‹ Vieilles églises de France (volume 2)Chapitre 26 sur 45 · Petite île et bourg dans la baie de Cancale · texte numérisé non relu

Petite île et bourg dans la baie de Cancale

CATHÉDRALE DE RAVKLX

l)77 fut achevée la cathédrale de Bayeux, que le duc Uollon, à roccasion

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aplême, avait déjà richement dol6e et que le .lue C.uillaun.e enrichi •une baronnie. Cette même année, selon Onloric Vital', ou 1 année

de son b encore d 1. Chroniqueur anglo-uormaud du douzième siècle

lis VIEILLES ÉGLISES DE FRANCE

suivante, d'après une charte de Téglise, on en fil la dédicace, et Odon donna à la consécration de son église épiscopale un éclat extraordinaire. Guillaume le Conquérant, la reine Mathilde, leurs deux enfants, Guillaume et Robert, et les plus illustres seigneurs de Normandie assistèrent à cette solennité. On y vit aussi les archevêques de Cantorbéry et d'York, Lanfranc et Thomas ; Jean, archevêque de Rouen, qui bénit la nouvelle église, et d'autres encore. Enfin, pour que la richesse delà décoration de Notre-Dame fût en harmonie avec la grandeur de son architecture, Odon n'épargna pas la dépense. Mais, comme on Ta vu, cet évêque était peu scrupuleux; aussi ne craignit-il pas de bénir l'union du roi de France, Philippe I", avec Bertrade, femme de Foulques le Réchin. comte d'Anjou. Cet acte de complaisance lui valut, il est vrai, les revenus des églises de Mantes, mais attira sur sa tête les foudres de l'excommunication. Réconcilié bientôt avec Rome, il assista au concile de Clermont, où le pape Urbain II prêcha la croisade (1095). Odon partit l'année suivante, avec son neveu Robert Courte-Heuse, pour la terre sainte; mais il avait à peine accompli la moitié de ce long pèlerinage qu'il mourut, en Sicile, au mois de février 1097. Le comte Roger lui fit élever un tombeau dans la cathédrale de Palerme. De tous les biens qu'il avait possédés ou ambitionnés, il ne lui r.esla pas même sa sépulture de son prieuré de Saint-Yigor de Bayeux. Ce riche monastère a disparu, comme le sanctuaire druidique sur les ruines duquel il avait été élevé par les premiers chrétiens. En llOo, la cathédrale de Bayeux eut sans doute beaucoup à souffrir d'un incendie qui y éclata, mais aucun procès-verbal ne constate l'étendue du dommage qu'il lui causa.

Elle fut restaurée, embellie et considérablement augmentée dans la seconde moitié du douzième siècle. L'évêque Philippe d'Harcourt, dont la nomination date de l'année H59, et Henri II, qui lui succéda en 1165, menèrent à bonne fin ces importants travaux. Le moyen âge a été pour l'église de Bayeux une époque de grandeur. Le chapitre de la cathédrale, dans lequel on compta, outre le grand pénitencier, onze dignités et quarante-neuf canonicats et prébendes, était un des plus riches de France. Si l'un des chanoines manquait l'heure du lever pour chanter vigile ou matines, les habitués de l'église, avec la croix, la bannière et le bénitier, se rendaient processionnellement à son logis en forme de réprimande. De là peut-être vient cette locution proverbiale appliquée à tout retardataire, qu'il faut l'aller chercher avec la croix et la bannière.

Dans la cathédrale de Bayeux s'était introduit un usage pius bizarre encore

CATHÉDBALE DE BAVEUX no

que celui de la cathédrale de Rouen : un enfant, appelé le petit évegue, y disait roffice avec crosse et mitre le jour des Innocents. Cette cérémonie burlesque fut abolie dans le seizième siècle. Les guerres religieuses du même temps firent courir à la cathédrale les plus grands dangers; les tombeaux des évêques qui y étaient inhumés furent violés ; un prêche y fut installé ; mais le chef calviniste Romillé s'opposa à ce que ses coreligionnaires le détruisissent. En 1600, Henri IV, pour récompenser Arnaud, depuis cardinal d'Ossat, des éminents services qu'il lui avait rendus en négociant l'aCTaire de l'absolution avec la cour de Rome, lui donna le siège de Bayeux, évèché que d'ailleurs résigna le cardinal quelques années après. Il eut pour successeurs, dans la première moitié de ce siècle, Jacques d'Angennes, Edouard Mole et François Servien, dont l'épiscopat fut marqué par de nombreuses fondations religeuses (1606-1659). Malheureusement, au temps des troubles révolutionnaires, la plupart des monuments religieux tombèrent sous le marteau des démolisseurs ou changèrent ^]q dénomination ; mais au milieu de ces églises, dont les murs croulaient de toutes parts, la cathédrale resta debout et à peu près intacte.

La tapisserie sur laquelle la reine MathilJe, femme de Guillaume le Con- (juérant, retraça en cinquante-sept scènes différentes la conquête de l'Angleterre par son mari, resta la propriété de Notre-Dame jusqu'à la fin du dixhuitième siècle. Au-dessus de chacune de ces scènes est une inscription latine. Les Anglais nous enviaient tellement ce tableau fait à l'aiguille, que l'un d'eux l'appellait avec raison relique sans pareille. Aujourd'hui c'est dans la Bibliothèque qu'est conservé ce travail précieux, aoble monument du moyen âge.

Pour mieux faire connaître ce superbe édifice, faisons quelques emprunts à la belle description que, avec la magie habituelle de sa plume, en donne Théophile Gautier :

« La cathédrale de Bayeux, dit il, rangée parmi les monuments historiques, doit être mise aussi, pour ses beautés architecturales ou artistiques, au nombre des plus beaux monuments gothiques de la Normandie. Détruite en 1046 (comme on l'a vu plus haut) par un incendie général, mais reconstruite en grande partie du onzième au douzième siècle, elle ne fut achevée que dans le quatorzième ou peut-être même seulement que dans le quinzième. Aussi a-t-elle emprunté quelque chose à chacun des trois styles de l'anhitecture religieuse, sans que leur rapprochement oiïre rien de disparate à la vue. »

Cette belle basilique a cent deux mètres de longueur, trente-sept de largeur

au transept, et vingt-deux à vingt-cinq mètres de hauteur sous la clef de

voùle.

« La façade principale a cinq porches, dont trois à portes ouvragées. En dessous du porche central s'ouvre une grande fenêtre ogivale à balcon tréflé, puis une galerie à cinq arcades dont les pieds-droits portent chacun deux statues avec dais sculptés à jour. Les statuettes des porches latéraux représentent la Passion et le Jugement dernier. Le portail latéral, du côté de Tévéché, est un chef-d'œuvre où les lignes délicates, les dessins gracieux, sont combinés avec une harmonieuse profusion. Deux tours romanes à flèches pyramidales en pierre de soixante-quinze mètres de hauteur surmontent cetteVfaçade. Entre ces deux flèches s'élève, à l'arrière-plan, sur le transept, la haute tour de l'horloge, avec sa belle coupole moderne et sa lanterne à jour. Deux clochetons aigus, posés aux deux côtés de l'abside, et la tour octogone, avec ses riches ciselures, qui s'élève, comme la fameuse tour de Burgos, au-dessus de la rencontre de la grande nef avec le bras de la croix, complètent la riche décoration extérieure de l'édifice. » Une cour, voisine des porches latéraux, est ombragée d'immenses platanes : ce sont les arbres de la liberté plantés en 1793; ils décorent aujourd'hui la porte d'une prison.

A l'intérieur, la cathédrale présente la forme d'une croix latine : autour s'ouvrent vingt-deux chapelles, dont la plus belle est celle de la Sainle- Yierge, originairement dédiée à la sainte Croix. « On y admire surtout les litanies de la Yierge sculptées comme les arbres généalogiques du Christ en Espagne. Au sommet, le Père éternel, dans une auréole radieuse, déploie une banderole où se lit l'inscription : Gloriosa dicta siint de te. Dans le cadre figurent les patriarches, les prophètes et les rois; et, dans le champ du tableau, les litanies en relief, comme des armes parlantes: le soleil levant, l'échelle de Jacob, la porte du ciel, l'arche d'alliance, l'étoile de la mer, l'arbre de la vie, la racine de Jessé, la rose sans épines, le temple de Salomon, la tour de David, le puits d'eau vive, le miroir sans tache, le vase d'encens, la toison de Josué, la fontaine des grâces, la ville céleste, et toutes ces délicieuses épithètes, ivres d'amour et de foi, que le fidèle balance devant la Vierge sur un rythme monotone comme un encensoir rempli de parfums du sir Hasrim. »

On ne se lasse pas de contempler la nef principale, avec ses arcades romano-byzantines et ses archivoltes si merveilleusement travaillées; les larges et majestueuses proportions du transept, qu'éclairent de grandes et

CATHEDRALE DE BAVEUX iU

magnifiques fenêtres, et l'abside, dont les galeries, enchâssées les unes dans les autres, sont d'une incomparable beauté.

Le chœur est un des plus beaux spécimens de rarchitecture du treizième siècle. Il est entouré à l'extérieur de clochetons et d'arcs-boutants. Mais si le chœur est gothique, la nef est romane ; les arcades s'arrondissent en plein cintre. « Entre les archivoltes*, des médaillons en ronde bosse reproduisent les bestiaires du moyen âge comme les parois de la cassette de saint Louis : dragons adossés et affrontés, panthères mettant une hydre en fuite, chasseur domptant un lion, etc., emblèmes des triomphes de la foi sur riiicrédulité et de la vertu sur le vice.

« Une des arcades est entourée d'un cordon de tètes, ou plutôt de masques qui semblent, pour la fantaisie extravagante et la laideur monstrueuse, être copiés sur des idoles mexicaines ou des manitous de la Papouasie. Ce sont des faces décharnées ou bouffies, des hures, des groins que retroussent des crocs, des yeux caves ou en saillie, des bouches à triple rang de dents; des singes, des diables, des chimères, d'atroces caricatures ; tout cela coiffé de cornes, de fleurons, de plumes, d'aigrettes du goût le plus baroque. On reconnaît la personnification des péchés à la place même de ces hideux mascarons en face de la chaire. »

On ne se lasse pas de contempler cette nef avec ses arcades romanobyzantines et ses archivoltes, comme on vient de le voir, si merveilleusement travaillées ; les larges fenêtres et l'abside, dont les galeries, enchâssées les unes dans les autres, sont d'une grande beauté. Plusieurs des contreforts de l'église sont surmontés de statues ; la base des toits est garnie d'une balustrade en pierre des treizième et quatorzième siècles. Il ne reste plus que cinquante-deux stalles en chêne sculpté des cent quatre qui ornaient autrefois le chœur, dont les voûtes attirent l'attention par les bustes de plusieurs évêques et quelques peintures murales curieuses : elles semblent appartenir à deux époques différentes, au quinzième siècle et au seizième. Des anciens vitraux il ne subsiste qu'une magnjfique verrière du quinzième siècle et quelques fragments réunis dans une fenêtre de l'abside. L'église a aussi conservé des pierres tumulaires intéressantes.

Sous le sanctuaire et sous une partie du clurur s'étend une crypte du plus pur roman; elle date des huitième, neuvième et onzième siècles. C'est là qu'on enterre les évêques de Bayeux. Longtemps ignorée du clergé de la calhé-

{ Théophile Gautier.

drale, son existence lui fut révélée par des fossoyeurs qui creusaient le tombeau de l'évêque Jean de Boissey (1412). « Jamais, dit encore Théophile Gautier, architecture ne fut significativement plus sépulcrale et n'invita mieux à se coucher en long- sur une pierre, à Tombre des voûtes basses, jusqu'à l'appel de la trompette suprême. »

Pour terminer, ajoutons qu'une des chapelles contient un magnifique retable en pierre, curieux spécimen de la sculpture polychrome ; la sacristie, dont les peintures sont presque effacées, date du treizième siècle. La salle capitulaire (treizième siècle et quatorzième) offre un pavage émaillé d'un effet remarquable ; on y montre une cassette enveloppée de vieux damas, renfermant la chasuble de saint Ragnobert ; une cassette d'ivoire avec des coins, des ferrures et des incrustations d'argent; « un chef-d'œuvre, une merveille venant du trésor d'Haroun-al-Raschid pour le moins. Des paons adossés, affrontés, déployant leurs queues, scellés à travers des feuillages mats "ou brunis, forment le système de l'ornementation. Les plaques d'ivoire, d'une grandeur extraordinaire, ont dû être sciées en spirale dans les défenses des plus gros éléphants. Toute la richesse du goût oriental le plus pur brille dans ce joyau, écrin d'une relique. » En l'examinant de près on découvre sur la garde de la serrure une inscription arabe et le nom d'Allah: « Au nom du Dieu clément et miséricordieux, bénédiction complète et grâce générale! » Comment est venue dans la cathédrale de Bayeux cette cassette de calife servant de reliquaire? Par les croisades! S'il faut en croire la tradition, elle aurait été donnée par la reine Mathilde \

La cathédrale de Bayeux est-elle en tous points parfaite? Ne donne-t-elle aucune prise à la critique? Peut-être peut-on lui reprocher la lourdeur des voussures du portail, le défaut trop apparent d'harmonie entre le vaisseau gothique du bâtiment et la nouvelle coupole de la tour de l'horloge, l'ouverture insuffisante des jours de' l'abside, le mauvais effet du jubé massif placé à l'entrée du chœur, où il coupe la perspective de la manière la plus désagréable; peut-être enfin doit-on lui reprocher la médiocrité des peintures sur verre enchâssées dans les meneaux des fenêtres; mais ces imperfections disparaissent dans la grandeur et la beauté de l'ensemble de ce magnifique édifice.

Mais, hélas! les années n'épargnent rien, pas même les plus belles choses, et la splendide cathédrale de Bayeux, dégradée par le temps, menaçait ruine! On s'en inquiéta, et M. Eugène Flachat, architecte distingué, déjà connu par

i. Extrait du Musée des familles, 1861, p. 2T3

CATHÉDRALE DE BAYECX «23

ses travaux remarquables, fut, en 18o4, envuyé sur les lieux pour examiner cet édifice, à peu près condamné. Après un examen sérieux, M. Flachat entreprit de le sauver, et, en trois ans, de 1855 à 1858, les fondations, les piliers et les murs furent repris en sous-œuvre d'un bout h l'autre, et du haut en bas, sans qu'un pareil travail ébranlât le fantastique équilibre des étais qui soutenaient en Fair l'immense édifice. Au dénouement enfin, la gigantesque tour, soulevée de sa base séculaire, redescendit intacte à sa place et se rassit sur sa base, désormais inébranlable, le tout sans la moindre atteinte aux ciselures les plus fines, aux vitraux les plus délicats. »

Ne sortons pas de Bayeux sans dire que cette ville a vu naîlre, vers 1386, le célèbre Alain Chartier, secrétaire des rois Charles YI et Charles VII, surnommé de son temps le Père de l* éloquence française. Saint-Gclais l'appelle : « haut scientifique poète »,

Doux en ses faicts et plein de rht'torique, Clerc excellent, orateur magnifique.

On sait que Marguerite d'Ecosse, femme du dauphin, qui fut depuis Louis XI, le trouvant un jour endormi dans une galerie, déposa un baiser sur sa bouche. Les seigneurs de sa suite s'élonnant qu'elle fit tant d'honneur à un homme aussi laid : « Ce n'est point, dit la princesse, à l'homme que j'ai donné ce baiser, mais à la bouche qui a prononcé tant de belles choses. »

A HONFLEUR (Seine-Inférieure)

En amphithéâtre au pied de charmantes collines, sur la rive gauche de la Seine, à Tembouchure de ce fleuve dans la Manche, en face du Havre et en regard d'PIarfleur, se dresse une intéressante petite ville : c'est Hontleur.

Très florissante autrefois, elle est bien déchue de son importance depuis la fondation du Havre. Jusqu'à la fin du onzième siècle, Honfleur ne fut qu'une bourgade avec une église sous l'invocation de sainte Catherine ; mais dès le siècle suivant, cette bourgade prit une certaine importance, et lorsque (1204) les habitants firent leur soumission à Philippe-Auguste, elle ne comptait pas moins de trois églises nouvelles, savoir : Saint-Étienne des Prés, Notre- Dame des Vases et Saint-Léonard des Champs. Les bourgeois se constituèrent en commune au treizième siècle ; mais en quelle année et sous quel roi? On l'ignore absolument. Honfleur figure dans les guerres que la France soutint contre l'Angleterre aux quatorzième et quinzième siècles; prise et pillée par Edouard HI, en 1346, cette petite ville fut de nouveau assiégée par le comte de Salisbury, en 1418, et resta au pouvoir des Anglais jusqu'au 18 février 1450. Ce jour-là ils rendirent la place au roi de France Charles VIL Depuis cette époque, et pendant l'espace d'un siècle environ, cette malheureuse cité put enfin vivre en paix et réparer le mal que les Anglais lui avaient causé; mais les guerres de religion la désolèrent de nouveau : de 1562 à 1594, elle fut prise tour à tour par les huguenots, les catholiques, les Ligueurs et les gens du roi. Enfin, la paix de Vervins permit à cette malheureuse cité, aux trois quarts détruite, de se relever de ses ruines, et aussi à ses marins de recommencer leurs aventureuses expcHlitions et d'aller fonder des établissements au Canada, à Java, à Sumatra, etc.

Les édifices publics de cette ville sont curieux par les bizarreries de leur

vieille architecture, mais elle n'a plus actuellement que deux églises, Sainte- Catherine et Saint-Léonard. Ce qui reste de l'ancienne petite église Saint- Étienne employée aujourd'hui comme entrepôt, prouve qu'elle appartenait à la dernière période ogivale.

L'église Sainte-Catherine offre au savant et à l'archéologue un intérêt tout particulier. Elle est presque entièrement construite en bois, dans le style flamboyant; la plus ancienne de ses deux nefs doit dater de la lin du quinzième siècle. Elles sont parallèles et flanquées de bas côtés. On y remarque un bel autel à grand retable, style Louis XIV, quelques vieilles statues, des panneaux de la Renaissance, avec figurines encastrées dans de petites arcatures, et des tableaux de prix : un Portement de Croix, par Erasme Quellin, élève de Rubens, et un Jordaëns, Jésus au jardin des Olimei^s. Au-dessus du sanctuaire est une tourelle carrée, terminée en dôme et surmontée d'une lanterne à jour. La façade de Sainte-Catherine a été maladroitement restaurée et entièrement défigurée par un péristyle grec. On voit encore, incrustés dans les murs de la sacristie, deux boulets qui ont été lancés pendant le siège qu'elle soutint en 1594. En 1869, cet édifice a été classé parmi les monuments historiques.

L'église Saint-Léonard est du dix-septième siècle et sa tour octogonale en pierre du dix-huitième; mais son beau portail en style ogival tertiaire, la rose qui s'élève au-dessus et la nef remontent au quinzième siècle. Le maîtreautel est surmonté d'un baldaquin à colonnes corinthiennes. On voit dans cette église un lutrin en cuivre jaune. Ce n'est cependant pas à ces églises, certainement dignes d'intérêt, que la petite ville de Honfleur doit aujourd'hui sa renommée, mais à Notre-Dame de Grâce, petite chapelle qui en est distante d'un kilomètre environ. Objet d'un culte particulier de la part des marins, Notre-Dame de Grâce s'élève sur une colline qui domine la ville presque à pic. Elle fut fondée par le duc de Normandie Robert le Magnifique, appelé aussi Robert le Diable, père de Guillaume le Conquérant, et voici à quelle occasion :

Son père, Richard lïl, avait conçu le projet de faire rendre au fils d'Éthelred le trône d'Angleterre que Knut ou Canut, roi de Danemark, avait usurpé. Pour réaliser ce projet, Robert le Magnifique fit armer, en 1034, une flotte qui partit de Fécamp. Tout d'abord alla bien; mais, au milieu de la Manche, il fut assailli tout à coup par une tempête horrible, qui lui fit courir les plus grands dangers. Il fit vœu alors, s'il y échappait, de fonder sur les terres de son obéissance trois chapelles dédiées à Marie. 0 miracle! à peine le duc

NOTUE-DAMK DE GRACE

il:

Robert a-l-il prononcé ce vœu que les vents se calment, et la mer s'apaise, il en profite pour débarquer à Guernesey et de là repasser sur le continent.

NOTRK-i>A 3é

Uenlré sain et sauf dans ses Étals, il n'oublia pas sa promesse, et choisit, pour son premier accomplissement, le cap cpii domine llonflour. Ce fut là que s'éleva, en l'honneur de Marie, mère du Sauveur, la chapelle de Notre- Dame de Grâce (1034), dont cette côte g^arde encore aujourd'hui le nom.

Celte chapelle, qu'avait élevée le duc Robert le Magnifique, resta debout cinq cents ans; mais, un jour d'ouragan (1538), elle s'écroula avec tout un pan de la montagne, et quand, le lendemain, les fidèles y accoururent, ils ne trouvèrent plus qu'un autel et une statue de Marie , qui furent le noyau d'un nouveau temple solennellement inauguré en 1606.

On y arrive en parcourant un chemin en corniche, rendu praticable aux voitures par des travaux récents. Sur la gauche de la route, en montant, et dans toute son étendue, règne un bois étage, tandis que, sur la droite, à micôte, le regard plonge sur la mer.

Bientôt on découvre les phares de la Hève et la ville du Havre. A quelques pas plus loin on n'aperçoit que l'infini des cieux et des eaux.

Au sommet de la colline s'élève un christ gigantesque au pied duquel, du côté de la mer, se termine le plateau de Grâce. Depuis 1606, augmentée et embellie d'année en année, Notre-Dame de Grâce est aujourd'hui dans toute sa splendeur, la reine du pays et du paysage, le point de ralliement des navires du monde entier, le rendez-vous des matelots et des pêcheurs, qui croient encore à l'Étoile de la mer. Le plateau de Grâce est, sans contredit, un des sites les plus imposants et les plus délicieux de la France. D'antiques ormeaux ombragent la petite chapelle de Notre-Dame de Grâce. Sa construction est des plus simples, l'architecture n'y a pas déployé ses merveilles, mais elle a son genre de beauté, preuve de la foi touchante de la population maritime envers Marie. Les voûtes, les piliers, les murailles, sont chargés des offrandes et de petits modèles de vaisseaux, ex-voto des marins, qui, comme autrefois le fondateur de cette pieuse chapelle, menacés sur mer d'être engloutis par la tempête, ont imploré la protection de la mère de Jésus. Cette pensée religieuse, écrite avec quelques pierres, en forme de croix, au milieu de tant de grands souvenirs historiques, devant les magnificences et les périls de la terre et de l'Océan, a inspiré à M. Paul Delasalle les strophes suivantes : .

La mer bouillonne et gronde autour de ta chapelle.

Vierge' de grâce et de bonté; Le marin en péril te supplie et t'appelle

Pour fléchir un Ciel irrité.

Ces hommes durs et fiers, mûris dans les tempêtes,

Ces pilotes noirs et velus, Oient le lourd bonnet qui pèse sur leurs tètes,

Et viennent t'adorer pieds nus I

Puis, quand ta blanche main a louché leur main brune,

Quand ta bouche leur a souri, ^ '

lis retournent gaîment rêver au clair de lune,

Couchés sous leur màt favori, Sûrs que la voix de Dieu qui commande aux nuages

Se fera l'écho de la voix, Et qu'ils pourront bientôt, sur leurs fécondes plages,

S'embrasser encore une fois.

El moi, moi, je l'ai dit que les cris d'un naufrage

Et les plaintes d'un mutilé N'accusent point, hélas! dans leur poignant langage

Les seuls maux d'un monde ébranlé.

Je t'ai dit que les cœurs ont aussi leurs murmures,

Leurs grondements secrets et sourds, Leurs épanouissements entachés de souillures,

Leur écume et leurs mauvais jours.

Puis je t'ai demandé, patronne des rivages.

Vierge de toutes les douleurs, Si lu pouvais aussi dissiper les orages

Qui grondent dans le fond des cœurs.

Rien de plus édifiait que de voir, le dimanche, avec quelle ferveur, dans cette petite chapelle éclairée de mille cierges et ornée de fleurs, prie la foule ! Rien ne va plus à Tâme, ne la pénètre davantage que d'entendre les chants religieux mêlés au bruit des vagues et de la mer!

C'est à ce pèlerinage, le premier et le dernier de la saison de Trouville, pèlerinage très fréquenté, que le petit port de Ronfleur doit aujourd'hui sa principale renommée.

CATHÉDRALE D'AMIEXS

(Somme)

La plus grande partie du territoire compris de nos jours dans le département de la Somme formait, avant l'invasion romaine, la patrie des Ambiani, l'un des peuples les plus éminenls de la Gaule-Belgique, Ambiani iirbs inter alias eminens, dit Ammien-Marcellin. Ils avaient pour capitale Samarobriva, ainsi nommée d'un pont [briva, en langue celtique) jeté en cet endroit sur la Somme (Samara). Samarobriva est aujourd'hui Amiens.

Sous la domination romaine, Ambiani prit de l'extension, et le séjour qu'y firent Antonin, qui dédia cette ville aux dieux; Marc-Aurèle, qui l'embellit; Constantin, qui la repeupla; Julien qui, proclamé d'abord à Lutèce, reçut de nouveau à Amiens le titre d'empereur, et Valentinien , ijui y proclama Auguste son fils Gratien, témoigne de son importance, laquelle, dit encore Ammien-Marcellin, avait atteint déjà son apogée sous les empereups Antonin le Pieux et Marc-Aurèle. Mais, en 409, Gépides, Hérules, Vandales et Alains, ayant pénétré dans les Gaules, saccagèrent la capitale des Ambiani , et temples, palais, édifices fastueux, furent livrés aux ilammes et au pillage ; aussi, quand les Francs, vers 420, s'établirent dans la Gaule Belgique , Amiens ne leur offrit qu'un monceau de ruines. Néanmoins, à l'imitation des empereurs romains que nous venons de nommer, c'est à Amiens que les premiers chefs francs, Clodion et Mérovée, se firent proclamer; mais Clovis, en faisant do Soissons sa capitale, diminua l'importance d'Amiens, dont l'histoire, jusqu'au règne de Charles le Chauve, reste assez obscure.

Mais un fait considérable, vers la fin du troisième siècle, s'était accompli à Amiens : le christianisme y avait pénétré et s'y était établi par les soins do saint Firmin, disciple d'un autre apôtre de la Gaule, saint Saturnin, évoque de Toulouse. Dans le temps que ce grand saint évangélisait la Navarre, il y

avait à Pampelune un homme d'une naissance illustre et d'une vie irréprochable : il s'appelait Firmius. Sa femme, nommée Eugénie, l'égalait par l'éclat de l'origine, par ses qualités morales et par^la richesse de ses biens patrimoliaux. Mais tous deux étaient idolâtres ; saint Saturnin les convertit, baptisa leur fils Firmin et l'instruisit à la fois dans la science des lettres et dans celle (le la religion chrétienne. Firmin, jeune encore, mérita par sa haute piété d'être consacré évéque de Pampelujie; c'est du moins ce que dit la tradition navarraise; mais il ne fut, à proprement parler, qu'évêque régionnaire. Quant au diocèse d'Amiens, s"'il regarde saint Firmin comme son premier pontife, c'est parce que ce fut là que ce saint versa son sang pour la cause du Christ. En effet, à la nouvelle des nombreuses conversions qu'opérait ce saint prélat, Sebastianus Valerius, de Trêves, où il résidait en qualité de gouverneur de la Belgique I", accourut à Amiens, et fit trancher la tête à Firmin, qui, en sa présence et sans s'intimider de ses menaces, avait osé confesser hautement sa foi dans le Christ. C'est dans la prenaière moitié du troisième siècle environ que doit être placé le martyre de saint Firmin.

Alors successivement s'élevèrent à Amiens, à la place des temples païens, des églises chrétiennes. Tel fut le petit oratoire érigé par de pieuses filles (506) en l'honneur de saint Martin, sur l'emplacement de la porte aux Jumeaux, ainsi nommée, croit-on, d'un bas-relief représentant Romulus et Rémus allaités par une louve; cette porte s'ouvrait sur la fameuse chaussée dite de Brunehaut, laquelle traversait les Gaules de Lyon à Boulogne. C'est en effet sur cet emplacement, en 337, que, par un rigoureux hiver, saint Martin, passant par Ambiani, coupa en deux son manteau pour en couvrir un pauvre, exposé presque nu, aux intempéries de la saison. Non seulement l'Église consacra la mémoire de ce grand acte de charité chrétienne en mettant son auteur au rang des saints et en plaçant des temples sous son invocation; mais Amiens voulut en perpétuer le souvenir en gravant sur une plaque fixée au mur du tribunal civil, par la Société française d'archéologie, Tinscription suivante :

Chy saint Martin divisa son mentel

En l'an trois chent, adjoutez trente-sept.

Vers l'an 346, saint Firmin le Confesseur, fils du sénateur Faustinien et troisième évoque d'Amiens, bâtit, sous l'invocation de Notre-Dame des Martyrs, une église où, par ses soins, furent transportées les saintes reliques de 1 apôtre d'Amiens. Au commencement du septième siècle, une Jeune vierge, nommée Oulphe ou Ulphe, fit construire un sanctuaire appelé la Cha-

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