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NOTRE-DAME DE PARIS 2i
bunes que l'on exposait autrefois, pendant la guerre, les drapeaux ou étendards pris sur les ennemis de la France; on les retirait en temps de paix. En 1693, le maréchal de Luxembourg vint à Notre-Dame pour assister au Te Deum chanté à Toccasion de la victoire de la Marsaille, remportée par Catinat sur Yictor-Amédée , duc de Savoie. L'église était alors, d'un bout à l'autre, tendue des drapeaux que ce maréchal avait pris sur les ennemis à Fleurus, à Steinkerque et tout récemment à Nerwinde. Le prince de Conti, toujours fertile en bons mots, tenait ce héros par la main, et dit en écartant la foule qui embarrassait la porte : Place, Messieurs, laissez passer le tapissier de Notre-Dame.
Les voûtes de la nef et du chœur sont construites avec beaucoup de hardiesse; mais, comme la grande voûte centrale de la croisée menaçait ruine, pour en prévenir la chute, le cardinal de Noailles, alors archevêque de Paris, la fit démolir et reconstruire à neuf en 1728. Les nefs collatérales se prolongent autour du chœur, et trente-sept chapelles font également le tour de l'édifice. On remarquait aussi plusieurs statues, dont la principale était celle de saint Christophe*; cette statue colossale de neuf mètres environ, faite par Antoine des Essarts (1413), fut abattue par le chapitre en 1786.
Originairement, paraît-il, la plupart des croisées étaient garnies de vitres peintes (anciens vitraux) représentant les anciens évoques de Paris et plusieurs sujets de l'histoire sainte. Actuellement, cent treize vitraux, dont trente-neuf grands au-dessus des galeries, éclairent la basilique de Notre- Dame. Déjà, vers la fin du douzième siècle, on y voyait un orgue; c'est ce que prouve un statut de 1198 dans lequel Eudes de Sully, soixante-quatorzième évoque de P^aris, fait mention d'orgues pour la célébration de l'office divin. En 1784, le chapitre de cette église fit considérablement augmenter et très habilement réparer cet orgue par le célèbre Clicquot, facteur d'orgues du roi. Par des réparations assez considérables, M. Dallery, autre facteur d'orgues de la chapelle du roi, a fait de cet instrument, en 1812 et 1813, l'un des plus beaux de l'Europe.
Le chœur, fermé d'une petite grille fort élégante, est décoré de magnifiques boiseries (cinquante-deux stalles hautes et vingt-six stalles basses), plus d'une série de bas-reliefs dessinés par Charpentier, élève de Girardon. Ces boiseries se terminent des deux côtés par une chaire archiépiscopale en cul-de-lampe, décorée d'un bas-relief et surmontée d'un baldaquin avec des groupes d'anges.
<. Ce saint personnage, dont tout le monde connaît la légende, était représenté portant sur se» épaules Jésus enfant, et traversant un fleuve un bâton à la main.
D'autres anges en bronze, modelés par Chavannes, laPiéta (vœu de Louis XIII), de Couslou aîné, et les statues de Louis XIII et de Louis XIV, complètent la décoration du sanctuaire, dont le pavé, exécuté en mosaïque, était du plus bel effet. Mais, le 24 mai d871, les insurgés de la Commune ayant mis le feu dans l'église, plusieurs objets en soutlrirent et particulièrement cette belle mosaïque'. Elle fut tellement rongée par le feu, que désormais ce cbefd'œuvre de Tart est irréparable. Tout le reste du pavé du chœur est incrusté de g^rands compartiments en marbre de diverses couleurs, formant plusieurs encadrements aux carreaux en marbre gris et blanc, disposés en échiquier.
Dans les chapelles qui entourent le chœur, on voit les monuments élevés à la mémoire de plusieurs archevêques de Paris : de Jean-Baptiste de Belloy, cardinal, mort en 1808; de Leclercq de Juigné, mort en 1811; d'Hyacinthe de Quélen, mort en 1839; de Denis-Auguste Affre, mort frappé d'une balle sur les barricades de la Bastille, lors de la terrible insurrection de juin 1848, en adressant aux insurgés des paroles de concorde et de paix ; d'Auguste Sibour, assassiné dans Saint-Étienne-du-Mont le 3 janvier 1857, à la procession d'ouverture de la neuvaine de sainte Geneviève; du cardinal Morlot, de M" Darboy, arrêté le 4 avril dans le palais de l'archevêché, envahi par les insurgés de la Commune. Conduit à la Conciergerie, puis à Mazas, il y resta jusqu'au 24 mai, jour où, avec d'autres otages, il fut impitoyablement fusillé. On y voit aussi le tombeau de Claude d'Harcourt; et enfin, dans le croisillon septentrional, une inscription recouvre le cœur du cardinal de Talleyrand-Périgord, mort en 1822,
Au bas de la statue de saint Christophe dont nous venons de parler, était un autel oti, tous les ans, le jour de sa fête, on célébrait la messe. Au-dessus de l'autel on voyait un bas-relief servant de contre-retable et représentant un trait d'histoire assez singuHer. Le voici en quelques mots :
Un vieillard avait laissé en mourant un héritage, et quatorze enfants pour se le partager. Mais ses yeux à peine étaient fermés, qu'entre eux s'éleva une vive contestation pour sa succession, que chacun, prétendant être le seul fils légitime, voulait à ce titre avoir en entier. Ils avaient longtemps discuté la question sans avoir pu la résoudre, lorsque tout à coup : « Que ne faisonsnous, dit l'un d'eux, du corps de notre père une cible? Celui de nous qui, visant au cœur, en approchera le plus, aura tout l'héritage. » Tous d'abord, sans répugnance, approuvent cette idée et attachent à un arbre le corps de leur
1. Heureusement ce commencement d^incendie fut étouffé par les élèves de la pharmacie de l'Hôtel-Dieu, qui en avaient été avertis par la fumée
père, puis, à la file, lancent une flèche sur le cadavre. Mais l'un d'eux, que cette action révolte, quand arrive son tour, jette au loin son arc et ses tlèches et déclare préférer au crime de percer le cœur de son père, quoique mort, n'avoir rien de sa succession. A ce cri d'indignation, on le reconnut pour seul fils légitime du défunt, et on lui adjugea tout l'héritage.
C'est en 1786 que ce curieux bas-relief a été détruit.
Avant le dernier pilier de la nef, à droite, on voyait aussi, posé sur deux colonnes d'ordre toscan peintes en porphyre, Philippe le IJel, la visière baissée, tel qu'il était équipé à Mons-en-Puelle sur son palefroi banlé de fer, en mémoire de la victoire remportée par ce prince sur les Flamands le 18 août 1304. Elle fut détruite en 1792.
La chaire, d'un style lourd, n'a de remarquable que l'escalier pratiqué à l'intérieur. Le pavé de la nef et des bas côtés est composé de grands carreaux en marbre de Bourbonnais gris et blanc, de deux pieds carrés chacun. Celui des bas côtés du chœur est en pierre de liais et en marbre noir de Dinant. Dans les compartiments en marbre qui séparent la nef des bas côtés, sont trois trappes en chêne, qui ferment les diverses entrées de la grande cave pratiquée sous la nef. Avant 1793 ces trois trappes étaient revêtues de plaques en cuivre chargées d'ornements funéraires, et sur chacune se lisait cette inscription latine :
Semiiiatur in içnobililate, surget in ^'loria*. (St Paul.)
La cave était autrefois destinée à la sépulture des chanoines, des bénéliciers, des chapelains, des chantres et des enfants de chœur de celte église.
Les grands tableaux qui décorent les deux faces latérales du chœur méritent d'arrêter les regards. En voici TexpUcation, en commençant par la droite, en haut :
1° L'Annonciation de la Vierge, peinte par liai lé (1717);
2** La Visitation de la Vierge, par Jouvenet (171G);
3* La Naissance de la Vierge, par Philippe de Champagne;
4° L'Adoration des Mages, par de la Fosse (1715);
5° La Présentation de Jésus-Christ au Temple, par Louis Boulogne ( 1715);
6" La Fuite de la sainte Vierge en Egypte, par le même (1715) ;
7" La Présentation de la Vierge au Temple, par Philippe de Champagne;
8* L'Assomption de la Vierge, par Laurent de la llyre.
Le maîtro-autel. élevé sur trois marches demi-circulaires en marbre de
\ <i tiigcudri'; (l.itis rabjccliiMi, ii i c-'ii.-i it'i'a dans la f^loire. »
oi VIEILLES ÉGLISES DE FRANGE
Lan^^uedoc, est en marbre blanc et décoré sur le devant de trois bas-reliefs. Le tabernacle consiste en un gros socle carré, décoré de pilastres et enrichi d'une fermeture circulaire en bronze doré, représentant l'agneau pascal; les angles sont ornés de petites têtes de chérubins.
La baie de l'arcade, au fond du sanctuaire, disposée en niche, est occupée par un magnifique groupe de marbre de Carrare, composé de quatre figures, dont les principales ont deux mètres de proportion. La Vierge, assise au milieu, soutient sur ses genoux la tète et une partie du corps du Sauveur descendu de la croix; le reste du corps est étendu sur un suaire ; elle a les bras élevés et les yeux fixés vers le ciel. La douleur d'une mère et sa parfaite soumission à la volonté de Dieu sont exprimées de la manière la plus vraie et la plus sublime. Un ange soutient la main du Christ, pendant qu'un autre tient la couronne d'épines et regarde les impressions meurtrières qu'elle a faites sur la tète du Sauveur, d'une grande beauté par son expression et la dignité du caractère. Derrière ce groupe parait une croix surmontée de l'inscription ; un grand linceul, drapé simplement, tombe du haut de cette croix et vient se perdre derrière les figures. Tel est l'ensemble de ce groupe admirable, terminé en 1723 par Nicolas Coustou, sculpteur du roi. Sur la clôture du chœur, en dehors, au-dessus d'une suite de petites arcades gothiques, sont représentées en relief, d'une manière assez naïve, les mystères de la vie de Jésus-Christ. A gauche (porte Rouge) sont : 1° /« Visitation; 2" la Vocation des bergers à la crèche;'^'' la Naissance de Notre~Seigneur\ 4° l'Adoration des Mages; 5" Eérode et le Mass^jcre des Innocents; 6° la Fuite en Egypte : 7° la Présentation au Temple ; 8* Jésus-Christ enfant au milieu des docteurs; 9° le Baptême de Notre-Seigneur ; W les Noces de Cana; IT l'Entrée de Jésus- Christ à Jérusalem, sur une ânesse suivie de son ânon; 12° la Cène et le Lavement des pieds; 13° Jésus-Christ dans le jardin des Olives.
De l'autre côté du chœur, sont les diverses apparitions de Jésus-Christ après sa résurrection : r Jésus-Christ et la Madeleine; 2« les Saintes Femmes; 3" Apparition de Jésus-Christ aux apôtres; 4° les Deux Disciples d'Emmaûs ynarchant avec Jésus-Christ, 5** Jésus-Christ à table avec les deux disciples d'Emmaûs qui le reconnurent à la fraction du pain; 6° Jésus-Christ apparaît à ses apôtres] V l'Incrédulité et la conversion de saint Thomas; 8° la Pêche miraculeuse; 9° la Mission des apôtres ; W Jésus-Christ, à table avec ses apôtres, leur donne sa bénédiction avant de monter au ciel.
Tels sont les divers sujets de la vie de Jésus-Christ représentés sur la clôture du chœur; or ces sujets ont ceci de particulier qu'ils reproduisent le
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mystère de la passion de Notre-Scigneur tel qu'il fut représenté devant le Palais, en 1420, en présence des rois de France et d'Angleterre, pir les Confrères delà Passion*. C'est, en effet, dans les églises que furent représentés d'abord les mystères, et la plus singulière des fêtes qui aient eu nos églises pour scènes est, sans contredit, celle des Fous, mélange bizarre d'impiété et de religion. 11 est difficile de fixer au juste l'époque à lafjuelle commença la
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fête des Fous; tout ce que l'on sait, c'est que, dans le dixième siècle, Théopbylacte, palriarcbe de Constantinople, introduisit cette burlesque cérémonie dans son église, et que toutes les nations de l'Europe en furent bientôt infectées.
Cette fôte reçut des modifications dans les divers pays où on la célébrait, et des noms dillérents, à cause de quebjues cérémonies bizarres qui y furent ajoutées. Ainsi, dans l'église de Paris, la fôte des sous-diacres ou des diacressaouls, par allusion à l'état d'ivresse auquel ils se livraient, s'appelait aussi fête des Fous; à Rouen, fête de l'Ane; à Dijon, fête de la Mère folle, etc.
1. De Bcauchanips, Recherches sur les thrùtrcs de France, tome 1"".
Dans quelques églises, qui relevaient immédiatement du saint-siège, on élisait un jD^p^ ^^5 fous, auquel on donnait également d'une manière dérisoire les ornements de la papauté, afin qu'il put agir et officier solennellement comme le saint-père ^
Une aulre cérémonie bien plus scandaleuse eut lieu à Notre-Dame le 10 novembre 1793 (20 brumaire an II). La Convention nationale, qui avait reçu, le 8 novembre, de l'arcbevêque de Paris, Gobel, et de ses douze vicaires la déclaration qu'ils renonçaient à exercer les fonctions du culte catholique, endécréta, sans discussion, l'abolition et son remplacement par le culte de If Raison; par le même décret, elle changea le nom de l'église Notre-Dame en celui de temple de la Raison. On avait donc élevé dans la nef de cet -édifice une montagne factice, dont le sommet était couronné par un temple d'une architecture simple portant pour inscription au-dessus de la porte d'entrée : A la Philosophie. Sur le penchant de la montagne s'élevait un autel orné de guirlandes de chêne et supportant le flambeau de la Vérité. Deux rangées de jeunes filles vêtues de blanc, couronnées de chêne et tenant à la main un flambeau, descendaient de la montagne. Peu après la Raison, représentée par une jeune et belle femme vêtue d'une draperie blanche, recouverte à moitié par un manteau bleu céleste, les cheveux épars et coiffée d'un bonnet phrygien, sortit du temple de la Philosophie et vint s'asseoir sur un banc de gazon, où elle reçut les hommages et les serments des mortels. Le soir, la Convention en masse se rendit au temple pour y chanter avec le peuple l'hymne de la Raison.
Ce que l'on vient de lire est de. notoriété générale; mais ce que l'on sait moins, c'est qu'à cette époque on mit Notre-Dame en vente, comme bâtiment dont les matériaux pouvaient faire ressource, et qu'il se trouva un acquéreur. Le marquis de Saint-Simon (alors le citoyen Simon) l'acheta deux cent quarante mille francs. Mais cette somme, il fallait la payer immédiatement et en numéraire, et ce monument admirable ne doit peut-être sa conservation qu'à l'impossibilité dans laquelle fut l'acheteur de pouvoir la réunir.
Revenant à la description de l'intérieur de Notre-Dame, ajoutons que les chapelles du pourtour et de la croisée étaient autrefois décorées de lambris en marbre et en menuiserie, enrichis de dorures. Les divers panneaux, qui offraient de très befles peintures de différents maîtres distingués : du Poussin, de Lesueur, de Le Rrun, de Jouvenet, ctc, ont été dépouillés en 1793; mais
1. Victor Hugo, ààus Notre-Dame de Paris, eu donne la description.
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heureusement la plupart de ces anciens tableaux, qu'on a pu recouvrer, ont
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été restitués en 1802, et replacés dans les dilïérentes chapelles au lieu (lui leur convient.
Dans la même année fut rendue à sa desliiialion primitive la sacristie, éga-
lement dépouillée pendant la Révolution de ses richesses intéressantes et nombreuses. On y remarque principalement la sainte couronne d'épines rap- ' portée par Louis IX; Vescourgette ou discipline du saint roi; un morceau de la vraie croix; les clous avec lesquels Notre-Seigneur y fut attaché, et la croix d'or de l'empereur Manuel Comnène. Depuis, la sacristie a été successivement enrichie de vases sacrés, de reliquaires, d'ornements et d'objets précieux sous le double rapport de l'antiquité et du travail, qui forment aujourd'hui ce qu'on appelle le trésor.
Ce trésor courut un grand danger pendant le règne momentané de la Commune à Paris. Le 2 mai 4871, les fédérés, ayant brisé les scellés qu'y avait apposés un membre du Comité central, lors d'un premier envahissement de l'église, le 7 avril, enlevèrent les ornements et les vases sacrés du trésor. Heureusement, ces précieux objets, retrouvés au garde-meuble, ont été, après la tourmente, restitués à Notre-Dame.
Aujourd'hui, cet édifice, non pas gothique, comme longtemps on l'a cru, mais de la transition du roman an gothique ^, dégagé de toutes les constructions qui en masquaient autrefois les divers aspects, produit aux regards un effet des plus satisfaisants. Il offre dans son ensemble et dans ses détails un caractère mâle et une élégance de structure qui contrastent merveilleusement, et dont l'aspect est vraiment imposant. Quoique construit à plusieurs époques éloignées les unes des autres, il est encore, parmi ceux du moyen âge, celui qui présente la symétrie la plus régulière dans sa distribution. La disposition générale du plan est grande et noble, les proportions en sont heureuses, et la solidité de toutes les parties qui le composent, prouve l'habileté des architectes qui en ont dirigé la construction.
Chose étonnante, la dédicace de l'église actuelle, toujours retardée, on ne sait pour quelles raisons, n'eut définitivement jamais lieu, d'oii résulte que, n'ayant jamais été dédiée, on en célèbre néanmoins la fête le deuxième dimanche après la Toussaint, jour choisi pour célébrer l'anniversaire de la dédicace de toutes les églises de France.
Il ne nous reste plus, pour compléter cette notice, que q^uelques mots a dire sur le chapitre de l'église de Paris, le cloître de Notre-Dame Qi la maîtrise.
Vers l'an 116o, sous le pape Alexandre III, les chanoines, libres possesseurs des revenus qui leur étaient affectés, se trouvèrent en état d'acquérir