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L'ABBAYE DE JUMIÈGES

. (Skink-Inférieure)

Dans la presqu'île que forme la Seine entre Caudebec et Duclair, à vingtsept kilomètres de Rouen, se dresse un petit bourg peuplé de quinze à seize cents habitants. Connu autrefois sous le nom de Gemeticum, Gemeix et GemegiaBy il s'appelle aujourd'hui Jumièges. Son église, classée parmi les monuments historiques, fut primitivement dédiée à saint André, selon d'autres à saint Pierre; mais on ne lui reconnaît pour patron que saint Valentin, martyrisé à Terni, en Italie (306). Un prêtre rapporta de Rome le chef de ce saint, qui fut déposé sous le maître-autel de l'église de Jumièges, église fort simple, en style roman des onzième et douzième siècles.

A l'époque de la Renaissance on entreprit une magnifique reconstruction du chœur, mais il n'a pas été achevé. On y voit des fragments de vitraux du douzième siècle, des dalles tumulaires du même temps et même du treizième siècle.

Cependant ce n'est pas à son église que Jumièges doit sa célébrité, mais à son abbaye, dont, au dire des auteurs les plus autorisés, la fondation remonte à 654. Elle est duc à saint Philibert (ou Philbert), né en Gascogne, qui en fut le premier abbé. Dans le même temps à peu près, Wandrillo jetait les fondements d'une autre abbaye célèbre, de l'abbaye de Saint- Wandrille ou de Fontenelle. « Comme ce saint personnage, dit Montalembert, Philibert fut recommandé par son père au roi Dagobert; mais, à vingt ans, il quitta la cour et la vie militaire pour la vie claustrale. Comme lui aussi, et plus directement encore que lui, il fut imbu de l'esprit de saint Colomban, né en Irlande et fondateur d'une abbaye très célèbre, l'abbaye de Luxeuil. Comme lui. enfin, dès sa jeunesse il avait été lié avec saint Ouen, le puissant archevêque de

Rouen, et sa grande abbaye fut, comme celle de Fontenelle, dotée des bienfaits de Glovis II et de la reine Bathilde. »

Cette princesse, en effet, donna à Philibert de Farg-ent, des bois et des prairies qui lui facilitèrent la construction du monastère. Avec ses relig-ieux, il travaillait au défrichement de la terre et les encourageait par son exemple. Comme Fontenelle encore, Jumièges fut bâtie sur le site d'un ancien château gallo-romain, que devait remplacer ce que les contemporains appelaient le noble château de Dieu.

« Les moines se livraient avec succès à la pèche des cétacés qui remontaient la Seine, et l'huile qu'ils en tiraient servait à éclairer leurs veilles. Ils équipaient aussi des navires, sur lesquels ils s'embarquaient pour aller au loin racheter les captifs et les esclaves, qui, sans doute, contribuaient en partie à grossir leur nombre, car sous le successeur de saint Philibert, vers la fin du septième siècle, on comptait neuf cents moines, plus qumze cents servants qui remplissaient roffîce de frères convers. »

Ajoutons, avec M. l'abbé Cochet, que, « conformément à une coutume monastique, saint Philibert éleva trois églises : une au nord, à saint Denis et à saint Germain; une au midi, à saint Pierre, avec chapelle à saint Martin; celle du milieu à Notre-Dame. Il construisit aussi un ensemble de bâtiments monastiques dont les dortoirs avaient deux cent quatre-vingt-dix pieds de long sur cinquante de large. Le tout était entouré de murs chaînés de petites tours. »

De retour à Jumièges, après en avoir été exilé pendant neuf ans pour avoir repris Ébroïn de ses débauches, saint Philibert s'en éloigna bientôt, pour aller fonder le monastère de Pavilly, près de Rouen; celui de Noirmoutiers, et, revenu à Jumièges, celui de Montivilliers. C'est à Noirmoutiers qu'il alla mourir, le 20 août 684.

A Aicadre (ou Achard), noble Poitevin, successeur de saint Philibert, se rattache une légende qui doit trouver naturellement place ici : « Se sentant à la veille de mourir, dit Montalembert, craignant qu'après sa mort les religieux ne tombassent dans les embûches du péché, Aicadre pria le Seigneur d'y pourvoir.

« La nuit suivante il vit un ange qui parcourait le dortoir des religieux ; cet ange en toucha quatre cent cinquante de la verge qu'il tenait, et promit à l'abbé que dans quatre jours ils quitteraient la vie et que, son tour venu, ils iraient au-devant de lui dans le ciel.

« L'abbé, ayant averti ses frères, les prépara à l'heureux voyage. Ils prirent ensemble le viatique, et vinrent ensuite tenir chapitre avec ceux des leurs que

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