Gothique flamboyant
Ce n’est point par hasard que le terme de gothique flamboyant a été lancé vers 1830 par un archéologue normand qui s’appelait Auguste Le Prévost : car nulle part mieux qu’en Normandie on ne peut voir de plus beaux spécimens de cette dernière floraison de l’art gothique.
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Faut-il faire honneur de la création de ce style à l’Angleterre voisine, qui ne voulant plus chez elle du style curvilinéaire auquel elle préféra le perpendiculaire, l'aurait importé che nous pendant la guerre de Cent ans? Cette thèse, défendue par Enlart, est aujourd’hui abandonnée. L'évolution logique et organique du gothique français suffit pour expliquer ce phénomène.
Quoi qu’il en soit, la Normandie s’est éprise de ce style fleuri qu’elle a fait sien. Sans compter les monuments de Rouen tels que la Tour de Beurre de la cathédrale et le Palais de Justice (affreusement mutilé par les bombardements incendiaires de 1944), il a enrichi cette province d’une miltutude de chefs-d’œuvre
- éblouissant coucher de soleil de l’art médiéval avant l’aube de la
Renaissance.
Caudebec-en-Gaux (Seine-Inférieure), dont la magnifique église s’est élevée de 1426 à 1515, s’enorgueillit de la flèche octogonale de son clocher qui se termine, à 54 mètres de hauteur, par une triple couronne en forme de tiare.
Mais c’est le département de l'Eure qui nous fournit le butin le plus abondant. La flèche à crochets de Beaumontel près de Beaumont-le-Roger, la puissante tour carrée de l’abbaye du Bec- Hellouin, la Madeleine de Verneuil, quel plus beau bouquet de pierres fleuries, découpées comme une guipure aux dessins contournés et. capricieux |
Le défaut de cette architecture si séduisante, c’est qu’elle se laisse envahir par une décoration parasite comme un arbre enlacé et étouffé par le lierre. Les éléments décoratifs, prodigués sans mesure, n’ont plus aucun lien avec la construction : ils ne font pas corps avec elle, mais s’y appliquent à la façon d’une broderie. Toute cette dentelle de pierre serait balayée par le vent si elle n’était artificiellement accrochée à la masse par de multiples tenons.
Dans un coin de ce même département de l’Eure : le Vexin normand qui s’étend à la lisière de l'Ile-de-France, la belle église de Gisors, une grande mutilée de la dernière guerre, marque la transition entre le gothique flamboyant et la Renaissance. Le portail principal est encadré par deux tours inachevées, dont
l’'ornementation, composée de médaillons à l'italienne et de nombreuses statues posées sur des consoles sous des dais ouvragés, est d’une excessive richesse.
Les vantaux sculptés de la porte, partagée en deux par un
trumeau, offrent le même mélange hétérogène d’éléments déco- ratifs empruntés tant au répertoire gothique qu’à la Renaissance
italienne : sur le registre inférieur, des rinceaux et des médaillons; au-dessus, une orbevoie flamboyante avec des arcs en accolade.