‹ Vieilles églises de France (volume 2)Chapitre 44 sur 45 · A GRENOBLE · texte numérisé non relu

A GRENOBLE

Grenoble, ville intéressante par sa position et son ancienneté, par !l'S hommes qui y sont nés, par les événements qui s'y sont passés et aussi par quelques édifices curieux, est située à l'issue de la belle vallée du Grésivaudan, à trois kilomètres du confluent du Drac, au pied du dernier escarpement du mont Rachais, sur l'Isère, rivière qui donne son nom au département dont Grenoble est le chef-lieu.

Grenoble, autrefois Cularo , de cularum (lieu reculé), a une origine fort ancienne, puisqu'elle existait déjà du temps de Jules César, comme le prouve une lettre de Plancus à Cicéron. Elle aurait même été fondée par Q. Fabius Maximus sur les frontières des Allobrog-es [in finibiis Allobrogiim), voisins des Voconces, peuples riverains très redoutables, pour les tenir en respect.

Toutefois, lorsque les Romains s'emparèrent de la Gaule, Cularo avait peu d'importance ; ce simple village ne fut considéré comme ville qu'à l'époque où Dioclétien et l'empereur Maximien, de retour de son expédition des Gaules, l'eurent agrandie et entourée de murailles. Elles étaient percées de deux portes; l'une, celle de Rome, fut appelée Jovia; l'autre, celle de Vienne, Herculea.

Vers l'an 304, l'empereur Gratien agrandit considérablement l'enceinte de Cularo, qui, en son honneur, changea son nom en celui de Gratiajwpolis, dont on a fait Grenoble (ville de Gratien). Le môme empereur y fonda, en 377, un siège épiscopal. De l'époque de la domination romaine il ne reste aujourd'hui que les fondations et des pans de mur assez considérables de Venceinte de Dioclétien et de Maximien. Les principaux de ces débris servent de base à une tour du moyen âge, adossée à l'hôtel de ville et à l'abside de Notre-Dame, construite par l'évoque Isarne, et non par Charlemagne, auquel, par erreur.

la tradition 1 attribue. Ce qui paraît plus vrai, c'est que ce grand prince, allant en Italie au secours du pape Etienne Kl, attaqué par les Lombards, et passant par Grenoble, ordonna d'y construire (773) l'église Saint-Yincent, et peut-être aussi le palais épiscopal. Un arrêt du parlement de cette ville dit formellement, dans l'une de ses conclusions, que l'église de Saint-Vincent fut bâtie la 'première dans Grenoble par Charlemagne ou par son neveu Rolland ; qu'à la suite il fut bâti auprès une autre église à l'honneur de la sainte Vierge *, et que dans icelle était la paroisse de Saint-Hugues, à laquelle celle de Saint- Jean fut unie.

C'est à dater de la réunion de l'église Saint-Jean, ruinée par les protestants (1562), que la paroisse Saint-Hugues prit le nom de Saint-Hugues-et-Saint- Jean.

Aimar Durivail rapporte que de son temps (1535) on voyait encore audessus de la porte de l'église Saint-Hugues ou Saint- Vincent, un écusson aux aigles impériales et aux fleurs de lis, ce qui constituerait une preuve de la fondation de cette église par Charlemagne. Quoi qu'il en soit, de l'ancienne église attribuée au grand empereur, il ne reste, comme on vient de le voir, que les fondations et les bases des murs. La nouvelle église, reconstruite sur le plan de l'église ancienne, d'une grande simplicité, sans ornements, sans transepts, comme la cathédrale qui lui est jointe, et n'ayant qu'une nef en forme de carré oblong, que termine un chœur de forme également carrée, rétréci sur la nef, date de la fin du douzième siècle. C'est à cette époque que l'église a du être rebâtie, et que, en tout cas, elle fut dédiée à saint Hugues, évêque de Grenoble. C'est sous l'invocation de ce saint (1239), comme le prouve un acte de cette année qui en fait mention, qu'était spécialement placée cette église, dont le style appartient à la transition de l'architecture romane à l'architecture ogivale.

Saint Hugues naquit en 1053, d'un père brave officier. H fut un de ces grands évêques qui aidèrent saint Grégoire VH et ses successeurs à défendre la liberté de l'Église contre les princes chrétiens qui voulaient soumettre l'épiscopat à leur autorité et réduire le saint-siège à une vaine primauté d'honneur.

Grégoire YH sacra lui-même à Rome saint Hugues, évêque de Grenoble, et la pieuse comtesse Mathilde, qu'il connut dans la capitale du monde chré tien, voulut lui donner sa crosse, sa mitre et les autres ornements épiscopaux.

1. Ou Notre-Dame de l'Assomption, c'est-à-dire la cathédrale actuelle.

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NOTRE-DAME DE GRENOBLE m

Rentré dans son diocèse, où s'était introduit un g^and relâchement dans les mœurs, il mit la joie d'en avoir, en deux ans, presque entièrement changé la face. Considérant alors son œuvre comme achevée, et ne voulant plus songer qu'à son salut, il se démit de son évêché et se relira à l'abbaye de la Chaise- Dieu, en Auvergne, oti l'on suivait la réforme austère de Cluny. Il espérait y vivre inconnu, tout entier à Dieu, lorsque Grégoire VII lui envoya Tordre de retourner promptement à son Église et de ne plus la quitter désormais.

Hugues obéit, et Dieu récompensa le saint évêque du sacrifice qu'il avait fait, en lui envoyant saint Bruno et ses six compagnons, qui cherchaient un lieu retiré pour y faire pénitence. Hugues les conduisit dans le désert de la Chartreuse, au milieu des montagnes de son diocèse, et c'est dans ce monastère, sous la discipline de Saint-Bruno, que mourut, presque centenaire, le père du saint prélat.

Hugues prit part au concile de Vienne, convoqué par Pascal II, et au concile du Puy, assemblé pour y condamner le schisme de Pierre de Léon et y excommunier l'antipape Bourdin. Le pape Innocent II vint également en France à l'occasion du schisme, et Hugues renouvela auprès de lui, mais inutilement, la même demande, c'est-à-dire l'autorisation de quitter son évêché. où il ne se croyait plus utile. Il dut donc se résoudre à mourir évêque, et rendit son âme à Dieu le 1" jour d'avril de l'an 1132, âgé de près de quatre-vingts ans.

Le corps du saint évêque fut d'abord exposé à la vénération des fidèles dans l'église Saint- Vincent, puis inhumé dans la cathédrale, où il resta jusqu'en 1562, époque à laquelle le corps du saint et la châsse qui le renfermait furent brûlés par les protestants sur la place Notre-Dame, au devant de l'église.

La voûte de la nef de l'église consacrée à saint Hugues est plus élevée que la voûte du chœur. Toute l'église n'est éclairée que par deux seules fenêtres. Tune au fond du chœur, l'autre faisant face à la nef, et qui est ouverte audessus de l'arceau qui sépare cette même nef du chœur. Un ouvrage appartenant à une époque bien plus récente (fin du quinzième siècle) mériite néanmoins d'être cité , c'est la chapelle qui servait autrefois de fonts baptismaux : et qui, aujourd'hui, est sous l'invocation de Notre-Dame de Pitié ou des Sept- Douleurs. Dans la chapelle construite en face pour faire pendant, on remarque trois niches où sont trois statues : Saint Jean-Baptiste, qui est au milieu : Saint Vijicejit, diacre, ei Saint Hugues, Un nouveau bassin a remplacé Tancicn, qui, par sa disposition, par sa coupe et sa dimension, devait appartenir à un âge où l'on baptisait encore par immersion.

Les archéologues les plus dignes de foi ne font pas remonter au delà du dixième siècle les parties les plus anciennes de Notre-Dame, c'est-à-dire le porche, le clocher et les piliers de la nef ; et en cela ils sont d'accord avec saint Hugues, qui nous apprend* que la cathédrale de Grenoble est l'ouvrage de Févêque Isarne, lequel, comme nous l'avons dit, en entreprit la construction après l'expulsion des païens^ de sa ville épiscopale ; cette expulsion eut lieu en 9oo. Le même prélat eut-il l'honneur de l'achever ? Non, sans doute ; elle porte avec elle assez de traces apparentes de l'ouvrage et de l'architecture de plusieurs siècles; il suffit de dire, à cet égard, qu'Isarne y fit travailler le premier; que, le premier, ill'a placée sous le vocable actuel, et que la construction de l'église, après lui, a été continuée et achevée sur un plan primitivement adopté. Le porche ou portique dont l'église est précédée ; la disposition de la porte de l'église, qui est située au fond du porche ; les colonnetles de cette porte, leurs chapiteaux, la première voûte en plein cintre, placée à l'entrée de la nef; deux colonnes engagées dans le mur et qui soutiennent l'un des arceaux de cette voûte, d'autres détails encore, portent une empreinte évidente et caractéristique de l'époque oiî vivait cet évèque,

La façade du porche, qui offre toutes les périodes du roman et du gothique, et le portique ont été construits en pierre de taille ; tout le reste de l'église est en brique. Comme dans la plupart des premières églises romaiies, le porche est surmonté d'une lourde tour carrée qui manque d'élégance ; un simple toit couronne le clocher. A l'intérieur on remarque trois nefs ogivales, dont les clefs de voûte sont ornées de sculptures ; une quatrième nef, qui date du seizième siècle, est divisée en chapelles ; et six bas-reliefs en bois doré, remontant à la Renaissance, représentent des scènes de la vie de la Vierge. Le tabernacle du maître-autel, en marbre blanc et noir, vient de la Grande- Chartreuse. La voûte du chœur n'est pas plus élevée que celle de la nef. Ce chœur, formé d'une travée et d'une abside ou partie circulaire fermant le sanctuaire, est décoré d'une manière fort simple.

Riche en souvenirs, remarquable par son ensemble et par son architecture simple et sévère^ la cathédrale de Grenoble, qui conserve des traces de son ancienne existence, rappelle aussi, dans un des monuments qui décorent son intérieur, l'époque brillante du beau gothique. Son ciborhim ou tabernacle, qui est à droite, dans le chœur, est un morceau précieux d'architecture; il peut rivaUser avec tout ce qu'une féconde imagination produit de plus élégant

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