‹ Vieilles églises de France (volume 2)Chapitre 28 sur 45 · CATHÉDRALE D'AMIENS · texte numérisé non relu

CATHÉDRALE D'AMIENS

monie d'ensemble, l'élégance et la perfection qu'oiïre l'intérieur de la cathédrale d'Amiens, qu'on peut regarder ce temple comme un véritable chefd'œuvre. »

On y voit trois nefs avec chapelles latérales, un large transept, accompagné de collatéraux, un chœur avec déambulatoire et bas côtés, transformés en chapelles absidales , entourant le sanctuaire. Le vaisseau, dit le chanoine Jouve dans son Dictionnaire d'esthétique chrétienne, mesure dans œuvre cent trente et un mètres trente centimètres de longueur, et ne le cède guère sous ce rapport, en France, qu'à la cathédrale de Reims, qui mesure cent trente-neuf mètres dix. La maîtresse voûte de la cathédrale atteint quarantedeux mètres quatre-vingt-quinze de hauteur sous clef. C'est une des plus hautes qui existent dans l'univers.

A l'entrée de la nef on remarque les tombes en cuivre des deux évèques fondateurs de l'église : adroite, celle d'Evrard de Fouilloy (1223); à gauche, celle de Geoffroy d'Eu (1226); la boiserie en encorbellement du jeu d'orgues, au-dessus duquel, derrière un cadran d'horloge de plus de dix mètres, s'ouvre la grande rose. Ses magnifiques vitraux, par leurs teintes principales, symbolisent la Terre et l'Air. Cette rosace porte néanmoins, à cause de sa situation à l'ouest, le nom de Rose de mer. La chaire, que supportent les statues des trois vertus théologales : la Foi, i'Espéraîice et la Charité; l'ange, assis sur le dais et tenant ouvert un livre avec cette inscription : Hoc fac et vives; le mausolée en marbre blanc du cardinal Ilémart; la magnifique dentelle des statues du chœur; la Gloire et ses riches décorations, et surtout un ange ou génie, dit VEnfant 'pleureur, assis dans l'attitude d'une profonde douleur, la tête appuyée sur la main droite, la main gauche sur un sablier, attirent les regards et fixent l'attention II en est de même des histoires de saint Firmin et de saint Jean-Baptiste, qu'on remarque le long du mur de clôture du chœur et qui présentent des groupes aussi singuliers que bizarres. Mais comment l'histoire de saint Jean-Baptiste n'aurait-elle pas été reproduite sur les murs de la cathédrale d'Amiens, lorsque, parmi les précieuses reliques apportées de Constantinople, au treizième siècle, par un chevalier nommé \\ allon de Sarlon. était le chef du précurseur du Oirist, relique qui, avec les autres, attira à Amiens pendant tout le moyen âge un grand concours de fidèles et de personnages illustres, entre autres Isabeau de Bavière, Louis XI et l'ambassadeur anglais de ^^'i^feld, qui firent à la cathédrale de riches présents?

Ce qu'il faut y admirer surtout, ce sont les magnifiques stalles qui, au nombre de cent dix, entourent le chœur; primitivenuMit il y en avait cent

vingt. Il existe peu de boiseries comparables à ces chefs-d'œuvre de patience de délicatesse et de légèreté, que, de 1508 à 1522, ont exécuté quatre artistei du pays. On y compte quatre cents sujets sculptés sur les miséricordes, le rampes des escaliers et les parois des quatre pyramides, dont les plus hautei s'élèvent à treize mètres. Ces sujets sont tirés de T Ancien Testament et d( la vie de la sainte Vierge.

CATHÉDRALE DE TROYES

(Aube)

Troyes, Trecœ, Civitas Tncasshim et Augustabona, ville des plus anciennes sur la rive gauche de la Seine, était, sous les Romains, le chef-lieu des Tricasses. Comprise d'abord dans la Gaule celtique, puis dans la quatrième Lyonnaise, elle fut, au cinquième siècle, à la prière de saint Loup, son évêque, épargnée par Attila. Moins heureuse en 809, elle fut saccagée par les Normands. Mais, s'étant relevée de ses ruines, elle devint dans la suite la résidence des comtes de Champagne et la capitale de cette province. Le poètechansonnier Thibaut IV lui octroya une charte de commune, et c'est de lui, (1102-1152) que datent l'importance commerciale et l'industrie de cette cité. Isabeau de Bavière y transféra, en 1420, le parlement de Paris et y conclut l'indigne traité qui livrait la France aux Anglais et anéantissait les droits du Dauphin. Prise précédemment (1415) par Jean sans Peur, duc de Bourgogne, elle fut reconquise par Charles VU (1427), qui y entra conduit par Jeanne d'Arc. Louis XI lui octroya une nouvelle charte. En 1521, Troyes re(,'ut de François I" des lettres patentes disant que la ville de Troyes est des villes du royaume la plus requise dans Uoccurrence à être tenue en bonne garde, sûreté, fortifications et inunitions. Les troupes de Henri IV, repous sées en 1590, y entrèrent en 1595. Louis XVI y exila le parlement de Paris en 1787. Troyes a été souvent incendiée, notamment en 1181 et en 1524, et ses environs, en 1814, ont été le théi\tre de sanglants combats. Elle a vu naître le pape Urbain IV, le poète-romancier 'Chreslien, l'hislorien Juvénal des Ursins, le poète Passerai, l'un des auteurs de la Satire Menippée; les deux Pithou, dont l'aîné, Pierre, savant jurisconsulte, prit «''paiement part h la Satire Menippée; Grosloy, avocat distingué; Mathieu Mole, ganlc dos sceaux en 1G50; le peintre Mignanl, le sculpteur Girardon, l'homme de lettres

La veaux, auteur d'un dictionnaire de la langue française, et le sculpteur

Simart.

Troyes est assise au milieu d'une plaine; une infinité de canaux la traversent et servent à différents métiers ; rien de plus joli que les environs de cette ville, comme nous l'avons dit, fort ancienne; les églises sont les seuls monuments importants qui témoignent de son ancienneté. Telles sont Saint-Nizier, qui est peut-être la plus ancienne de toutes, et c'est son titre le plus respectable ; d'ailleurs pauvre et nue, elle n'offre rien de particulier; l'abbaye de Saint-Loup, qui renferme la bibliothèque, sorte de caserne vaste, haute et branlante, oii les livres se flétrissent au premier étage et où des tableaux se moisissent au rez-de-chaussée. L'église Saint-Remi est une masure sans style et sans caractère; un christ en bronze, dû au ciseau de Girardon, et une plaque de marbre sur laquelle le célèbre sculpteur a gi-avé les titres d'une fondation pieuse, sont les seuls ornements de cette pauvre église. Pourtant autrefois elle possédait de beaux vitraux et des tableaux renommés ; mais tout a disparu! Si Saint-Remi se distingue aujourd'hui par sa pauvreté, il n'en est pas de même de Saint-Urbain; rien de plus,hardi que ses flèches, ses clochetons; de plus coquet que ses dentelles, ses arcs élancés. Par malheur ce gracieux monument est resté inachevé, et voici pourquoi :

Jacques Pantaléon, patriarche de Jérusalem, fils d'un cordonnier de Troyes, se trouvait en Italie, lorsque, en 1261 , il fut élu pape. Se souvenant alors de l'échoppe paternelle, il voulut que, sur l'emplacement qu'elle avait occupé, fut construit un temple au Seigneur, qui l'avait appelé à une aussi haute fonction; mais il mourut en 1264, et l'œuvre ne fut jamais terminée. Ce qui distingue cette église, à laquelle, tant que vécut le page Urbain IV, on travailla avec zèle et sans relâche, c'est l'unité du style. Urbain IV augmenta le nombre des cardinaux et institua la fête du Saint-Sacrement.

Au nombre des églises de Troyes il faut citer encore Saint- Jean, dont une partie est fière, imposante et ornée. Cette vieille église a beaucoup souffert; il ne reste, comme richesse artistique, que deux tableaux de Mignard, le Baptême du Christ et le Père éternel; plus une fort belle verrière reproduisant le sacre de Louis le Bègue, couronné roi d'Aquitaine le 7 septembre 878, au concile de Troyes, par le pape Jean VIII. C'est dans celte église que, le 2 juin 1420, s'accomplit le mariage de Henri V d'Angleterre avec Catherine de France, fille de Charles VI et d'Isabeau de Bavière. Ce mariage complétait le triste traité de Troyes, qui promettait le trône de France au roi d'Angleterre. L'église Sainte-Madeleine est la seule qui ait conservé des échantillons com-

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plets du style romano-byzanlin ; son jubé est une merveille de grâce et de fantaisie. L'auleur de ce chef-d'œuvre, Jean Gualdo, maçon, est enterré dessous. L'église ogivale Saint-Pantaléon n'a de remarquable que la multitude de ses statues, qui toutes ne sont pas heureuses, et des tableaux médiocres. L'église Saint-Nicolas a cela de particulier qu'une des portes d'entrée est si bien adossée au rempart, qu'elle est à la hauteur d'une rosace, et qu'on descend dans l'église par un grand escalier à la moitié duquel on rencontre une tribune arrangée en calvaire.

La cathédrale, par l'ampleur et la. beauté de ses proportions, la largeur de sa nef et de ses bas côtés, les richesses sculpturales de son portail, couvre de son ombre imposante les monuments chctifs que l'on a entassés à ses pieds. C'est un des plus beaux monuments que nous ait légués l'architecture ogivale; elle fut construite sur les ruines d'une chapelle fondée, au troisième siècle, par saint Savinien, apôtre sénonais.

Ce grand saint, un des soixante-douze disciples de Notre-Seigneur, suivit saint Pierre à Antioche, puis à Rome, d'où le prince des apôtres l'envoya prêcher la foi dans les Gaules. Il se dirigea vers Sens, capitale de la province de ce nom, arriva, l'an 45 ou 46 de Jésus-Christ, au commencement de l'hiver, dans le Gâtinais, et passa la nuit de Noël dans le bourg de Ferrières. La légende ajoute que, comme il priait pour célébrer la naissance du Sauveur, ravi en extase, il vit l'enfant Jésus avec la sainte Vierge et saint Joseph dans l'étable de Bethléem; et qu'alors, transporté de joie, Savinien s'écria : « C'est vraiment ici Bethléem. » Quoi qu'il en soit, aidé de deux compagnons qu'il avait avec lui, Potentien et Altin, notre saint convertit un certain nombre de })aïens et, dans cet endroit, bâtit au Christ nouveau-né et à sa divine mère un oratoire qui porta le nom de Notre-Dame de Bethléem. De Ferrières saint Savinien alla à Sens, y fit de nombreuses conversions, entre autres celle de Victorinus, noble personnage qu'il gagna à Jésus-Christ avec toute sa famille; et, premier évoque de cette ville, il y bâtit, pour y rassembler les tid»'les devenus nombreux, trois églises qu'il consacra, la première à la sainte Vierge, mère de Dieu; la seconde à saint Jean-Baptiste, précurseur du Messie, et la troisième à saint Etienne, premier martyr. De Sens saint Savinien se rendit h ïroyes, où ses conquêtes au Seigneur ne furent pas moins nombreuses; aussi fut-il bientôt obligé d'y ériger une église, qu'il dédia à saint Pierre et à laquelle devait se substituer la basilique ou cathédrale actuelle.

Cette église date de la fin du douzième siècle et du commencement du treizième. lïervée, soixantième évèque de Troyes, passe généralement pour

en être le fondateur. Lui-même en dressa le plan, présida aux premières constructions, et la légende, outre les chapelles absidales, lui attribue le sanctuaire, la plus pure et la plus harmonieuse des parties de l'édifice. Il ne fut terminé que trois siècles environ après la dédicace solennelle qu'en avait faite en grande pompe Jean Léguisé, évêque de Troyes, le 9 juillet 1430, par anticipation. Les proportions en sont gigantesques, et elle impose par ses vastes dimensions. En effet, du sol au sommet de la tour, l'église Saint-Pierre mesure soixante-treize mètres ; sa longueur intérieure est de cent dix-sept mètres ; sa largeur, de cinquante et un mètres, et la hauteur des voûtes est de trente mètres. Cinq nefs partagent le monument, qu'éclairent cent quatrevingt-deux verrières. La profusion de ces vitraux splendides, la légèreté des piliers, la multiplicité des arceaux, font de la cathédrale de Troyes un chefd'œuvre.

C'est en 1430 environ que fut achevée la magnifique flèche qui en couronnait le faite, et l'une des plus hardies que l'on eût dressées dans les airs. Quand on entre dans la nef, la première impression que l'on éprouve est celle de la nuit; mais, quand on y pénètre plus avant, l'œil perçoit les objets dans une douce lumière ; les vitraux, comme nous l'avons dit, dus aux verriers les plus renommés de l'époque, se détachent; et la merveilleuse imagerie qui s'étale dans les ogives, laisse pénétrer quelques rayons. Ces vitraux, uniques en France, reproduisent saint Louis et la reine Blanche, Adam et Eve, l'histoire de saint Savinien, des saints, des saintes, des rois, des empereurs, des figures diaboliques, etc.

Saint-Pierre avait autrefois un clocher; c'est en 1413 qu'en fut jetée la fondation. Dans ce temps-là, les édifices, les églises principalement, se construisaient à bon compte; les artistes d'alors, simples et naïfs, ne s'y employaient pas en vue de la gloire, et moins encore de la fortune ; ces tailleurs de pierre faisaient leur besogne en escomptant leur salut. Aussi fit-on marché avec Jean de Nantes, moyennant neuf sols par jour pour lui et deux sols pour chacun de ses ouvriers; l'abbé de saint Loup donna six chênes de choix, et l'on se mit à l'œuvre. Malheureusement les Ang^.ais vinrent en Champagne, et le clocher resta interrompu. Mais en 1429, Jeanne d'Arc les chassa de la Champagne, s'agenouilla dans la cathédrale et, rapporte la légende, dit en sortant: Faites votre clocher, ils n'y reviendront plus. Quoi qu'il en soit, le 20 mars 1430, un beau coq doré, juché au sommet, apprit aux Troyens que l'œuvre était terminée. En 1506, l'année même où l'on jeta les fondements de Saint-Pierre de Rome, on commença celle des tours

CATHÉDRALE DE TROYES

de Saint-Pierre de Troyes qui est achevée, et, pour en conduire l'ouvrage, le chapitre traita avec Martin Cambiche, maçon de Heauvais, à raison de quarante sols par semaine, un pain de prébende chaque jour et le payement du loyer de sa chambre. C'était bien modeste pour un des derniers et des

BQLISK SAIN r -URBAIN, A TUOTKS

plus fameux architectes du moyen âge. Mais, avec une seule tour, l'église paraissait incomplète : on décida de donner une sœur à celle qui était déjà faite (1511); et le traité passé avec Jean de Soissons, successeur do Martin Cambiche, porta que, hors le cas de mort, il n'abandonnerait pas l'ouvrage sans l'avoir achevé. Il faut croire que le seul empêchement prévu se rencontra, car la seconde tour ne fut jamais terminée.

Cette superbe basilique au grand beau portail, dont nous avons fait connaître les parties les plus remarquables, fut victime de plusieurs accidents, et la foudre tomba sur le clocher dont, avec raison, Fég-lise était si fière (1700). Il fut brûlé, les cloches elles-mêmes se liquéfièrent, et le beau coq qui déployait ses ailes à trois cent vingt-quatre pieds au-dessus du sol, tomba dans le brasier. Pour éterniser le souvenir de ce grand événement, Maugard, poète champenois, composa deux vers qu'il voulait faire graver sur le marbre au front de Féglise réparée :

Ce temple à qui le feu causa de grands dégâts, A trouvé dans Louis un second Josias.

Mais ce distique, peu apprécié, paraît-il, ne fut jamais inscrit que dans l'histoire locale.

Le lendemain, des ouvriers furent appelés pour entreprendre aussitôt les travaux de réparation les plus urgents, et voici ce qu'on raconte à ce sujet : Un jour, prenant leur repas dans la cathédrale, la tête échauffée par le vin, ils raillèrent la statue colossale de saint Michel, qui, élevée sur le pignon de Téo-lise, avait laissé brûler sous ses yeux le clocher de l'église, qu'il aurait dû protéger; ils osèrent même le défier de descendre pour trinquer avec eux. Mais soudain d'horribles craquements se firent entendre, et, avant qu'aucun des trois ouvriers eût le temps ou seulement la pensée de fuir, la gigantesque statue perçant, déchirant, broyant tout sous sa masse, descendit et tomba sur ces blasphémateurs, qu'elle écrasa et enterra du même coup, si bien que, pour retrouver leurs cadavres, il fallut creuser le sol, dans lequel ils étaient enfouis sous la masse énorme qui les avait accablés.

La tradition a accrédité une légende d'un autre genre qui, pour être plus touchante, n'en est pas moins dramatique. Une belle rosace en pierre, svelte et gracieuse, orne la cathédrale; elle est due au travail d'un artiste de. génie dont le nom est inconnu. Or cet artiste avait une fille d'une grande beauté. Un jeune ouvrier demanda au père la main de la jeune fille.

La bonne mine de l'ouvrier le disposant bien en sa faveur : « Je te l'accorde, lui dit- il, mais à une condition pourtant : c'est que tu me prouves ton talent; j'ai fait ma rosace, à ton tour fais la tienne. » '

Le pauvre jeune homme accepta la condition et se mit à la tâche. Quand elle fut achevée et que, satisfait de son œuvre, il crut avoir mérité la récompense de son travail, il amena son maître et sa fille en présence de la rosace. Le maître sourit et la jeune fille rougit.

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« A celte rosace, dit le père, après un examen sérieux, il y a un grave défaut : on s'est trop pressé ; » et du doigt il fit voir au jeune homme une infraction aux règles du métier.

« Mais, après tout, lui dit le père, tu as du talent et je le donne ma fille Tu étudieras et tu feras mieux; pour cette fois, je te pardonne. »

Celui-ci, les larmes aux yeux : « Point de pitié, s'écria-t-il ; je suis vaincu; je n'ai pas droit à la récompense! » Et du haut de ses échafaudages il se précipita sur le pavé de l'église. Sa mort frappa au cœur sa jeune fiancée.

La rosace manquait de solidité; on fut obligé de la démolir et de la remplacer par la rosace de fonte que l'on voit aujourd'hui.

Quant aux œuvres artistiques que renferme Saint-Pierre, elles ne sont pas nombreuses : d'abord point de tableaux et peu d'ornements, mais une belle statue de la Vierge, due au ciseau de M. Simart; une chaire moderne remplaçant une chaire vermoulue dans laquelle saint Bernard avait prêché, enfin un magnifique buffet d'orgue enlevé autrefois au monastère do Clairvaux.

Un accident survenu vers 1840 mit en danger ce bel édifice, déjà plusieurs fois éprouvé; par suite d'un écarlement qui se produisit entre les piliers du transept, une partie de la voûte s'écroula, ce qui nécessita d'immenses travaux de reconstruction et de consolidation.

Saint Bernard, Abcilard et Jeanne d'Arc sont les principaux personnages célèbres qui sont venus s'agenouiller et prier dans cette nef austère. C'était aussi devant la porte principale qu'avaient lieu les abjurations, les exconmiunications et les amendes honorables. En 1377, un prévôt de Troyes, nommé Jean de Rien-Yal, fut conduit processionnellement dans toute l'église, portant un plat d'argent du poids de quatre marcs, et un cierge ardent du poids de quatre livres de cire; et, en présence de l'évéque, ledit prévùt vint déclarer qu'il avait appliqué injustement à la question deux clercs et un laïque. Après amende honorable, on suspendit en ofi'rande le plat d'argent à l'aulel.

C'était enfin dans la cathédrale qu'avait lieu la cérémonie par laquelle on mellait le lépreux, le ladre, hors du seuil. On lui couvrait la tète; il baisait le pied du curé, et celui-ci, lui jetant par trois fois de la terre avec une pelle, lui disait : « Mon ami, c'est en signe que tu es mort quant au monde, et pour « ce, aie patience en toi. » Puis, la messe dite, on allait enfermer le ladre dans sa maison. Alors on lui intimait la défense de ne boire <i aucun puits; on lui ordonnait de mettre des ganis pour s'appuyer au parapet (rnn pnnl. et de ne parler à personne sans s'être mis àu-dessons du vrnt

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