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Le meurtre était devenu fort rare

poursuivre ces bandes pillardes et de secourir les opprimés. Ces chevali peu à peu réussirent à purger le pays de cette féodalité sang-uinaire et ramener la paix ; mais, comme nous Tavons dit plus haut, les dissidences r gieuses du seizième siècle le jetèrent de nouveau dans toutes les horreurs a guerre civile.

ÉGLISE MONOLITHE DE SAIXT-ÉMILÏOX

/Gironde)

Tout le monde connaît les vins excellents et généreux de Saint-Émilion, mais souvent là se borne ce que l'on en sait, et pourtant cette petite ville, par les curiosités remarquables qu'elle ofîre, par les souvenirs qu'elle rappelle, mérite plus d'honneur.

Sans conclure de la pierre debout ou menhir que l'on rencontre sur la rive droite de la Dordogne, que Saint-Émilion remonte au temps des druides, disons que cette ville a été construite, selon toute probabilité, sur l'emplacement qu'occupait autrefois Lucaniacum, où se voyait, croit-on, au neuvième siècle, la villa du poète bordelais Ausone.

C'est, en effet, sur la rive droite de la Dordogne, entre Libournc cl Caslillon, sur les versants d'une colline, s'enfonçant en forme de golfe, et la lisière d'un plateau, qu'est suspendue en amphithéâtre, comme autrefois Lucaniacum, au milieu d'un amas de ruines, l'intéressante petite ville de Saint-Émilion. La flèche aérienne de l'église actuelle couronne ce plateau, et uu fossé de onze mètres de profondeur sur dix-sept de large et creusé dans le roc protège, du côté de la vallée, cette ville, qui, par ses ruines et les restes de ses antiques monuments, offre pour ainsi dire un musée de la vie au moven âge.

Au delà s'élevaient jadis de hautes et fortes murailles crénelées ; six doubles portes surmontées de tours carrées, défendues encore par doux: autres tours, donnaient entrée dans une espèce de donjon quadrilatère nommé le château du roi. Mais aujourd'hui murailles, portes et tours couvrent le sol de leurs débris et comblent presque le fossé. Autour de la ville régnent d'immenses grottes que, conmie le fossé, la main do l'homme a creusées dans le roc ; une population industrieuse de carriers et de vignerons y habile, et c'est au-dessus de ces rochers que se récolte le vin qui a rendu célèbre le

nom de cette petite ville. Comme beaucoup d'autres villes, c'est à un saint, paraît-il, que doit son nom celle dont, en quelques lignes, nous résumons ici l'histoire. Mais dans aucun martyrologe, aucun recueil de vies des saints, on no trouve celle de saint Emilion. Toutefois, le diocèse de Bordeaux compte celui-ci au nombre des confesseurs dont il fête la mort.

C'est à Vannes, en Bretagne, que naquit saint Emilian, Immilion, ou Emilion, de parents obscurs qui relevèrent dans la pratique des vertus chrétiennes. Il se fit remarquer surtout par un grand amour pour les pauvres, auxquels il prodiguait sans cesse secours et consolations. Simple domestique dans la çiaison du comte de la ville, saint Emilion fut accusé d'user, aux dépens de son maître, de trop de libéralité envers les indigents, et devint ainsi suspect au comte, qui le fit surveiller. Un jour que, selon sa coutume, Emilion, allait distribuer de petits pains qu'il tenait sous son vêtement, le comte l'aborde et lui demande avec colère ce qu'il porte là. « Ce sont, répond Emilion , sans se troubler, des morceaux de bois destinés à réchauffer les pauvres; « et en effet, il ne se trouva que du bois sous son vêtement; mais au moment où le saint homme allait faire sa distribution, le bois redevint pain^ Un tel miracle ne pouvait rester ignoré; aussi les témoignages de l'admiration générale vinrent-ils accabler l'homme de Dieu, qui, pour fuir tant d'honneur, résolut de s'enfermer dans un cloître.

Il se dirigeait vers l'Espagne, lorsque la fatigue l'obligea de s'arrêter en Saintonge, dans un monastère de l'ordre de Saint-Benoîte L'abbé de ce monastère parvint à le retenir et lui fit prendre l'habit de son ordre. Là encore un miracle signala sa vertu : il avait reçu l'office de cellerier et devait, en cette qualité, pourvoir aux provisions de bouche. Les soins avec lesquels il remplit les devoirs de sa charge lui attirèrent la jalousie des autres frères, qui, pour le faire tomber en défaut, lui enlevèrent secrètement les instruments nécessaires à cuire le pain. Que fait alors le saint homme? Il entre lui-même dans le four, et, sans éprouver du feu aucune atteinte, y dispose les pains de sa propre main.

Mais le monastère n'offrant pas à Emilion une retraite assez complète, il résolut de se retirer au fond d'une forêt, afin de vivre loin des hommes et dans la seule contemplation de Dieu. La forêt qu'il choisit n'était pas éloignée de la Dordogne ; un rocher situé sur le flanc de cette forêt fournit au saint

1. Ce miracle a, comme on le voit, la plus grande analogie avec celui de sainte Elisabeth dt Hongrie.

2. Saint Benoît, né vers 480, est le fondateur de l'ordre des Bénédictins.

ÉGLISE DK SA1NT-I^:MIM0N

ermite une humble retraite, et les eaux d'une fontaine coulant dans la vallôa voisine remontèrent leur cours pour venir le désaltérer.

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Le bruit de sa sainteté s. .,,an.lU l.io,, M <la.s , u ^^^^^^^^^^ accourut en foule aCn .rappren.lro ,!.• lu, los i;-:r^;;P " f ^„;1 L lam; ou pour lui demander des eonsolatious coutre 1 u.lo.luuo. Ine noble dame

privée de la vue reçut même, dit-on, d'en haut l'avertissement de recourir aux mérites d'Émilion, et le quitta complètement guérie.

Dans le flanc de la colline voisine de son ermitage, le bienheureux s'était construit un oratoire, et avait associé à son entreprisé un grand nambre de compagnons qu'il exhortait chaque jour à la perfection; mais peu à peu ses forces déclinaient, et, quand enfin sonna l'heure de sa mort, il reçut le saint viatique et s'endormit dans la paix du Seigneur, Tan 767.

C'est ainsi, croyons-nous, que saint Émilion fut le fondateur du monastère dont ses compagnons devinrent les premiers moines, et comme il avait adopté la règle de Saint-Benoît, le nouveau monastère fut régi par cette règle et accrut ainsi le nombre des établissements religieux de l'ordre des Bénédictins. Pour se protéger contre des incursions que faisaient en ce temps-là les Sarrasins, Émilion s'était creusé lui-même une grotte dans le roc. Elle se trouve au centre de la ville, au fond de l'espèce de golfe formé par l'enfoncement de la colline. On y voit encore, taillés dans la pierre, le lit, la table et la chaise du saint homme, ainsi que la fontaine déjà mentionnée, remarquable par l'abondance et la limpidité de ses eaux.

Le monastère fut plus tard ruiné d'abord par les Sarrasins, qui firent des incursions dans ces parages et même s'y établirent, comme semble l'indiquer le nom de Ville maiirine donné à un petit hameau voisin de Saint-Emilion ; il le fut ensuite par les Normands, et si ce fait n'est pas bien prouvé, il est au moins très probable, car, vers le milieu du neuvième siècle, les Normands, enhardis par de précédents succès et par les divisions des fils de Louis le Débonnaire, se présentèrent devant Bordeaux, qu'ils emportèrent de vive force. Maîtres de cette ville, dont ils firent presque un désert, pendant un demi-siècle ils étendirent leurs ravages sur les pays environnants. Dans ce état de choses, les moines des monastères de la contrée désertèrent leurs demeures et rentrèrent dans la vie laïque; aussi trouvons-nous, au commencement du onzième siècle, celui de Saint-Emilion entre les mains du vicomte Olivier. Mais, en 1080, l'archevêque de Bordeaux, Goscelin, fit rentrer ce monastère sous son autorité et le pourvut de religieux.

Malheureusement bientôt après s'introduisit chez les moines une sorte de relâchement, auquel n'échappèrent pas ceux de Saint-Émilion ; négligeant la règle monastique, ils vivaient d'une manière tout à fait séculière, ce qui obligea, l'an 1110, l'archevêque de Bordeaux, Arnaud Guiraud, à réformer le monastère avec l'autorisation du pape, et à le placer sous la direction d'un abbé et sous la règle de Saint-Augustin.

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