‹ Vieilles églises de France (volume 2)Chapitre 39 sur 45 · NOTRE-DAME DU PUV-EN-VELAY · texte numérisé non relu

NOTRE-DAME DU PUV-EN-VELAY

les principaux était celui qu'avaient les chanoines df porl.T la mitre. Les •ois et les Dauphins de France étaient chanoines-nés de Notre-Dame du Puy; Charles VII notamment, après avoir été proclamé roi au ch.Ueau d'Espalv, 3rès du Puy, assista aux premières vêpres de l'Ascension en habit de chœur ; Louis XI, son fils, Charles VIII et François I", qui vinrent en pèlerinage au Puy, assistèrent à l'office dans la même église et de la même manière.

En 1325, dit une tradition, un miracle prodigieux s'accomplit au Puy. Votre-Damc du Puy possédait alors, parmi ses enfants de chœur, un aimable ît charmant enfant que tous les habitants chérissaient à cause de sa douceur ît de sa piété envers la sainte Vierge. Sa voix était fraîche et pure, et jamais 1 n'était plus heureux que quand, aux fêtes chères à Marie, il remplissait les /oùtes du temple de ses chants harmonieux. Or, cette année-là, il clianta si merveilleusement, à la messe de minuit, les joyeux cantiques de la naissance lu Sauveur, que tous les assistants en furent ravis d'admiration.

Le lendemain, plusieurs bons bourgeois s'empressèrent de se rendre chez es parents de l'enfant pour les féliciter; mais, à leur grand étonnement, ils es trouvèrent dans la désolation : leur cher enfant n'avait pas reparu î Tout e monde se mit à sa recherche, mais ce fut en vain ; l'enfant de chœur avait lussi complètement disparu, disent les légendes, que s'il se fut envolé au ciel. Oans la ville l'inquiétude était à son comble ; on ne savait comment ex|)hjuer cette disparition mystérieuse. Hélas ! on en eut bientôt la clef ! Furieux le la joie qu'avait manifestée l'enfant en accompagnant de ses chants le mystère divin de la naissance de Jésus, un juif, à la faveur de l'obscurité, ivait saisi l'enfant de chœur au détour d'une rue sombre, l'avait bâillonné, j^arrotté, emporté et assassiné chez lui, croyant ainsi accomplir un acte reli-

peux.

Il voulait, dit-on, immoler pour la Pàque un autre infidèle (c'était le nom [u'il donnait aux chrétiens), et résolut de chercher sa seconde victime parmi es enfants de chœur. Sachant qu'il y avait procession le dimanche dos lameaux, il vint rôder autour de la cathédrale et guetta sa proie. Mais au noment où la procession défile devant lui, tout à coup, au bas de la montée [ui conduit à la vieille basilique, un immense, mouvement se produit dans 'assistance ; l'enfant de chœur assassiné dans la nuit de Noël apparaît connue ortant de la tombe et subitement se trouve à son rang. On ne peut en Toire ses yeux ; on l'interroge, et il raconte à la foule étonnée sa mort trafique. « Une main puissante, dit-il, vient de me retirer du linceul. » En même emps il promène ses regards autour de lui. et reconnaissant dans la mul-

litude son meurtrier pâle et tremblant : « Voilà, s'écrie-t-il, en montrant le juif du doigt, voilà mon assassin ! »

Aussitôt on instruit l'horrible affaire ; on court à la maison du juif, on visite la fosse ouverte, et, à la fois, on a les preuves du crime et celles du miracle. La sentence est bientôt rendue, et pendant que le juif est lapidé par le peuple, l'enfant de chœur est porté devant l'image de Notre-Dame, qui vient de le rendre miraculeusement à la vie.

Évidemment ce n'est là qu'une légende, une simple tradition. A cela, l'auteur des légendes de la Vierge à qui nous empruntons celle qu'on vient de lire*, répond « que le roi Charles le Bel vint au Puy en pèlerinage, qu'il voulut consciencieusement informer sur ce fait, et que, de l'avis, de son conseil, il rendit une ordonnance motivée par laquelle, vu leurs doctrines détestables, les juifs étaient chassés du Puy. Il y ajouta un diplôme accordant aux enfants de chœur de Notre-Dame du Puy-en-Velay le droit de juger les juifs qui rompaient leur ban, et, plus d'une fois, depuis lors, les enfants de chœur de la cathédrale du Puy, assemblés en tribunal, eurent occasion de rendre, en raison de ce droit, leurs sentences sans appel.

Nous ne voudrions pas multiplier les légendes; mais comment ne pas raconter celle que rapporte le chroniqueur Rigord ^, légende dont un habitant du Puy est le héros?

C'était au douzième siècle ; depuis longtemps déjà s'était élevée entre Raimond V, comte de Toulouse, et le roi d'Aragon, Alphonse II, une grave dissension, et comme le démon, ennemi du genre humain, se plaisait à envenimer la querelle, rien ne pouvait l'apaiser. Mais le Seigneur, touché des maux que souffrait ce malheureux peuple, le prit en pitié et voulut l'en délivrer. Dans ce but, ce ne fut ni d'un empereur, ni d'un roi, ni même d'un prince de l'Église qu'il se servit : ce fut d'un simple charpentier nommé Durand, habitant à'Anicium, communément appelé Podium, C'est à cet homme simple et bon que, dans sa miséricorde, apparut le Seigneur. En même temps il lui mit dans les mains une image de la vierge Marie. Elle était représentée assise sur un trône et portant l'enfant Jésus dans ses bras; autour de l'image étaient gravés en latin ces mots : Agneau de Dieu qui effacez les péchés dit monde, donnez-nous la paix,

A la nouvelle de ce miracle, grand fut Tétonnement, et le jour de l'Assomp tion, au milieu de toute la foule assemblée à Anicium pour y célébrer la fête,

Page 1