ET TOMBEAU DE LOUIS DE BRÉZÈ
On sait que Rouen [Rothomagus), clief-lieu du département de la Seine- Inférieure, est, par son étendue, sa population, son industrie et son commerce, Tune des principales villes de France. Il serait donc intéressant d'en faire ici l'histoire, de rappeler les vicissitudes par lesquelles a passé, d'abord sous les Romains, cette capitale des Yélocasses (peuplade gauloise), puis sous les Francs, jusqu'au moment où les Normands s'en emparèrent; et sous les Anglais, qui, pendant la guerre de Cent ans, en fure-nt trente ans les maîtres. Les ligueurs s'y établirent aussi et s'y maintinrent jusqu'au jour où le Béarnais, par son courage et son habileté, ayant su conquérir son royaume, rentra enfin, au prix de grands sacrifices, en possession de l'ancienne capitale de la Normandie.
Nous aimerions à raconter la conversion de cette ville au christianisme, conversion opérée, vers le milieu du troisième siècle, par saint Nicaise, martyrisé dans une île de TEpte ; nous voudrions parler de saint Mellon, qui fil, dit-on, de nombreux miracles; de saint Victrice, non moins distingué par ses vertus que par son zèle apostolique, l'ami de saint Martin de Tours, de l'historien Sulpice-Sévère et de saint Paulin, qui, « dans une de ses lettres, s'applaudit de ce que Rouen est devenu, depuis l'avènement de son ami, une ville illustre par la multitude de ses lieux saints; » nous voudrrons... ; mais la description de la cathédrale de Rouen étant notre objet principal, nous ne pouvons que mentionner en passant ces saints personnages. Parmi les successeurs de saint Victrice nommons cependant saint Gildard ou. Godard (cinquième siècle), frère du célèbre saint Médard, évèque de Noyon, protecteur de Radegonde contre la colère de Clotaire I", son mari, qu'elle fuyait pour se consacrer au Seigneur. Ce saint piélat institua à Salency, village où
il était né, la /^/e de la rosière, depuis, toujours en grand honneur en France. Nommons saint Prétextât, dont la fin tragique rappelle les trop nombreuses cruautés de Frédégonde ; saint Romain, célèbre par la destruction des. temples païens, et surtout par sa victoire sur la Gargouille, dragon monstrueux qui, dans les environs de Rouen, dévorait les hommes et les bêtes. Nommons enfin saint Ouen, successeur de saint Romain sur le siège épiscopal de Rouen. D'abord garde du sceau de Dagobert I", et aussi l'ami et le conseiller d'Ébroïn, maire du palais de Neustrie, ce saint prélat gouverna son diocèse avec sagesse, et, plus tard, fut inhumé dans l'église placée sous son invocation. On croit qu'il était issu des rois de France.
Que d'événements aussi se sont accomplis à Rouen ! Mais il en est un surtout à jamais regrettable, et que nous ne saurions passer sous silence ! C'est à Rouen qu'en faisant monter sur le bûcher la jeune et sainte héroïne, libératrice de la France, Jeanne d'Arc, les Anglais ont imprimé sur leur front une tache ineffaçable.
Détournant les yeux de cette lugubre scène, arrêtons-les 'sur un événement d'un tout autre genre, sur une fête donnée plus de cent ans après, en looO, à Henri II et à Catherine de Médicis, par les plus graves magistrats du pays de sapience, gens doctes, comme dit le récit de la Siimptiieuse entrée, et bien suffîsans personnaiges, fête dont un épisode doit aujourd'hui nous paraître au moins étrange.
En effet, un demi-siècle environ après la découverte de l'Amérique, cinquante Indiens, appartenant à la race des Tupinambas, venaient simuler leurs combats sur les bords de la Seine et mêler à ces jeux guerriers leurs danses solennelles, telles qu'elles avaient lieu dans les belles campagnes arrosées par le Capibarribe et le Paragiiassû. .
« Le roy, après ce plaisant spectacle dont son œil fut joyeusement content, » passa outre; et, quant à l'opinion de la reine, la chronique rouennaise est explicite : « Le second jour, y est-il dit, comme on renouvelait le spectacle, Katherine de Médicis, passant en sa pompe et magnificence par-dessus la chaussée*, ne sut la faire sans prendre délectation aux jolys esbatements et sc/fyow«c/«e des sauvages ^ »
« On eut alors, pour la première fois, une idée de la vie que menaient les sauvages du Rrésil en leurs grandes forêts, et cet extrait du récit de la Siimp-
1. Place où se donnait cet esbatement américain, et qui s'étendait jusqu'à la Seine.
2. Comme disaient les érudits du temps ; ce drame bizarre n'avait certainement aucun antécédent en Europe depuis la découverte du Brésil par Pedro Alvarez Cabrai. (Ferdinand Denis, une Fête brciilienne, etc.)
TO.Mnr.M 1)1. i.«»uis m: r. iii/k dans i a catiil uh ai k i»i. noi kn