‹ Vieilles églises de France (volume 2)Chapitre 23 sur 45 · ÉGLISE DU GRAND-ANDELY · texte numérisé non relu

ÉGLISE DU GRAND-ANDELY

^ AUX ANDELYS (Eure)

Les AndeJys, compris autrefois dans le Vexin normand, aujourd'hui cheflieu d'arrondissement du département de l'Eure, se composent de deux villes, qui ne sont séparées l'une de l'autre que par une chaussée d'un kilomètre. La plus ancienne s'appelle simplement Andely ouïe Grand-Andely; elle est située dans la vallée que traverse le ruisseau de Gambon. L'autre, sur la rive droite de la Seine, s'appelle le Petit-Andely; mais Grand et Petit se désignent communément sous le nom d'Andelys.

Comme il arrive souvent pour les villes anciennes, on n'est pas d'accord sur l'origine du nom Andeleiiis, Andeliaciim, Andelarjuin, donné primitivement au Grand-Andely. Selon Dulaure, il serait formé de ande, pays, territoire, et de liSy lisière. Bien différente est l'étymologie que l'auteur de la Vie de sainte Clotilde prête à ce nom. Selon lui , en ce lieu cette reine aurait fondé un monastère de filles appelé Andelins, d'où la dénomination des deux villes jumelles.

Suivant cette ancienne tradition, Clotilde aurait obtenu que, miraculeusement, l'eau d'une fontaine voisine se changeât en vin pour les ouvriers qu'elle employait à la construction du monastère. Ce renouvellement du miracle opéré par Jésus-Christ aux noces de Cana n'est point article de foi, mais on y crut alors fermement, et de nos jours encore, tous les ans, le 2 juin, en mémoire de ce miracle, un nombre considérable de pèlerins se rendent en procession à cette fontaine de toutes les contrées environnantes; et les malades, pleins de confiance dans la vertu miraculeuse de ses eaux, s'y plongent dans l'espoir de leur guérison. On y baigne aussi une statuette en vermeil contenant les reliques de la sainte, puis on y jette plusieurs brocs de vin. Cette

fontaine est curieuse à visiter à cause de ses ex-voto et de l'énorme tilleul qui Tombrage, vrai phénomène de végétation.

Dans le septième siècle, l'abbaye d'Andely rivalisait avec le monastère de Chelles, fondé par sainte Bathilde, femme de Clotaire II, et celui de Faremouticrs en Brie, ainsi nommé de sainte Fare^ sa première abbesse. Fille d'x\gnérie. l'ui^i des principaux officiers de Théodebert II, roi d'Austrasie, et de Léodeîi'onde, elle avait été bénie par saint Colomban et consacrée au Seigneur à l'Age de dix ans. L'historien saxon Bède le Vénérable dit que, même de la Grande-Bretagne, on envoyait de jeunes filles nobles à l'abbaye d'Andely. En 884 cette abbaye existait encore ; mais elle fut détruite par les Normands. Lorsque ceux-ci, pour se rendre l'Eglise favorable, lui rendirent les villages dont elle avait abrité le berceau, ce fut l'archevêque de Rouen qui devint le seigneur des Andelys. C'est à partir de cette époque que les deux bourgs furent unis sous ce même nom.

Sur les ruines de l'ancien couvent bâti par sainte Glotilde s'éleva, disent les chroniqueurs, la collégiale de Notre-Dame, dont le chapitre fut composé d'un doyen, de six chanoines, de quatre vicaires, d'un diacre, d'un sousdiacre et de plusieurs clercs. Ses règlements datent de 1245. Cette ancienne collégiale est aujourd'hui l'église du Grand-Andely et l'une des plus remarquables de la province par la beauté et la conservation de ses vitraux, qui datent du commencement de la Renaissance ; ceux de droite sont surtout admirables. Les verrières qui représentent les légendes de sainte Glotilde, de saint Pierre, d'un prêtre nommé Théophile et le couronnement de la Yierge, sont les plus remarquables.

N'a-t-elle pas été particulièrement bien choisie la légende de Théophile, ou Théophilus, comme l'appelle Villon dans la ballade qu'il fit à la requête de sa mère pour prier Notre-Dame :

Pardonnes moi comme à l'Égyptienne, Ou comme il feit au clerc Théophilus?

N'est-elle pas bien à sa place dans l'église d'une ancienne collégiale de Notre- Dame, puisqu'il s'agit d'un miracle opéré par la sainte Vierge?

Ce clerc Théophilus ou Théophile était vidame d'Adana en Gilicie. Dépouillé de sa charge par le nouvel évêque de cette ville, il avait promis, dans son dépit, son âme au démon, s'il la lui faisait recouvrer. Heureusement, le repentir entra à temps dans son cœur, et après avoir gémi pendant plusieurs années

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sur son apostasie, il obtint enfin, par rintervention de la vierge Marie, la rupture de son pacte.

Mais aussi qu'elle est touchante la prière que ce prince apostat adressa à la Vierge !

« Reine sainte et belle, lui dit-il, glorieuse Vierge, dame pleine de grâce, par qui tout bien arrive, celui qui dans ses besoins vous appelle est délivré de peine ; celui qui vous offre son cœur aura joie nouvelle au royaume étemel ; fontaine inépuisable, délicieuse et vivifiante, rappelle-moi à ton fils.

« Ah ! pierre resplendissante, femme tendre et miséricordieuse, entends ma prière, rappelle de la flamme éternelle mon vil corps et mon àme*. »

Telles sont les paroles par lesquelles Théophile implora la doulce mère de Dieu, comme on disait au moyen âge.

Mais revenons à la description de l'église. Le portail principal, ou\Tage du seizième siècle, offre un exemple intéressant de ces doubles rangées de colonnes à jour qui soutiennent les larges ornements de l'ogive, et de beaux détails d'architecture gothique. La porte latérale du nord, élevée sans doute à la fin du seizième siècle, est un modèle de proportion de l'école de la Renaissance. Les deux tours, qui datent du treizième siècle, ont été restaurées et en partie refaites à neuf. La splendide rosace septentrionale, chef-d'œuvre de délicatesse et de légèreté, produit un effet magnifique. La grande nef, garnie sur toute sa longueur de collatéraux et de chapelles appartenant en grande partie au treizième siècle, a été presque entièrement remaniée; mais le style primitif a été partout religieusement respecté. De superbes pendentifs à jour semblent balancer leurs dentelles sur la tête des assistants. Cette nef et ses dépendances renferment un magnifique groupe en pierre représentant l'ensevelissement du Christ. On voit aussi à gauche, en y entrant, un singulier rocher, flanqué de châteaux forts sur les côtés ; un bénitier du quinzième siècle et, dans la chapelle Saint-Joseph, un bel autel sculpté.

Le transept est orné à chaque extrémité d'une magnifique rosace garnie de beaux vitraux. La partie nord de ce transept appartient tout entière à la Renaissance. Le riche transept méridional est embelli de fenêtres et de dentelles des styles flamboyant et fleuri. Le chœur et l'autel méritent aussi d'attirer l'attention, le premier, par des vitraux paraissant remonter aux premières années du seizième siècle, et par des stalles du quinzième représentant des

1. Rutobcuf, Miradt: de Théophile, traduction de MM. Moumerqué et Francisque Michel ThéiUrt français au moyen âge).

sujets bizarres ou grotesques : des artisans travaillant à leur métier, des personnao-es à table, une femme tirant du vin d'un tonneau, etc. L'église possède en outre un beau buffet d'orgues, dont la menuiserie date du seizième siècle, et quelques bons tableaux dus au pinceau de Poussin ou à celui de ses élèves. La sacristie, petite salle basse, dont les voûtes à nervures accusent, d'après M. de Caumont, antiquaire distingué, la fin du treizième siècle, contient une chasuble du seizième dont les charmantes broderies sont dignes d'admiration.

Près de l'église du Grand -Andely est située la chapelle Sainte -Clotilde. Cette chapelle renferme un riche cul-de-lampe de la fin de la Renaissance, décoré d'arabesques d'un goût délicat. On y remarquait une coupole en bois, assemblée avec art, du milieu de laquelle tombait une clé pendante richement sculptée et renfermant les statues de Clotilde et de Clovis. Ces deux figures, peintes et dorées avec soin, avaient le sceptre en main, la couronne em tête et le manteau royal sur les épaules. La Révolution précipita de sa niche élégante cette statue; on la retrouva parmi les décombres, mais mutilée. L'effigie de la sainte et la clé pendante qui la renferme ont été conservées. On voyait aussi au Grand- Andely l'église de la Magdeleine, un prieuré de Saint- Jean, etc.

Le Petit-Andely avait aussi son église, Saint-Sauveur; un Hôtel-Dieu, des^ servi par des chanoines de l'ordre de Saint- Augustin, et une maison de religieux de l'ordre de Picpus. Ajoutons que le magnifique pont d'une seule arche sur lequel on passe la Seine au Petit-Andely, situé 3ur la rive droite de ce fleuve, doit son origine à Richard Cœur de Lion. Voulant mettre la frontière de Normandie à l'abri des ravages perpétuels qui la désolaient, ce prince s'empara des Andelys, dont les habitants étaient tour à tour rançonnés et pillés par les Français et les Anglais, et fit élever sur un rocher la citadelle de Château- Gaillard, aux annales tragiques de laquelle se rattachent tous les événements de cette époque.

En moins d'un an fut érigée cette citadelle avec ses ceintures de forts protégeant la Normandie; et Richard, à la vue des dix-sept tours du château et de ses murailles de huit pieds d'épaisseur, s*écriait : « Qu'elle est belle, ma fille d'un an ! »

Les ruines majestueuses de cette citadelle dominent le cours de la Seine et le Petit-Andely.

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