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L'ART MÉDIÉVAL EST-IL TOUJOURS ESCLAVE DES TEXTES

L’art du Moyen âge nous apparaît ainsi comme un instrument entre les mains de l’Église, qui s’en sert pour son enseignement et sa propagande. Mais faut-il en conclure qu’il se borne à suivre les instructions des théologiens, à réaliser leurs programmes et que tout se ramène en définitive à des textes ?

Une réaction s’est produite de nos jours contre la tendance excessive de certains archéologues, issus de l’École des Chartes, ou de l’enseignement de la littérature, à ne voir dans toute œuvre d’art médiéval que l'illustration d’un passage de l’Écriture Sainte ou des gloses des théologiens.

Il faut observer tout d’abord que les imagiers du Moyen âge remontent très rarement aux sources et qu’ils s’inspirent la plupart du temps de documents de seconde main, compilés dans les Sommes ou les Miroirs théologiques.

Mais si certaines œuvres d’art sont la traduction littérale en langage plastique des textes de la littérature patris-

tique, de la Légende dorée ou des Mystères, il est juste de noter que la priorité appartient très souvent aux créations de la peinture et de la sculpture qui ont engendré les visions des Mystiques ainsi que la mise en scène du théâtre religieux. Nous avons des preuves multiples de cette fécondation de la pensée par l’art, qui n’est pas toujours, tant s’en faut, à la remorque de la littérature. Il ne s’agit pas, comme on l’a cru, d’une influence unilatérale, mais d'échanges réciproques.

D'autre part, le langage plastique est soumis à des lois qui lui sont propres. Même quand il veut traduire aussi fidèlement que possible un texte de l’Écriture Sainte, des Pères de l’Église ou des commentateurs et compilateurs du Moyen âge, le sculpteur ou le peintre verrier est contraint par sa technique de interpréter, de le simplifier. Les matériaux, auxquels il doit se plier, obligent l’artiste à transposer. Les exigences de la symétrie et de l’équilibre de la composition lentraînent fatalement à prendre certaines libertés avec les traditions les plus respectables ; par exemple, à remplacer les nombres impairs par des nombres pairs, soit en éliminant, soit en ajoutant ou en dédoublant des personnages. Ainsi s’introduisent des variantes iconographiques en contradiction avec les textes, qui ne peuvent s’expliquer que par les suggestions ou les impératifs plus ou moins catégoriques de la matière et de la forme.

Les exemples de ces « licences » iconographiques provoquées par les exigences de la symétrie abondent, surtout dans la décoration des chapiteaux. Quand les nombres sacrés

sont, comme il arrive souvent, des nombres impairs : 3, 5 Ou 7; les artistes ne se font aucun scrupule de les corriger. Les Vierges sages qui, dans la parabole évangélique, sont au nombre de 5, atteignent le chiffre de 6. Les Œuvres de Miséricorde passent, au jubé de la cathédrale de Strasbourg, de 7 à 8. Pour la même raison, les 7 Vertus cardinales et théologales, les 7 Arts libéraux sont réduits à 6 ou arrondis à 8 par Padjonction d’une Vertu ou d’un Art surnuméraire.

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