, à l'entrée du caveau, pour y attendre son successeur; mais il l'attendit vainement. Charlemagne, Philippe I", Louis VII et Louis XI exceptés, tous nos rois, depuis Dagobert jusqu'à Louis XV, reposaient donc en paix dans leurs tombeaux lorsque, sur la proposition de Barrère, la Convention rendit, le 31 juillet 1793, un décret ordonnant que les « tombeaux et mausolées des cidevant rois, élevés dans l'église de Saint-Denis, dans les temples et autres lieux, seraient détruits ».
Après la destruction des tombeaux, l'église devint un magasin militaire, et pendant quatorze ans elle resta dans un tel état de ruine, que la toiture, délabrée, protégeait à peine les fourrages qui y étaient amoncelés.
Depuis la Restauration, dans la grande salle funéraire ouverte un peu plus loin que le caveau sépulcral construit par Napoléon on a déposé les cercueils de Louis XVI et de Marie- Antoinette, de M"^^ Victoire et Adélaïde de France, du duc de Berry et de deux de ses enfants. Au bas de l'escalier qui conduit au caveau central, sur un tréteau de fer, est placé le cercueil de Louis XVIII, suivant l'antique cérémonial, qui veut que les rois de France attendent en ce lieu leur successeur avant d'être eux-mêmes descendus dans la grande salle funéraire. Dans une autre partie de la crypte est situé le caveau des Condés, où a été déposé, le 4 septembre 1830, le dernier prinoe de ce nom.
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CATHÉDRALE DE CHARTRES
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Chartres occupe, €ommo on sait, le centre de l'ancienne partie de la Gaule celtique qu'on appelait le pays des Carnutes. Jusqu'au milieu du quatrième siècle, cette ville, connue sous le nom iVAiitricum, était la capitale de ce pays. Avant l'invasion romaine, Chartres était considérée comme la capitale de la Gaulé celtique : là résidait le sénat des druides. Sur le territoire chartrain avaient lieu les grandes assemblées nationales pour délibérer des intérêts communs ; cette contrée, couverte d'immenses forêts, avait été choisie par ces prêtres législateurs comme la plus propice à leurs mystères sacrés. Le pays est encore couvert des débris des monuments de ce culte antique^ que le temps, les guerres et le zèle ardent des premiers évêques n'ont pu entièrement anéantir.
C'est dans la cathédrale de Chartres que saint Bernard prêcha la seconde croisade. En 1304, Philippe le Bel, vainqueur des Flamands, y vint déposer son armure; en 1523, le trésor de l'église servit à payer la rançon de François I", prisonnier à Madrid; en 1591, Henri III lui fit hommage des armes prises sur les Italiens; enfin, en 1594, Henri IV y fut sacré.
Dans la nuit du 5 juin 1836, un violent incendie faillit détruire le monument tout entier. Aujourd'hui toutes les traces de l'incendie ont disparu; mais cependant il serait à désirer que les travaux de reconstruction fussent poussés avec plus d'activité, car la cathédrale est dans un assez mauvais état d'entretien et demande d'importantes réparations.
Chartres est la patrie de saint Nicole, de Félibicn, dos poètes Desportes et Régnier, du marquis de Dangoau, des conventionnels Pétion et Dussaulx, de l'avocat Chauveau-Lagarde, du général Marceau, auquel on a élevé, en 1851, une statue de bronze sur la place des Epars, etc
Lorsque, vers le commencement du cinquième siècle, le christianisme s'établit dans le pays chartrain, sa capitale était une fort petite ville, située sur la rivière d'Eure, et composée d'une dizaine de rues étroites, tortueuses et obscures. Tel fut le premier siège des évêques de Chartres, qu'on doit compter parmi les plus anciens de la France. Celui d'entre eux qui consolida la religion chrétienne dans ce diocèse, se nommait Solemnis; il vivait en 490, et sans doute il gouvernait encore, au spirituel, les habitants de Chartres lorsque cette ville et son territoire passèrent sous l'autorité des rois francs. Après la mort de Clovis, le pays chartrain fit partie du royaume de Paris.
La ville de Chartres renfermait autrefois sept églises, dont deux seulement, Sainl-Aignan et Saint-Père, dédiée depuis sous le titre de Saint-Pierre, ont été conservées. Sa cathédrale, qui occupe le point culminant de la ville, est un des plus magnifiques monuments que nous ait légués l'art chrétien du moyen âge. C'est l'avis unanime des appréciateurs éclairés de l'architecture gothique à cette époque. Mais peu de monuments subirent plus de vicissitudes. Incendiée en 845, par les Normands, la cathédrale de Chartres devint de nouveau la proie des flammes au dixième siècle. Enfin, en 1020, la foudre détruisit pour la troisième fois ce bel édifice. Fulbert, alors évêque de Chartres et prélat jouissant d'une haute réputation de sagesse et de piété, avec l'aide de ses diocésains, réédifîa l'église incendiée.
La façade présente deux tours surmontées de flèches, dont l'une s'élance dans les airs à la hauteur de cent vingt mètres. A l'angle méridional de la tour de droite, appelée le Vieux Clocher on remarque un morceau de sculpture qui représente un âne jouant de la vielle. Cette figure bizarre, connue dans le pays sous le nom de VAne qui vielle, pourrait faire allusion à la fête de l'Ane célébrée, comme on l'a vu, du onzième au quinzième siècle, dans plusieurs églises de France. Entre les deux tours resplendit une rosace, véri- ^table chef-d'œuvre du style rayonnant. Le chœur, l'autel et le transept, comme les façades latérales, sont décorés de nombreuses statues, parmi lesquelles une Assomption de la Vierge, en marbre blanc, due au ciseau de Coustou, et une Vierge et l'Enfant Jésus.
On admire aussi, à l'intérieur, de fort beaux vitraux peints. La chapelle de la Vierge Noire est l'objet d'un pèlerinage célèbre. Au-dessous de l'église supérieure s'étend une immense crypte, appelée l'église d'en bas. On y retrouve d'intéressants vestiges de l'époque mérovingienne. On remarque encore à Chartres le palais épiscopal, bâti au treizième siècle.
CATHÉDRALE DE ROUEN