M A FI N E
Reims est une des plus vieilles cites françaises et une des plus intéressantes pour l'antiquaire ou l'historien. Les /?^^?^i?, dont elle fut longtemps la capitale, avant la domination romaine, VdLp[)c\a\eni Ditrocortum, et les géographes anciens Durocoi^torum et Durocortora. Au temps d'Adrien, elle possédait des écoles justement célèbres, et un de ses citoyens, Jovin ou Jovinus, fut consul de Rome en 366 ou 367. Plus tard, après la grande invasion barbare, Reims devint le foyer religieux d'oii le christianisme rayonna dans les Gaules. La veille de Noël de l'année 496, son évêque, saint Rémi, administra le baptême à Clovis, ainsi qu'à trois mille seigneurs francs.
En 517, saint Rémi tint un synode dans lequel il eut le bonheur de ramener à la foi catholique un évêque arien qui était venu pour disputer contre lui. Quelques années après il établit des évêques à Tournai, Laon, Arras, Thérouanne et Cambrai. Saint Rcmi, dont la fête patronale se célèbre le 13 janvier, mourut en 533, à l'âge de quatre-vingt-seize ans, dont il avait passé plus de soixante-dix dans la prc4rise et l'épiscopat.
Ses reliques furent placées en 633 dans une église construite par Sunnace. En 882, les Normands ayant envahi la Champagne, Ilincmar, en se retirant à Epernay, y emporta le corps de saint Rémi. Enfm, en 1049, le 1" octobre, le pape Léon X consacra une nouvelle église dédiée au glorieux apôtre. Auprès de cette basilique était une célèbre abbaye qui devint un hôpital après la restauration du culte. Le tombeau de saint Rémi, reconstruit d'abord au douzième siècle, puis une seconde fois en 1537, fut dévasté pendant la période révolutionnaire, et la chdsse, en argent, fut brisée.
En 1803, on refit un tombeau circulaire de mauvais goût, où fut déposée une châsse en bois, remplacée plus tard par une autre en cuivre argenté. Eu tombeau nouveau fut inauguré en i8i7, bâti d'après le modèle de celui du
seizième siècle : autour ont été placés un groupe représentant le baptême de Clovis par saint Rémi, et les statues des douzes pairs laïques et ecclésiastiques, qui, provenant du tombeau de 1537, avaient servi à orner celui de 1803. C'était jadis dans le tombeau de saint Rémi que l'on conservait la sainte ampoule, détruite en 1793. Depuis la Révolution, la sainte ampoule se trouve, avec le reliquaire qui la contient, dans le trésor de la cathédrale.
Quant à la cathédrale ou église métropolitaine de Reims, c'est sans contredit un des plus beaux vaisseaux gothiques qui existent en Europe. Commencée en 1211, elle ne fut achevée que vers la fin du quinzième siècle. Elle mesure cent cinquante mètres de long sur trente de large, et trente-six de hauteur sous voûte. Ses deux tours s'élèvent à quatre-vingt-neuf mètres.
Quarante-deux statues des rois de France, depuis Clovis jusqu'à Charles VI, décorent les arcades qui forment la galerie supérieure de la façade. Cent vingt-deux autres statues peuplent le pourtour de ses portes, que domine une rosace en vitrage d'une délicatesse et d'un travail merveilleux. Quant aux figures et sculptures qui ornent l'intérieur et l'extérieur de l'église, on peut en évaluer le nombre à plusieurs milliers.
On remarquait autrefois dans le collatéral de gauche le cénotaphe du consul Jovinus. Ce magnifique tombeau, en marbre blanc, avait été transféré de l'église Saint-Nicaise à la cathédrale. Il est aujourd'hui dans une crypte située au-dessous de la belle chapelle du palais archiépiscopal. La tradition rapporte que Jovinus, pendant une expédition en Perse, commandée par l'empereur Julien, eut la gloire de tuer un lion, scène que l'artiste a voulu reproduire
Enfin les vitraux, dont quelques-uns sont modernes ainsi que la grille qui entoure le chœur, les orgues munies de cinquante-trois registres, des tableaux de rnaîtres italiens et français et plusieurs belles tapisseries complètent une décoration qui fait de la cathédrale de Reinàs un monument incomparable.
Citons notamment dans les œuvres d'art des diverses époques un Lavement des pieds, du Mutien, maître de Raphaël; une Nativité de Notre-Seigneiir, du Tintoret; V Apparition de Notre-Seigneur à la Madeleine, du Titien; la Manne dans le désert, du Poussin. Ces tableaux sont des dons des cardinaux de Lorraine qui ont occupé le siège de Reims comme archevêques.
La cathédrale possède encore un beau tableau d'Abel de Pujol représentant le baptême de Clovis, et deux magnifiques tapisseries-tableaux sorties des ateliers des Gobelins et offertes au cardinal Gousset par le gouvernement en 1848. L'une représente saint Paul à Lystre, et l'autre, saint Paul devant l'aréopage.
ÉGLISE SAINÏ-MICIIEL
A DIJON (Côte-d'Or)
Dijon, autrefois Divio, capitale de rancienne province de Bourgogne et maintenant chef-lieu du département de la Côte-d'Or, doit son. origine à un camp retranché établi par César pour contenir les Autunois et les Langrois Elle est située au pied d'une chaîne de montagnes que domine le mont Afrique, haut de cinq cent quatre-vingt-quatre mètres, dans un bassin agréable et fertile. Elle est baignée par la rivière d'Ouche, qui passe au midi, et par le torrent de Suzon, qui la traverse du nord au sud par un courant pratiqué sous les rues. Marc-Aurèle entoura cette ville de murailles et de trente-trois tours. Vers 274 de notre ère, Aurélicn rembellit, en augmenta l'élendue et y éleva aux divinités païennes, divis, un temple, d'où vint à cette ville le nom de Divio et par corruption, dans la suite, celui de Dijon.
Deux inscriptions sont les seuls monuments romains qui nou«^ donnent connaissance de Tancienne Divio, dont Grégoire de Tours a fait, dans le sixi^me siècle, une description si vive et si animée. Dijon ne prit quelque importance qu'au quatrième siècle; c'est aux environs de cette ville que Clovis vainquit le roi burgonde Gondebaud, par la trahison de Godégisèle, son frère, en 500. Les Sarrasins (731) s'en emparèrent et la livrèrent aux flammes; plus d'un siècle après (888), les Normands la saccagèrent. En 9o9, Robert de Vermandois surprit Dijon et l'enleva à Otton, deuxième fils de Hugues le Blanc, duc do Bourgogne et de France, mais elle fut reprise l'année suivante par Lolhaire. Presque entièrement détruite en 1137 par un incendie, elle fut rebâtie vingt ans après et devint la capitale du duché de Bourgogne ; c'est vers ce temps que dans ce duché fut adoptée la charte de Soissuns. En 1357. Philippe de Rouvres, dernier duc de Bourgogne de la première race, fit commencer la nouvelle enceinte fortifiée de Dijon, telle qu'on la voit aujourd'hui.
Les ducs de la seconde race entretinrent ces fortifications, les augmentèrent de seize tours et de plusieurs bastions. Louis XI, pour se maintenir en possession de la Bourgogne, y fit construire un château entouré de fossés et flanqué de quatre tours. Ce château, qui existe encore aujourd'hui, fut transformé, dans le siècle dernier, en prison d'Etat, où furent enfermés la duchesse du Maine, le comte de Mirabeau, le chevalier d'Eon, etc. Après la réunion du duché à la Bourgogne, Dijon devint la capitale de la province et le siège des étals généraux (1477). Quelques années plus tard, en 1513, cette ville fut assiégée par les Suisses, qui traitèrent avec La Trémouille et ne consentirent à lever le siège que moyennant la concession du duché de Milan, de quatre cent mille écus d'argent, etc.
A Dijon, plusieurs édifices religieux offrent, au point de vue de l'art, un intérêt. A ce titre, l'église cathédrale appelle tout d'abord notre attention. Ancienne dépendance de l'abbaye de Saint-Bénigne et dédiée à ce saint, elle occupe l'emplacement d'un ancien temple de Saturne et fut consacrée en 535. Mais, comme déjà en 870 cette église tombait en ruines, l'évèquelsaac la rétablit. En 1106 elle fut entièrement reconstruite par l'abbé Guillaume, et, dit un ancien historien, on y comptait trois cent soixante-douze colonnes, cent vingt fenêtres, huit tours, trois grandes portes et vingt-quatre entrées. En 1272, ce vaste édifice fut écrasé par la chute d'une haute tour qui s'élevaiit au milieu; l'abbé Hugues fit alors reconstruire l'église que l'on voit encore aujourd'hui, et qui fut achevée en 1291. Sa longueur est de soixante-onze mètres, sa largeur, dans les deux nefs, de vingt-neuf, et son élévation, de vingthuit. La flèche, qui s'élance du comble de l'édifice, est de la plus grande hardiesse; sur un diamètre très resserré, elle porte à cent mètres de hauteur le coq qui la termine. Le portail représentait autrefois sur les côtés huit figures en bas-relief, aujourd'hui remplacées par des colonnes en pierre. Il est surmonté d'un bas-relief qui décorait antérieurement l'église Saint-Etienne et en représente le martyre, dû au ciseau du sculpteur Bouchardon. L'intérieur de Saint-Bénigne renferme de beaux mausolées en marbre; ceux de Philippe le Hardi et de Jean sans Peur sont les plus remarquables. C'est dans cette église que les ducs et les rois venaient prendre possession du duché de Bourgogne et juraient, au pied des autels, la conservation des privilèges de l'abbaye, de la province et de la ville.
Avant qu'elle eût été réunie àl'évêché de Dijon, l'abbaye de Saint-Bénigne, dont, on vient de le voir, la cathédrale est une dépendance, appartenait à Ja congrégation de Saint-Maur Saint Bénigne, en grande vénération à Dijon, et
KCÎLISE S AI NI' -M 1(11 Kl , \ 1)1 ION
ÉGLISE SAIM-MICHEL 107
disciple de saint Polycarpe, vint au deuxième siècie dans les Gaules pour y prêcher la foi. C'est à Autun qu'il exerça d'abord son zèle et y baptisa la famille de Fauste, père de saint Symphoiien. D'Autun, Bénigne passa à Langres et de là à Dijon, où ses travaux apostoliques eurent le même succès. Mais enfin son amour pour Jésus-Christ lui coûta la vie. Irritées des progrès que, par ses soins, le christianisme faisait dans ces contrées, les autorités païennes se saisirent de Bénigne, l'emprisonnèrent et lui firent subir les supplices les plus cruels; on lui scella môme en dernier lieu les pieds avec du plomb fondu dans une pierre qu'on voyait encore du temps de Grégoire de Tours. On l'enterra près du lieu où il avait souiïert, et son tombeau est l'origine de la célèbre abbaye dont nous venons de parler. Ce grand saint a toujours été en grande vénération à Dijon ; aussi est-ce sous son nom qii'a été baptisé notre illustre Bossuet.
L'église Notre-Dame, à Dijon, est un édifice d'un beau gothique, construit de 1252 à 1354. Elle a quatre-vingts mètres soixanle-sopt centimètres de long, dix-sept mètres trente-trois de large et douze mètres de hauteur. Dans le portail, dont la légèreté est extraordinaire, l'architecte a su allier la beauté du style grec à la délicatesse de l'architecture gothique. Sur toute l'étendue du porche, ouvert en triple cintre, il opéra le dévoloppomcnt des voûtes sans l'emploi des contreforts destinés à empêcher l'écartement. Les massifs de toute la façade n'ont pas plus de vingt-huit centimètres d'épaisseur et servent de fond à deux péristyles placés l'un au-dessus de l'autre, et offrant chacun dix-sept colonnes d'un seul jet. Sur le côté qui regarde le midi s'élève le campanile de l'horloge. L'entrée de l'église est précédée d'un vaste porche qui était jadis orné d'une multitude de statues. Dans l'intérieur, l'œil se repose"^ avec plaisir sur les galeries qui régnent autour de la nef, du chœur et des croisées. Rien n'est aussi délicat, aussi svelte que l'abside ou rond-point, décoré d'un superbe groupe de l'Assomption, chef-d'œuvre du sculpteur Dubois. La grande tour, qui s'élève sur le milieu de la croisée, partage la délicatesse du vaisseau.
Le chef des milices célestes, l'archange saint Michel, regardé comme le' protecteur et Fange tutélaire de la France, est honoré lï Dijon d'une ancienne basilique latine, reconstruite au commencement du seizième siècle, les doux tours exceptées, qui ne furent achevées qu'en 1G67. A l'extérieur cette égliso présente un aspect gothique, quoi(iue tous les détails soient du style grec. Le portail de Saint-Michel, sur lequel on voit Minerve, Apollon, Vénus, Salomon et Judith, est vraiment remar(]uable. L'architecte dijounais Hugues Sambin,
élève de Michel-Ange, y a déployé tout le luxe de l'architecture. Sur un socle percé d'un triple cintre, orné de caissons, d'arabesques, de statues et de basreliefs, s'élèvent deux tours jumelles, décorées des cinq ordres d'architecture réunis, et couronnées de délicieuses coupoles octogones, terminées chacune par une boule de bronze doré. Au-dessus de la porte est un bas-relief composé de quarante figures représentant le jugement dernier.
L'intérieur, d'un style gothique pur, renferme des fresques remarquables du seizième siècle. Les clochers, avons-nous dit, ne datent que du dixseptième; celui qui s*élève au point d'intersection du chœur et de la nef, est resté inachevé. La chapelle des Trois-Rois, sous le croisillon méridional, est une œuvre charmante de la Renaissance. On admire le riche trumeau qui partage la porte majeure en deux baies; la sculpture grecque n'a rien produit de plus délicat. Le vaisseau de cette église est long de cinquante-cinq mètres trente-trois, large de vingt mètres, et haut de vingt-un mètres trente-trois. Elle renferme un grand nombre de cénotaphes, et Ton remarque particulièrement dans une chapelle le mausolée en marbre noir et blanc érigé à la mémoire de Fyot de La Marche. C'est en l'honneur de l'archange patron de cette église et de la France que Louis XI créa Tordre militaire de Saint-Michel (1" août 1469).
Dijon, ville dans laquelle le protestantisme trouva peu d'accès, renferme encore plusieurs autres églises : Saint-Jean, ancienne basilique oti fut baptisé Bossuet; Saint-Etienne, qui, construite au dixième siècle, passe pour l'église la plus ancienne de Dijon ; mais elle est aujourd'hui transformée en halle au blé. De l'église Saint-Nicolas, il ne reste plus qu'une tour carrée; quant à Saint-Pierre, c'est une église moderne.
On remarque aussi à Dijon un château gothique flanqué d'énormes tours ; le palais des Etats, commencé en 1367 par Philippe le Hardi et achevé par Charles le Téméraire, fils et successeur de Philippe le Bon, et le puits de Moïse. Dans le palais des États, bel édifice surmonté d'une tour majestueuse, s'assemblaient les états ^e Bourgogne quand Dijon était la capitale de la province. Le puits de Moïse, jadis placé au centre du grand cloître et construit de 1396 à 1399, a sept mètres quinze de diamètre; au milieu s'élève un immense piédestal qu'entourent les statues de Moïse, David, Jérémie, Zacharie, Daniel et Isaïe, ce qui lui fit aussi donner le nom de puits des Prophètes.
CATHÉDRALE DE SEXS
(Yonne)
Sens, chef-lieu d'un arrondissement du département de l'Yonne, Vun des quatre départements formés de l'ancienne province de Bourgogne, était autrefois, sous le nom à'Agendicum, le chef-lieu des Senones (Sénonais\ peuple, au dire de César dans ses Commentaires, le plus ancien de la Gaule (a/i/iqznssimi Gallorum Cenones).
Les exploits des anciens Sénonais sont connus : sous la conduite de Brennus, ils s'emparèrent de Rome (390 avantJésus-Christ), prirent part aux expéditions de Sigovèse, qui s'établit en Germanie, dans la région hercynienne, et de Bellovèse, qui s'empara de la contrée de l'Italie nommée depuis Gaule Cisalpine. Plus tard, ils se joignirent à celles qui conduisirent les Gaulois jusqu'au temple de Delphes (278), et firent au conquérant romain une longue résistance; enfin, avec Vercingélorix; ils furent enveloppés dans la ruine commune. La défaite de Syagrius (48G) livra la ville de Sens à Clovis.
Intéressante par sa situation dans une campagne fertile, sur la rive droite de l'Yonne, un peu au-dessous de son conilucnt avec la Vanne, Sens, d'abord évêché bailliage et présidial, chef-lieu d'élection et jouissant d'un gouvernement particulier, est maintenant archevêché. Cette ville, remarquable par la beauté et la variété de ses promenades, possède un tribunal de première instance, un tribunal de commerce, deux justices de paix, un lycéo, un séminaire, une bibliothèque publique et un musée.
Sens est encore aujourd'hui en partie entourée de ses anriennos murailles, conservées, réparées et quelquefois défigurées dans les siècles féodaux, mais incontestablement de construction romaine. Elle renferme de nombreux monuments; mais la cathédrale, l'un des plus curieux de notre architecture religieuse, est, sans contredit, le plus remar(]UMble.
A dater du premier siècle de noire ère, l'histoire de la ville de Sens est celle de sa conversion au christianisme par saint Savinien, aidé de saint Potentien. Ces deux grands saints étaient du nombre des soixante-douze disciples de Notre-Seigneur. Ils suivirent saint Pierre à Antioche, puis à Rome, d'où le prince des apôtres les envoya prêcher la foi dans les Gaules. Ils se dirigèrent, en Tan 45 ou 46, vers Sens, et reçurent dans le faubourg, que l'on appelait le Vif, l'hospitalité d'un noble personnage nommé Victorinus. Ils l'eurent bientôt gagné à Jésus-Christ, avec toute sa famille et ses serviteurs, et baptisèrent ensuite Eodaldus et Sérotinus, dont la condition n'était pas moins élevée. Tous trois se dévouèrent généreusement au service de Dieu et furent faits diacres.
Voyant alors que le temps était venu de soumettre Sens à la foi, saint Savinien fit le tour des murailles de la cité, et, imprimant sur la pierre le signe de la croix, il la marqua comme appartenant désormais à Jésus-Christ. Mais la légende souvent, dans les premiers temps du christianisme, se mêle à la vérité; aussi prétend-on que la pierre s'amollit sous son doigt et garda pendant plusieurs siècles l'empreinte du signe de la rédemption. Après cette prise de possession, qui avait pour but de mettre les démons en fuite, il prêcha l'Évangile avec tant de succès, qu'il lui fallut une église pour rassembler les nombreux fidèles que lui et ses compagnons baptisaient. Pour l'accomplissement de son projet, il choisit un temple des faux dieux et le dédia au Sauveur, après l'avoir purifié.
Il y avait déjà vingt ans que les saints missionnaires travaillaient à la conversion de cette grande ville, lorsque les apôtres saint Pierre et saint Paul furent mis à mort sur l'ordre de l'empereur Néron. Or, dit encore la légende, la nuit qui suivit leur martyre, ils apparurent à saint Savinien et lui ordonnèrent d'élever une basilique en leur honneur au lieu même où il se trouvait, et d'envoyer ses compagnons prêcher la foi dans le contrées voisines pendant qu'il resterait à Sens pour veiller sur son troupeau et l'augmenter. Le saint évêque fit donc construire la première église qui ait été dédiée au prince des apôtres, et elle devint célèbre dans toute la Gaule sous le nom de Saint- Pierre le Vif, parce qu elle était située dans le faubourg du Vif, où il demeurait. Il bâtit ensuite trois églises au centre de la ville, sur l'emplacement d'un temple d'idoles qu'il avait détruit pw un signe. Il consacra la première à la sainte Vierge, mère de Dieu; la seconde à saint Jean-Baptiste, précurseur du Messie, et la troisième à saint Etienne, premier martyr. Mais ces églises se touchaient, et il arriva que la dernière, qui était au milieu, absorba dans la suite les deux autres et devint l'église cathédrale.