‹ Vieilles églises de France (volume 2)Chapitre 38 sur 45 · Recherches sur les volcans cleints du Vivarais · texte numérisé non relu

Recherches sur les volcans cleints du Vivarais

celle-là, placée sur un autel à la romaine et surmontée d'un baldaquin, est vêtue d'un grand manteau d'étoffe d'or chargé de pierres précieuses et d^ petits reliquaires fort riches. Ses pieds sont chaussés de souliers de drap d'or, et sur sa tête est, en manière de casque, une couronne d'une façon antique. Une seconde couronne, d'un style plus moderne, est suspendue au-dessus de son front, et plusieurs rangs de très petites perles fines pendent derrière son cou, en guise de cheveux ; ses yeux sont peints et recouverts de deux portions demi-sphériques de verre ou de cristal, qui leur donnent un éclat singulier. La statue a un peu moins de deux pieds (quatre-vingts centimètres) de hauteur. Elle est assise à la façon de certaines divinités de la vieille Egypte. Le dessin en est dur et sauvage comme l'œuvre de quelque peuple primitif. Elle est en cèdre incorruptible, tout enveloppée de petites bandelettes de toile fine, très soigneusement et très solidement collée sur le bois, selon la méthode égyptienne.

Sur ces données, Faujas de Saint-Fond et plusieurs autres ont pensé que la sainte image du Puy n'était peut-être qu'une ancienne statue d'Isis ou d'Osiris; car, ajoutent-ils, on a vu quelquefois de précieuses statues antiques changer de destination, ce qui est vrai; mais ce n'est point ici le cas : cette sainte image a toujours été vénérée, et, par suite de vœux, y sont venus en pèlerinage les personnages les plus éminents, les papes Urbain II et Gélase II; les rois Louis VII, Philippe-Auguste, saint Louis, Philippe le Hardi, Philippe le Bel, Charles YI, Charles VII, Louis XI, François I" et bien d'autres princes qu'il serait trop long d'énumérer. C'est que le souvenir de l'origine de cette sainte image ne s'était jamais effacé; on racontait même qu'elle venait d'un petit temple d'Arabes qui, les premiers, dans les déserts des confins de rÉgypte, avaient honoré Marie et sculpté son image à la manière des arts du pays; et le culte de cette tribu d'Arabes pour Marie venait des récits que firent, en sortant de l'étable de Bethléem, les bergers qui y étaient allés adorer l'enfant Jésus.

Ce n'est pas d'ailleurs sur une simple tradition que s'appuie ce que nous venons de raconter, mais sur les historiens arabes, qui mentionnent cette circonstance. L'un d'eux, El Azhraki, rapporte que la figure de la Vierge Marie, vec le jeune Aïssa (Jésus) sur les genoux, était sculptée, comme une divinité, devant une des colonnes les plus proches de la Kaaba (maison sacrée) et qu'on l'y voyait encore du temps de Mahomet. A la nouvelle du massacre des Innocents, dit encore le même historien, cette même tribu arabe se leva tout entière, attaqua le roi Hérode et lui fit une guerre acharnée, qui ne se termina que sous ses fils.

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Tous ces témoignages, sans doute, attestent l'authenticité de la Vierge noire du Puy, mais celle que l'on y expose aujourd'hui à la vénération des fidèles sous un riche baldaquin chargé d'ex-voio en or, est-elle bien la fameuse statue apportée de l'Orient? Non, si comme on l'affirme, elle a été brûlée pendant la Révolution. Quoi qu'il en soit, on comprend facilement que cette image, placée dans la chapelle bûtie autrefois par le pieux Évode, ait été promptement entourée d'habitations qui ont formé la ville du Puy.

C'est là en effet que, depuis bien des siècles, sont ailes et vont encore en pèlerinage gens de toute condition, grands et petits, riches et pauvTes. Mais l'affluence des pèlerins à l'antique église de Notre-Dame du Puy est surtout considérable lorsque le 25 mars, fête de l'Annonciation, coïncide avec le vendredi saint. Voici la raison que, dans ses légendes de la Vierge, en donne M. Collin de Plancy :

« Un ermite de Thuringe, se croyant à tort doué du don de prophétie, avait prédit que le jour où la fôte de l'Annonciation, prélude de la rédemption des hommes, tomberait le vendredi saint, jour où cette rédemption s'est consommée, serait celui de la fin du monde. Cette prédiction peu à peu se répandit et jeta d'universelles alarmes dans une année où, comme en 1842, Pâques se trouvait tomber le 25 mars. Dans le midi de la France, principalement, la terreur fut à son comble. Mais le saint-siège calma l'eiïroi général en démentant cette prétendue prophétie, et en accordant, au contraire, à l'église de Notre-Dame du Puy, pour toute année où le vendredi saint et l'Annonciation se rencontreraient le même jour, un jubilé riche d'indulgences. Les terreurs alors disparurent, la prédiction perdit tout crédit, et la fin du monde est encore à venir. »

La cathédrale du Puy, objet de la vénération générale, est située au sommet de la ville, au pied du rocher Corneille. Sa disposition est unique, d t M. Viollet-le-Duc, et, très pittoresque dans sa structure ; elle offre, du sixième siècle au quinzième^ des constructions de toutes les époques. La principa'o avenue de cet édifice hardi et bizarre est fort remarquable. C'est d'abord ui e suite de plans inclinés qui se haussent les uns sur les autres et qu'il fai t franchir pour parvenir au frontispice méridional de l'église. Là s'ouvre ui e belle voûte de vingt mètres environ de hauteur sous clef, recouvrant un magnifique escalier de cent dix-huit degrés, qui conduit jus(ju'à la porte principale, ornée de deux belles colonnes de porphyre rouge. La farade, d'un effet très pittoresque, n'a point de caractère déterminé; elle tient également

du roman et du gothique et offre quatre ordonnances de colonnes avec des portiques dont tous les arcs sont à plein cintre.

Dans le principe, c'est-à-dire au sixième siècle, l'intérieur de cette église, construite sur le plan d'une basilique, fut ensuite transformé en croix grecque, avec coupole et lanterne au centre, et reçut enfin au onzième et au douzième, par l'allongement de ses trois nefs, basses, lourdes et divisées par de gros piliers, la forme d'une croix latine, qui lui a été conservée dans les récentes restaurations dont elle a été l'objet. La nef du milieu «st partagée en deux chœurs, l'un en face de l'endroit où se trouvait autrefois la porte d'entrée; l'autre placé à l'opposite, sur la voûte même qui recouvre le grand escalier. Le maître-autel est en marbre; l'orgue et la chaire, chargés de sculptures, sont fort beaux. Des trois absides, deux sont rectangulaires, la troisième (fin du quinzième siècle) est polygonale. Le clocher, qui est isolé et paraît avoir été construit vers le douzième siècle, atteint une grande hauteur. Enfin on remarque les deux porches ou vestibules romans du For et de Saint-Jean, qui donnent entrée dans l'église.

Près de Notre-Dame s'ouvre un cloître, formé de quatre galeries voûtées et portées sur des arcades à plein cintre, avec colonnes et chapiteaux. La plus ancienne de ces galeries rappelle l'architecture carolingienne; deux paraissent être du onzième siècle et la quatrième du douzième. Dans cette dernière, les chapiteaux, ainsi qu'une corniche au-dessus des arcades, sont sculptés avec délicatesse; les parements extérieurs des murs présentent des incrustations en pierres de couleurs variées. A ce cloître est adossé un grand bâtiment, haute forteresse du douzième siècle, se rattachant à un système de murailles qui séparait l'enceinte claustrale du reste de la cité. Dans la salle de la bibliothèque du chapitre, changée en chapelle, de précieux restes de peintures murales de la fin du quinzième siècle représentent quatre arts libéraux.

Dans une chapelle de la cathédrale se voient encore deux portes en bois du onzième siècle, sur lesquelles sont figurées des scènes de la vie de Jésus- Christ, encadrées de légendes en vers léonins et d'ornements du style mauresque. Divers tableaux, dont plusieurs peints par d'anciens artistes du pays, des panneaux sculptés et quelques reliquaires ornent l'intérieur et la sacristie de l'église. Le trésor de la cathédrale, riche autrefois en précieuses reliques, renferme quelques objets curieux, entre autres une bible manuscrite de Théodulphe, évêque d'Orléans (neuvième siècle), suivie de la chronographie de Saint-Isidore et de quelques autres œuvres.

L'église de Notre-Dame du Puy jouissait de nombreux privilèges, dont un

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