‹ Vieilles églises de France (volume 2)Chapitre 34 sur 45 · L'ÉGLISE DE VÉZELAY · texte numérisé non relu

L'ÉGLISE DE VÉZELAY

cendie du monastère, dans lequel, suivant la chronique de Sainl-Maixent, onze cent vingt-sept personnes périrent de mort violente. L'enthousiasme des croisades suspendit pendant quelque temps les dissensions civiles et les difficultés élevées entre les abbés de Vézelay et les comtes de Nevers, qui, héritiers des droits du comte Gérard, essayèrent à plusieurs reprises, contre la volonté de celui-ci, de faire rentrer le bourg de Vézelay sous leur autorité seigneuriale.

C'est en 1146 que Louis VU et tous les grands du royaume, réunis en assemblée générale à Vézelay, délibérèrent sur la situation des chrétiens de la terre sainte, dans la vallée d'Asquins, au pied de la montagne. Saint Bernard, représentant le pape, absent, dans cette espèce de concile, harangua la multitude, et Ton y fit le serment de partir pour la Palestine. Pour perpétuer le souvenir de ce concile, une église, sous le nom de Sainte-Croix, fut fondée à Vézelay et consacrée par le légat du saint-père.

Vézelay prit aussi part à l'agitation pour l'affranchissement des communes : Hugues de Saint-Pierre, riche étranger, devint l'âme de cette conjuration. Secondés par le comte de Nevers, les habitants renoncèrent à leur foi envers l'abbé, jurèrent tous de se défendre l'un l'autre, de n'avoir qu'une seule volonté et se constituèrent en commune. Ils formèrent une confédération dans laquelle entra le comte de Nevers, qu'ils reconnurent pour leur suzerain, et s'entourèrent des signes extérieurs qui annon(;aientce changement d'état; surtout ils élevèrent, chacun selon sa richesse, autour de leurs maisons des murailles crénelées, alors marque et garantie du priyilège de liberté. L'abbé de Sainte-Marie se retira à Cluny, obtint du pape l'excommunication des bourgeois de Vézelay et implora l'appui de Louis le Jeune, qui, en ll.-jo, dirigea un corps d'armée sur cette ville Les habitants, abandonnés par le comte de Nevers, s'en rapportèrent à la décision du roi, qui les condamna à payer à l'abbé quarante mille sols, et leur enjoignit de démolir leurs fortitications, condition que l'abbé ne put faire exécuter que longtemps après.

Vers 11G7, l'hérésie qui s'était répandue dans le midi de la France eut aussi ses adeptes à Vézelay; leurs dogmes avaient quelques rapports avec ceux des Albigeois. C'est encore à Vézelay que Thomas liecket, exilé d'Angleterre, se retira et prêcha devant un concours immense réuni dans l'église de l'abbaye, et que, en 1190, Philippe-Auguste et Richard Cœur de Lion sr réunirent avant de partir pour la croisade. En 1206, l'abbé Hugues, nommé d'une voix unanime par le chapitre, fut déposé par Innocent III pour avoir endetté l'abbaye, et, en 1210, fut fondé, dit-on, à Vézelay le premier couvent de Cordeliers.

Par une bulle expresse, Martin IV, en 1282, déclara que Yézelay possédait seule les véritables reliques de sainte Madeleine, confirmant ainsi la lettre par laquelle nous avons vu que Pascal II en avait autorisé le culte. Cette croyance, déjà bien établie parla dévotion générale, s'en accrut à ce point que maisons et cloîtres, aux jours de fêtes solennelles, ne pouvant contenir l'afjQuence des pèlerins, on leur faisait payer chèrement le droit de bivouaquer dans les rues, couvertes de paille pour la circonstance.

En 1519, naquit à Vézelay le fameux Théodore de Bèze, et, en 1560, Odet, cardinal de Châtillon, était abbé de cette ville, que les protestants, en 1569, enlevèrent par surprise et saccagèrent. Le monastère eut beaucoup à souffrir du vandalisme des vainqueurs, qui brisèrent les reliques, pillèrent le trésor, mutilèrent les statues des saints, et de l'église firent un manège et une écurie. C'est probablement alors que fut détruite la châsse de sainte Madeleine, dont la disparition, d'ailleurs, n'a jamais été clairement expliquée. Au mois d'octobre de la même année, Charles IX tenta, mais sans succès, de reprendre Vézelay; ce ne fut qu'à la paix de 1570 que la bannière royale reparut sur ses murs.

Comme dans les trois sièges que cette ville avait eu à souffrir, l'église avait été fort endommagée, en 1601, Erard de Rochefort, abbé de Vézelay, entreprit de la réparer. C'est à lui qu'on doit les stalles en bois assez belles qu'on voit encore aujourd'hui dans le chœur. L'avant-dernier abbé, Berthier de Sauvigny, homme de plaisirs, fit abattre, pour s'installer plus commodément, le palais abbatial, très vaste pourtant, qui s'élevait au midi de l'église, et qu'il remplaça par un château moderne, lequel fut à son tour détruit à la Révolution. Une promenade en occupe aujourd'hui l'emplacement.

Comme le chapitre lui-même avait été supprimé en 1790, avec lui avaient disparu tous les établissements qui donnaient de l'importance à la ville ; il ne lui restait plus que sa magnifique église abbatiale de la Madeleine, mais elle était en ruine ! Aux dévastations qu'elle avait souffertes pendant les troubles religieux, avaient succédé les mutilations révolutionnaires ; plusieurs fois aussi elle avait été frappée de la foudre, qui même, en 1819, incendia l'une des tours. Heureusement, curieux de conserver à Vézelay ce dernier souvenir de sa grandeur passée, le gouvernement confia au célèbre architecte VioUetle-Duc le soin de restaurer cette église. Les travaux durèrent vingt années ; mais, très habilement restaurée, elle est désormais classée au nombre des monuments historiques, dont elle est un des plus beaux.

Bâtie sur le sommet de la montagne, élevée de cent soixante mètres au-

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dessus du niveau de la Cure, l'église de la Madeleine domine toutes les maisons de la ville et jouit, par sa situation, d'une vue d'une étendue immense. Elle a la forme d'une croix latine, est régulièrement orientée, mais avec une déviation légère de son axe à partir du cliceur. Celte déviation, évidemment calculée, très commune dans les églises du moyen âge, est plus rare dans les églises romanes. L'aspect extérieur de l'église de Yézelay indique plusieurs constructions distinctes et successives ; mais le style roman, qui domine, donne à tout l'édifice un caractère sévère. La façade, qui n'a jamais été terminée, a trois portes en plein cintre, ornées de sculptures ; ces trois portes indiquent les trois nefs de l'église; au-dessus de la porte du milieu, une espèce de fronton, resté inachevé, présente une ogive à jour, divisée par quatre meneaux et percée de cinq fenêtres de hauteur inégale. Sur ces meneaux s'appuient des statues d'apôtres. Deux helles tours carrées, datant du douzième siècle, flanquaient le portail; mais une seule, celle du midi, a été conservée. La façade est couverte ou plutôt cachée sous des ornements plus remarquables par leur richesse que par leur élégance. Ce fronton remonte au treizième siècle, peut-être au quatorzième. On remanjue, en longeant les murs extérieurs, une corniche élégante supportant le toit et couronnant tout l'édifice. Cinq chapelles rayonnent autour du chevet. Là, un changement de style se manifeste avec évidence, et les longues fenêtres en lunette qui éclairent ce chevet, contrastent fortement avec les larges fenêtres cintrées de la nef.

A l'intérieur, l'église se divise en deux parties bien distinctes, formant comme deux églises. Par les trois portes mentionnées plus haut, on entre dans la première, appelée encore aujourd'hui V église des catéchumènes, et mesurant cinquante-cinq mètres do long. Elle fut ajoutée à la construction primitive vers Tan 1140. Ce narthex se compose de trois travées avec bas côtés, tribunes et galeries. On entre ensuite dans la grande église par trois autres portes correspondant à celles de la façade. Ces portes sont ornées d'archivoltes merveilleusement travaillées. La grande église a soixante-cinq mt»très de long ; de chaque côté s'élèvent onze piliers, dont les chapiteaux sont formés do figures grotesques. Les arcades et les fenêtres de la nef sont toutes en plein cintre. Dans les collatéraux, ces dernières s'évasent considérablement à l'intérieur. Le chœur, dont la voûte et les arcades sont en ogive, est magnifique ; il faut monter quatre marches pour y entrer. Neuf piliers ronds, d'une seule pierre, rontourent ; un dixième est remplacé par deux colonnes accouplées. Comme la nef, le chœur, cpii a vingt-trois mètres d'élévation, est

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entouré de bas côtés latéraux. Au-dessous est une crypte ou grotte souterraine, soutenue par douze colonnes à chapiteaux, en cône renversé, presque dépourvus d'ornements. On y conservait autrefois les reliques de sainte Marie- Madeleine.

Suivant Viollet-le-Duc, ce chœur, ainsi que le transept, est un des plus beaux spécimens de l'architecture bourguignonne. Autour du chœur extérieur sont des restes de chapelles sépulcrales.

Dans œuvre, l'église de la Madeleine a cent vingt mètres de long, dont vingt et un pour l'église des catéchumènes. On y remarque une dalle tumulaire du quatorzième siècle, et une chaire en bois du dix-septième siècle très délicatement sculptée. Le long de l'église, à l'est et au sud des cloîtres, s'étend une belle terrasse plantée d'arbres séculaires; elle faisait partie de l'abbaye. On y jouit d'une vue splendide sur la vallée de la Cure; mais c'est surtout de la plate-forme de la tour que le panorama est remarquable. De là le regard embrasse une grande partie de l'Yonne , de la Nièvre et de la Côle-d'Or.

Au sud de l'église de la Madeleine on voit de larges pans de murs et des traces de fondations considérables, qui attestent l'ancienneté de Vézelay. A peu de distance s'élève un bâtiment dépendant autrefois de l'ancien cloître, auquel communiquait la belle salle capitulaire (fin du douzième siècle), que l'on admire encore, et qui avait été transformée en église d'hiver. Ce bâtiment a été restauré récemment. Le cloître possède une belle citerne du douzième siècle. De la même époque est l'église ruinée de Saint-Etienne. L'église des Cordeliers et le couvent qui lui était contigu n'offrent plus également que des ruines. Des murailles fortifiées qui entouraient Vézelay et son abbaye, il ne reste que des débris et la porte Neuve, qui semble dater du quinzième siècle; elle est ornée de quelques sculptures assez fines.

Deux tours rondes à mâchicoulis et à créneaux, et quelques maisons du douzième siècle achèvent de donner à ce bourg un aspect très pKtoresque.

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