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ÉGLISE DE LA MADELEINE

A YÉZELAY (Yonne)

Ne sortons pas du déparlement de l'Yonne gans parler de Vézelay ( r/^tliacum) et surtout sans décrire son église, l'une des plus remarquables de la Bourgogne, province qui compte tant de monuments de premier ordre.

Yézelay est située sur la limite sud du département, au sommet d'une haute colline s'élevant abruptement dans la vallée de la Cure, affluent de l'Yonne. Cette ville, qui possédait avant la Révolution une élection, un bailliage, un grenier à sel, une gruerie ou tribunal pour les eaux et forêts, et relevait du diocèse d'Autun ainsi que du parlement et intendance de Paris, n'est plus aujourd'hui que le chef-lieu d'un canton dépendant de la sous-préfecture d'Avallon.

Comme la plupart des villes du moyen âge, Yézelay dut à une fondation pieuse son importance et sa célébrité. Nulle part, avant le neuvième siècle, ne se rencontre le nom de Yézelay; ce bourg remonte probablement au temps de l'autonomie gauloise et dut appartenir à la république éduenne ; car lorsque le nom de Yiziliacum paraît pour la première fois dans l'histoire, c'est pour désigner un bourg dépendant du pagus d'Avallon. Mais vers 862. Gérard de Roussillon, l'un des héros du moyen Age, dont la vie appartient autant i\ la poésie qu'à l'histoire, fonda en cet endroit un monastère qui, par l'éclat qu'il jeta, tira Yiziliacum de son obscurité.

Favori de Louis le Débonnaire et successivement comte de l*aris, duc de Bougogne, régent ou plutôt roi de Provence, Gérard joua un rôle actif et considérable dans les événements politiques de son temps. Sa lutte contre Charles le Chauve qui le persécuta; ses succès, ses revers, ont inspiré aux troubadours une longue épopée dans laquelle, au milieu des fables merveilleuses que poètes et romanciers ont accumulées, se suit avec peine l'hisloiro.

Le monastère, fondé sur le sommet de la montagne par Gérard de Roussillon dominait alors, non pas une ville, mais un château fort appartenant à la reine Judith, femme de Louis le Débonnaire. Gérard de Roussillon et Berthe, son épouse, fille de Pépin, roi d'Aquitaine, obtinrent de cette reine la terre de Vézelay. Ayant eu, quelque temps après, la douleur de perdre leur fils unique, ils firent construire au pied de la montagne, sur les bords de la Cure, un monastère de filles vouées à la règle de Saint-Benoît. Eve, leur fille, en fut, de leur consentement, la première abbesse. Mais à peine fondée, cette abbaye fut saccagée et détruite par les barbares normands ou sarrasins. De ce couvent de religieuses, qui ne subsista guère qu'une douzaine d'années, il ne reste que l'église, aujourd'hui paroisse de Saint-Jean-sous-Vézelay, remarquable par la délicatesse de son architecture.

Cette catastrophe ne découragea pas Gérard; il établit le monastère dans un emplacement moins exposé à pareil désastre, dans l'enceinte même du château de Vézelay, au sommet de la hauteur; mais, au lieu de religieuses, il y mit des moines du môme ordre, sans doute à cause de la nouvelle situation du couvent au milieu d'une place de guerre. Ces moines, auxquels il avait fait remise des droits seigneuriaux et de toute autre juridiction que celle de la cour de Rome, subsistèrent jusqu'en 1537, époque à laquelle ils furent remplacés par des chanoines séculiers.

Un corps saint, réputé pour celui de sainte Madeleine, on ne sait à quelle époque, peut-être lors, de la reconstruction du monastère, fut apporté à Vézelay. La sainte, suivant Hugues de Poitiers, moine de l'abbaye et son premier historien, avait indiqué par un miracle le choix qu'elle faisait de ce lieu; mais l'origine de ces reliques étant incertaine, leur authenticité fut quelque temps contestée ; le culte en avait même été interdit à Vézelay par un évêque d'Autun, lorsque, par une lettre, le pape Pascal II l'autorisa et le rendit populaire. A partir de ce moment, l'abbaye, si puissante dès son origine à cause de ses grands biens, de ses privilèges et surtout de son i>ndépendance, devint le but de nombreux pèlerinages et l'une des plus célèbres de France. A la fin du onzième siècle, sur le. tombeau renfermant les précieuses reliques de sainte Madeleine, on éleva une magnifique église, continuée et achevée par l'abbé Artaud, et le même pape Pascal II en fit, en 1104, sous l'invocation de la sainte, la dédicace solennelle.

Au commencement du douzième siècle, les moines de Vézelay adoptèrent la réforme de Cluny et reconnurent la suprématie de leurs abbés ; mais ils ne tardèrent pas à s'en affranchir, non sans luttes toutefois, qui aboutirent à l'in-

L EGLISE DE VEZELAN

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