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Gothique classique

Les plus beaux clochers normands du x siècle sont probablement les deux flèches d’un dessin si pur qui encadrent la « façade harmonique » de Saint-Etienne de Caen : ils ont servi de modèles à d’innombrables édifices de la campagne normande. Mais jamais limitation. n’est servile. Aucun de ces clochers ne copie son voisin : chacun a son individualité.

Ils diffèrent d’abord par leur plantation. Tantôt ils s’élèvent sur la façade, dans l’axe de la nef, tantôt sur les côtés, tantôt au centre où ils coiffent la croisée du transept.

La plupart des clochers normands de cette époque se composent d’une haute tour carrée à deux ou trois étages surmontée d’une pyramide de pierre. Mais cette formule comporte des variantes en nombre presque infini. Les étages de la tour peuvent . être plus ou moins hauts, plus ou moins ajourés. La pyramide à pans peut être nue ou au contraire ornée de lucarnes, cantonnée à la base de clochetons d’angle qui fortifient son assiette.

L'évolution — je ne dis pas le progrès — se fait dans le sens d’un enrichissement croissant. La flèche du clocher de Bernières, déjà plus ornée que celle de Bény-sur-mer, garde cependant une ligne très sobre et très pure. La belle flèche de ZLangrune, dont les lucarnes et les clochetons sont une réfection moderne, commence à s’ajourer. Enfin la tour centrale de l’église d’Andrieu s'enrichit de lucarnes et de clochetons aux gâbles démesurés qui brisent son élan et l’alourdissent au lieu de l’alléger.

On voit encore au xmf siècle des églises plus modestes (Authie) où la flèche est remplacée par un toit en bâtière dont les versants viennent buter contre deux pignons en maçonnerie.

La sculpture monumentale et funéraire se développe dans le Vexin normand, grâce au voisinage de l’Ile-de-France. La Collé-

giale d’Ecouis (Eure), fondée par Enguerrand de Marigny, surin-

tendant des finances du roi Philippe le Bel, en fournit de beaux

exemples, plus parisiens que normands, comme à Saint-Georges de Boscherville.

Pour l’église d’Ecouis et ses châteaux du Plessis et de Mainneville, nous savons que ce richissime argentier, qui finit à la potence, avait commandé 52 statues : il n’en reste guère plus d’une dizaine. Mais cet ensemble de sculptures, si réduit qu’il soit, a pour nous une valeur inestimable.

Nous avions reproduit dans le précédent volume les statues de sainte Véronique et de sainte Marie l’Egyptienne qui décorent la Collégiale. On nous saura gré d’y ajouter une charmante console représentant trois petits anges aux cheveux bouclés qui semblent déchiffrer un antiphonaire. La sculpture florentine du Quattrocento n’a rien imaginé de plus exquis et le sculpteur anonyme de ce

groupe d’angelots mériterait d’être cité parmi les précurseurs .

français de Donatello et de Luca della Robbia.

Le tombeau d’Enguerrand de Marigny (1313), qui nous est connu par un dessin du recueil de Gaignières, n’a pas échappé au vandalisme révolutionnaire. En revanche celui de son frère Jean de Marigny, qui fut archevêque de Rouen, peut encore aujourd’hui être admiré dans son emplacement primitif comme une des plus belles créations de la sculpture de ce temps, comparable à l’effigie funéraire de Guillaume de Chanac, évêque de Paris, transférée de l’abbaye de Saint-Victor au Musée du Louvre. Mitré, la crosse en main, le vieux prélat, au front strié de rides, joint dévotement les mains dans l’attente du Jugement dernier.

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