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LE PRIMAT DE LARCHITECTURE

Si, au point de vue de son inspiration, l’art essentiellement religieux du Moyen âge est caractérisé par la tutelle de l'Église, il se distingue du point de vue technique par le primat de l’architecture qui persiste jusqu’au XVe siècle.

De tout temps, comme l’a souligné le premier Louis Bréhier, les grandes époques de l’histoire de l’art ont manifesté leur prédilection pour une certaine technique qui prime toutes les autres. Il est évident, par exemple, que la sculpture a été pour les Grecs l’art par excellence : le maïître-d’œuvre du Parthénon ne fut-il pas le statuaire Phidias ?

À l’époque des invasions barbares, l’orfèvrerie cloisonnée, facile à transporter dans les migrations de peuples nomades, prend la première place.

À partir du XV® siècle, c’est la peinture qui passe au premier rang : peinture murale en Italie, peinture sur panneau dans les Pays-Bas.

Au contraire, pendant la majeure partie du Moyen âge, du XIe au XIVe siècle, c’est incontestablement l’architecture qui est à l’avant-garde et entraîne à sa suite tous les autres arts. Ce qui le prouve, c’est que le maître-d’œuvre d’une cathédrale est toujours un architecte : c’est lui qui assigne aux imagiers, aux peintres, aux verriers la place qu’ils doivent occuper et qui tient, pour ainsi dire, dans ce concert de voix et d’instruments, le bâton de chef d’orchestre.

Même les arts mineurs comme l’orfèvrerie prennent l'architecture comme modèle : une châsse est presque toujours une cathédrale en réduction avec son pignon, ses bascôtés, son toit à deux versants couronné par une crête ajourée.

Des progrès de l’architecture qui devient de plus en plus aérienne et qui, grâce aux facilités offertes par les voûtes à pénétrations d’arêtes ou d’ogives, dont les poussées sont contrebutées par des contreforts et des arcs-boutants, peut réduire de plus en plus son ossature en remplaçant les pleins par des vides, dépend le destin de la peinture monumentale : la condamnation de la fresque, qui disparaît faute de surfaces à couvrir, et l'épanouissement de l’art du vitrail, qui substitue à la maçonnerie opaque des panneaux de verre translucide, irisés de toutes les couleurs de larc-en-ciel.

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