UTILISATION DE L’ART POUR L’ENSEIGNEMENT RELIGIEUX
Pendant la majeure partie du Moyen âge, l’art a été exclusivement au service de l’Église. L’art médiéval est avant tout un art religieux. Du jour où l’art profane commence à l'emporter, on peut dire que la civilisation du Moyen âge commence à se désagréger et que sa fin est proche.
Par la sculpture, la peinture murale, le vitrail, l'Église toute-puissante vise à répandre son enseignement et à le faire pénétrer dans les masses incultes.
A l’époque romane cet enseignement manque d’ordre et
de cohésion. C’est seulement au XIII: siècle, sous l’influence de la scolastique, qu’il se présente, avec la rigueur d’un syllogisme, comme une démonstration des vérités de la foi. Fidèles interprètes des programmes tracés par les théologiens, les imagiers composent les portails des cathédrales comme un traité de dogmatique. Chaque figure, mise à sa vraie place et subordonnée à un plan d’ensemble, prend la valeur d’un argument. Les vérités essentielles, proposées à la méditation des fidèles, sont mises en évidence, non seulement par la place qu’elles occupent, mais par les dimensions et le relief, exactement proportionnés à leur importance, des figures qui les symbolisent.
C’est ainsi que le Christ, la Vierge, les Apôtres occupent presque toujours le trumeau et les ébrasements du portail central de la façade : ils sont représentés de grandeur nature en ronde-bosse, tandis que les Vertus et les Vices, les Arts libéraux, les Signes du Zodiaque et les Occupations des mois sont relégués dans les voussures de l’archivolte ou les soubassements et traités en bas-relief à petite échelle.
Cette préoccupation d’enseignement, qui prime les considérations d’esthétique, apparaît plus nettement que partout ailleurs dans le décor plastique de la plus classique de nos cathédrales du XIIIe siècle, la cathédrale d'Amiens, que Viollet-le-Duc appelait le Parthénon gothique.
Les trois portails de la façade sont un modèle de composition où s’exprime à merveille l’idéal d’ordre et de clarté (ordo et claritas) qui est celui de saint-Thomas
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. d'Aquin (1). La porte centrale est réservée au Christ enseignant et triomphant, au Beau Dieu qui foule sous ses pieds les emblèmes du démon : le lion et le dragon, l’aspic et le basilic. La porte de droite, dite Porte de la Mère-Dieu, est consacrée à la Vierge Marie, tandis que le portail latéral de gauche est dédié aux saints du diocèse et notamment au plus illustre d’entre eux : saint-Firmin, premier évêque d'Amiens, adossé au trumeau et faisant, comme le Christ, un geste de bénédiction.
Une division tripartite du même ordre a été adoptée au croisillon sud du transept de la cathédrale de Chartres. Le Christ du Jugement dernier occupe le portail central. A sa droite sont glorifiés les Martyrs et à sa gauche les Confesseurs.