‹ Vieilles églises de France (volume 2)Chapitre 20 sur 45 · CATHEDRA LK D E ROL'EN · texte numérisé non relu

CATHEDRA LK D E ROL'EN

pour la plupart de vitraux précieux, et par trois grandes rosaces, dont doux aux extrémités de la croisée et l'autre au-dessus de 1 orgue. Ces rosaces sont

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e la plus grande beauté; celle de l'ouest surtout n'a pas de rivales pour éciat des couleurs, la délicatesse et le luxe des ornements, au contre desiiuels st placé le Père éternel entouré d'une nmltitude d'anges.

gg VIEILLES ÉGLISES DE FRANCE

Les deux rosaces de rextrémité ont donné lieu à un événement tragique que Ton vous raconte toujours en vous les montrant : c'était en 1439 ; lune fut exécutée par Alexandre de Berneval, artiste en renom ; l'autre par son apprenti. Celle de l'apprenti fut jugée plus belle que celle du maître, et celui-ci en conçut tant de dépit et de jalousie qu'il tua son élève.

Les vitraux des collatéraux (treizième siècle), les plus remarquables, se distinguent par l'éclat et l'harmonie de leurs couleurs. Au nombre des vitres de la Renaissance les plus estimées, il faut ranger celles qui représentent la vie de saint Romain, dans la chapelle de cet évèque, et, dans celle de Saint- Étienne, saint Thomas touchant les blessures de Jésus-Christ; le Christ prêchant dans le désert; le Christ apparaissant à la Madeleine; la pêche miraculeuse, etc. Dans les stalles du chœur sont représentés tous les métiers ; d'intéressantes sculptures en décorent les consoles. On y lit aussi de curieuses inscriptions tumulaires ; et dans l'encoignure du transept septentrional, on admire le joli escalier gothique, dont la construction date de la deuxième moitié du quinzième siècle; il conduit à la bibHothèque, qui elle-même a été fondée en 1424. Dans la chapelle du petit Saint-Romain est le tombeau de Rollon, et en face, dans la chapelle Sainte-Anne, celui de Guillaume Longue- Épée, son fils et successeur, si traîtreusement assassiné par un comte de Flandre, dans une conférence que ce seigneur lui avait proposée.

De toutes les magnifiques œuvres d'art que renferme la chapelle de la Vierge, le tombeau élevé par Diane de Poitiers à son époux,. Louis de Brézé, est le plus remarquable. Ce tombeau est certainement l'une des plus admirables productions de la Renaissance. Quatre belles colonnes de marbre noir, dont les chapiteaux et les bases sont en albâtre , supportent le mausolée ; entre ces colonnes est un cercueil sur lequel repose la statue en marbre blanc de Louis de Brézé, représenté au moment où il vient d'expirer, étendu sur le dos, la main gauche placée sur la poitrine. Du côté de la tête de la statue du comte est celle en albâtre de Diane de Poitiers, agenouillée, les bras croisés, en vêtements de deuil; du côté opposé est la Vierge tenant l'enfant Jésus. Dans le fond, au milieu, se voient deux incriptions, l'une en prose, l'autre en vers, enlevées pendant la Révolution et rétablies successivement depuis ; les voici toutes deux :

Loys de Breszé, en son vivant chevalier de 1 ordre, premier chambellan du Roy, grand Séneschal, Lieutenant-Général et Gouverneur pour le dict sieur, en ses pays et duché de Normandie, Capitaine de Cent Gentilz hommes d'armes de ses ordonnances, Capitaine de Rouen et de Caen, Conte de Maulevrier, Baron de Mauny et du Bec-Grespin, Seigneur Chas-

CATHÉDRALE DE ROUEN 87

tellain de Nogent-le-Roy, Ennet, Bréval et Monchauvet. Après avoir vescu par le cours de la nature en ce monde en vertu jusques à l'âge de LXXIl ans, la mort la laict mectre en ce. tombeau pour relourner vivre perpétuellement. Lequel décéda le dymence XXIII^'^jour de juillet mil V« XXXI (1531).

Dedens le corps que ce blanc marbre serre, • Jadis le ciel pour embellir la terre

Transmyst le choys des illustres espritz,

Lequel au corps feist tant d'honneur acquerre

Qu'en temps de paix et furieuse guerre,

Soubz quatre Roys il emporta le prix.

Le souverain pour son partage a pris

Geste noble âme, et la terre a repris

Le corps jà vieu, mais quand h sa gloire ample,

Pour ce qu'elle est de vertu décorée :

Aux bons Françoys est ici demourée.

Pour leur servir de mémorable exemple.

Sur rentablement se dresse la statue équestre du sénéchal, en marbre blanc. ]De chaque côté de la statue sont des cariatides surniontées de fleurs; celles de droite représentent la Prudence et la Gloire; les deux de gauche, la Victoire et la Foi. Le couronnement se compose d'un attique, en forme de niche, dans laquelle on remarque une statue en albâtre tenant une épée ; elle représente la Force, la Justice ou la Prudence (on n'est pas d'accord sur ce point). Sur la corniche, deux chèvres tiennent entre leurs pattes de devaut les armoiries du sénéchal. La grandeur, la noblesse de l'ensemble et la perfection des détails ont fait attribuer cet admirable monument au grand sculpteur Jean Goujon ou à Jean Cousin. L'art français n'a rien de plus parfait.

Tout à côté de ce tombeau est celui de Pierre de Brézé, comte de Maulevrier, grand sénéchal d'Anjou, tué à la bataille de Montlhéry, le 16 juillet 14G5. Ce monument est un charmant spécimen de transition du style gothique au style de la Renaissance. On remarque encore, à droite de la chapelle de la Vierge, le tombeau des cardinaux d'Amboise, celui du cardinal Canibacérès, mort à Rouen, le 25 octobre 1818 : une simple dalle recouvre ses restes; et en face, le monument érigé, en 18o7, en l'honneur du cardinal prince Croy, archevêque de Rouen, mort le 1" janvier 1844. On remarque aussi, à l'entrée de cette môme chapelle de la Vierge, à droite, sous une arcade à plein cintre, la statue d'un évêque étendu sur le dos. On prétend qu'elle représente l'archevêque de Rouen saint Maurille, dont il a été parlé plus liant. 11 mourut en 1235.

Plusieurs fois, dans celte courte notice sur la calhôdralo de Rouen, a été

mentionné Saint-Romain. Ne la quittons pas sans parler d'un privilège sino-ulier dont jouissait anciennement le clergé de cette église, sous le nom de la fierté (châsse) Saint-Romain. Tous les ans, au jour de l'Ascension, le chapitre avait le droit de faire sortir des prisons de la ville un criminel, qui se trouvait, par ce fait, absous complètement du crime ou des crimes qu'il avait commis antérieurement : nulle juridiction ne pouvait le rechercher. Pour cela le prisonnier devait seulement soulever et porter quelques pas la châsse du bienheureux saint Romain. Mais ce privilège ne se perpétua pas; et voici à quelle occasion il prit fin. Christophe, baron d'Alègre, et son page, Claude Pechu de la Motte, avaient assassiné, en 1588, François de Montmorenci- Hullot, lieutenant du roi en Normandie, dont le premier ambitionnait la place. Le Parlement de Rouen condamna par contumace le baron d'Alègre à être écartelé; mais il avait pris la fuite. Son page, moins bien inspiré, se rendit à Rouen, porta les reliques de saint Romain et se crut à l'abri de toutes poursuites. Mais, cette fois, le Parlement ne tint aucun compte du privilège de la châsse. La veuve et la fille du gentilhomme assassiné obtinrent l'arrestation du sieur de la Motte, et, malgré les longues oppositions de l'archevêque de Rouen, il fut condamné à de fortes amendes et au bannissement.

Mentionnons encore , pour compléter la description de la cathédrale de Rouen , le portail des Libraires et le portail de la Calande.

Situé à l'extrémité nord du transept, le portail des Libraires est ainsi nommé à cause des libraires qui occupaient des boutiques de chaque côté de la cour de l'Albane qui le précède, mais qui, fort heureusement, a été dégagé des constructions qui le masquaient. « C'était, dit M. Licquet, l'entrée ordinaire des hauts personnages, à l'exception du roi et des princes du sang, qui se rendaient à l'église par le grand portail d'occident. » De nombreux bas-reliefs ornent cette entrée: les uns représentent des traits de l'histoire sainte; « les autres, dit M. de Caumont, des sujets grotesques et des obscena, » dont quelques-uns semblent avoir été inspirés par les métamorphoses d'Ovide.

Le portail de la Calcnde date à peu près de la môme époque. Au-dessus de la porte, dans un arc en ogive, est un grand bas-relief représentant l'histoire de Joseph vendu par ses frères, les funérailles de Jacob et Jésus-Christ sur la croix. Ces sculptures sont un vrai type de naïveté et de finesse. Deux tours carrées accompagnent la façade de ce portail.

(Calvados)

La ville de Caen, chef-lieu du Calvados, est située dans un vallon lu contluent de l'Orne et de l'Odon. Les plaines fertiles qu'entourent ces deux rivières offrent aux habitants de riantes promenades, à l'ombre des arbres et au bord des eaux. Le port de Caen n'est qu'à douze kilomètres de l'Océan ; aussi la proximité de la mer et la canalisation de l'Orne ajoutent-elles à l'importance de cette cité, qui possède un château fort, de beaux édifices et surtout plusieurs églises remarquables, dont il va être parlé plus loin.

Caen n'a pas toujours échappé au fléau de la guerre; deux fois môme les Anglais s'en emparèrent, en 1346 et en 1417 ; mais les Français la reprirent en 1448. Henri V d'Angleterre y avait fondé une université, que Charles VII confirma en 1450.

Plusieurs savants se sont livrés à de nombreuses dissertations sur l'origine de Caen ; mais pendant que les uns y ont vu une ville romaine, la cité de Caïus [Caii domiis), d'où Cadomus, comme on l'appelle en latin, les autres n'en font remonter la fondation qu'au dixième siècle ou même au onzième. En fait, Caen ne figure dans aucun document romain. On n'y cite que Rayeux comme capitale de cette partie de la seconde Lyonnaise. Grégoire de Tours parle des Saxons de Bayeiix, mais jamais de Caen. Saint Regnobert, évêque de Rayeux, a-t-il, dès le septième siècle, fondé plusieurs églises dans le lieu où, plus tard, Caen fut bâtie? C'est possible, mais on n'en a pas de preuve certaine. \\ n'est fait mention de Caen pour la première fois que dans un document du onzième siècle, dans lequel il est dit que Richard II, duc de Normandie, donna, en 1015, à l'abbaye de Fécamp la dime du péage du bourg appelé Caen*, Caen n'était donc au onzième siècle qu'un bourg, ou plutôt un lieu de percep-

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