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NORMANDIE

Avant les dévastations de la guerre libératrice de 1944, la Normandie, épargnée jusqu’alors par les invasions, était probablement la province de France la plus riche en œuvres d’art du Moyen âge. Ses deux capitales : Rouen et Caen étaient des villesmusées. Il n’y avait guère de villages qui ne fussent avec leurs clochers d’une infinie diversité, leurs châteaux forts et les vieilles maisons à pans de bois, un enchantement pour les artistes et les archéologues. \

Le classicisme gothique du xui® siècle y a laissé des monuments d’une grande beauté. Mais les deux périodes de l’art médiéval qu’on peut le mieux étudier dans cette région sont assurément l'époque romane avec ses laborieux tâtonnements et la suprême efflorescence du gothique flamboyant. 3

Pour donner une juste idée de l’art normand, nous nous sommes efforcé de proportionner le nombre des planches à l’importance relative de ces trois phases.

2 1 — Art roman.

Nous écartons bien entendu les deux grandes abbayes de Caen : l'Abbaye aux Hommes dédiée à saint Etienne et l’Abbaye aux Dames consacrée à la Sainte Trinité : fondations de Guillaume le

Conquérant et de sa femme la reine Mathilde, qui avaient à se faire pardonner un mariage consanguin, interdit par l'Eglise.

Mais des monuments de moindre importance méritent non seulement notre attention, mais encore notre admiration.

Où trouverait-on des clochers plus harmonieusement proportionnés et plus divers que ceux de la Campagne normande? Les uns, comme celui de Thaon (Calvados), sont amortis par un toit en bâtière, les autres, comme ceux de Vaucelles ou de Fleury-sur-

Orne, dans les environs immédiats de Caen, sont couronnés de

pyramides en pierre, plus ou moins aiguës, pointant au-dessus de puissantes tours carrées décorées d’arcatures en plein cintre.

L'abbaye Saint-Georges de Boscherville, près de Rouen, n’a pas l'importance des magnifiques ruines de Jumièges et de Saint- Wandrille. Ce n’est pas une fondation royale : l’église, surmontée d’une tour-lanterne, fut construite en 1050 et 1066 aux frais de Raoul de Tancarville, chambellan de Guillaume le Conquérant.

Des bâtiments conventuels il reste une magnifique salle capitulaire, qui s’ouvrait primitivement sur le cloître par trois baies, dont les arcades en plein cintre reposent sur des faisceaux de colonnettes à chapiteaux historiés.

Les statues-colonnes des piédroits, mutilées pendant les guerres de religion, s’inspirent évidemment de la décoration du Portail Royal de Chartres ainsi que les chapiteaux historiés, très finement sculptés, dont plusieurs sont conservés à Rouen au Musée des Antiquités de la Seine-Inférieure. Ce précieux monument n’a donc rien de spécifiquement normand et appartient sans conteste aux ateliers chartraïins qui ont rayonné bien au delà des limites de l'Ile-de-France.

Les sculpteurs normands étaient plus habiles à traiter les feuillages que la figure humaine; ils se contentaient même la plupart du temps de motifs géométriques. Si l’on veut se rendre compte de leur infériorité par rapport aux Ecoles de Bourgogne et du Languedoc, il suffit de comparer aux tympans de Vézelay ou de Moissac la frise de l’église de Norrey (Calvados), qui règne dans le chœur au-dessus d’arcades aveugles trilobées. Elle représente le Massacre des Innocents. Les soldats d’Hérode arrachent les

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