‹ Vieilles maisons, vieux papiersChapitre 10 sur 52 · Mémoires de Barère · texte numérisé non relu

Mémoires de Barère

intercéda auprès de la Commune en faveur de son hôte déjà incarcéré, et réussit à le sauver de l'échafaud.

Savalette de Langes servit, du reste, avec ardeur la Révolution ; ilfutun des officiers les plus influents de la garde nationale et compta au nombre des cinq commissaires du Trésor public nommés par la Convention. Ce personnage, dont l'histoire, en somme, est assez louche, mourut en 1798'.

Or, au commencement de la Restauration, vivait à Paris une femme qui se prétendait la fille naturelle de cet ancien banquier de la cour. Elle s'était donné les noms d'Henriette-Jenny Savalette de Langes et faisait valoir bien haut le désintéressement dont son père avait fait preuve en vidant ses coffres au profit du comte d'Artois : ce beau trait, disait-elle, l'avait ruiné, et il était mort banqueroutier par fidélité à ses princes ; ce qui n'était pas vrai. Mais la Restauration n'y regardait pas de si près : Jenny Savalette, qui ignorait le lieu de sa naissance et le nom de sa mère, obtint, outre deux pensions-, la gérance du bureau de poste de Villejuif, et, plus tard, la concession d'un appartement au château de Versailles.

1. Le duc de Gaëte, dans ses Mémoires, cite à plusieurs reprises le nom de Savalette de Langes, qui fut son collègue au Comité de la Trésorerie.

2. Liste rjénérale des pensionnaires de l'ancienne liste civile. Paris, 1833 : « Savalette Delanges (Henriette Jenny), demoiselle. Fille de l'ancien payeur général du trésor royal Montant de la pension, SUO francs. »

Cette boniio royaliste était fort pieuse : avant d'être logée aux frais du roi, elle avait séjourné en qualité de dame pensionnaire, à l'Abbaye-aux-Bois, puis chez les religieuses de Saint-Tliomas-de- Villeneuve; on l'hébergea aussi, pendant quelques mois, au couvent de Saint-^Iaur et chez les Ursulines de Saint-Germain-en-Laye. Reçue dans la très haute société royaliste de Paris, elle y passait pour une femme d'une solide vertu et d'une grande intelligence; ses amis ne lui reprochaient qu'un défaut : une sorte de manie ambulatoire la poussait à déménager continuellement; j'ai la liste de ses domiciles depuis 1814 jusqu'à 1858; elle occuperait, si on l'imprimait, trois pages d'un inoctavo. Jenny passe du Marais au quartier Saint- Sulpice, du quartier Saint-Sulpice au faubourg Saint-Germain, pour revenir ensuite au Marais, d'oii elle émigré au faubourg Saint-Denis, changeant de logement presque à chaque trimestre et occupant successivement quatre ou cinq maisons diilerentes dans la môme rue. De 1824 à 1832, la faveur royale la fixe à Versailles^; mais, dès que les travaux entrepris par Louis-Philippe pour la transformation du château la privent de son appartement, elle recommence à courir Paris.

En somme, elle ne paraissait pas heureuse : on lui avait proposé de brillants partis ; deux projets

1. Soa appartement au Château était situé « Cour de Marbre, escalier n° 13: au deuxième, porte n" Go. »

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de mariage avaient même été sur le point d'aboutir, mais s'étaient rompus au dernier raomeni ; elle était donc restée fille; on la savait pauvre et on l'accablait de cadeaux; ce qu'elle acceptait le plus volontiers, c'étaient des objets de toilette et dos robes qu'elle arrangeait à sa taille i. Elle écrivait beaucoup, d'une grande écriture molle et presque illisible, ce dont tous ses correspondants se plaignaient ; elle s'ingéniait à rendre service, plaçait des bonnes, procurait môme de l'argent aux personnes dans l'embarras ; tout cela avec une abut'gation, un dévouement dont on lui témoignait beaucoup de reconnaissance : une dame d'un grand nom ne lui écrivit jamais que : Mon cher ange. Toute sa conduite était d'une respectabilité parfaite ; elle n'était pas sans crédit, d'ailleurs, et, bien que très légitimiste, — ce dont elle se targuait fort, — elle avait trouvé le moyen d'intéresser à son sort la reine Amélie ; plus tard, elle semble avoir eu des relations d'amitié avec le prince Louis, qui devait être l'empereur Napoléon III,

Peu à peu, cependant, ses belles relations s'éteignirent; quoique la date de sa naissance fût toujours restée pour elle un mystère, elle se sentait très

1. «A mademoiselle Savalette : Cette robe est faite depuis plusieurs années ; cependant elle est vierge. En y ajoutant une allonge, la mieux assortie que possible, et en reposant la garnituresur la couture, je pense qu'elle se trouvera de la mesure de M"''Savalette,quiavisera, déplus, les manches qu'il lui convicndiM d'y mettre. Je ne veux pas qu'elle me connaisse et encore moins qu'elle me devine (Paviers de Savalelle),

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âgée et s'était retirée à Versailles oii elle passait son temps à déménager : en avril 1858, elle s'installait rue du Marché-Neuf, n" 11; quelques jours plus tard, le 4 mai, elle s'alita, sans que son état parût présenter la moindre gravité : deux voisines charitables lui donnaient des soins, car elle vivait toujours sans domestique ; le matin du 6 mai, en entrant chez elle, ces femmes la trouvèrent inanimée au pied de son lit, accroupie, roulée dans une longue chemise de nuit qui la couvrait entièrement, la figure encadrée par le bonnet qu'elle portait ordinairement chez elle. M''^ Savalette de Langes était morte : on replaça le corps sur le lit; le médecin des morts fut appelé et, après avoir constaté le décès, il donna le permis d'inhumer.

Tandis que le juge de paix posait les scellés sur les meubles, la dame Dompmartin et la demoiselle Bohy procédaient aux préparatifs de l'ensevelissement. Tout à coup elles poussèrent un cri : elles venaient de constater que la défunte était un homme.

Le juge de paix, pris à témoin, interrompit ses opérations ; on courut à l'état civil oii l'acte avait di'jà été rédigé; les médecins furent rappelés; le procureur impérial intervint et, malgré l'invraisemblance de la chose, il fallut bien se rendre à l'évidence ; on inscrivit sur les registres de la Mairie à la suite du premier acte annulé, celui du

décès (l'un inconnu cujant porté les noms (THenriette-Jenny Savalette de Langes^.

La maison où s'est passée cette étonnante aventure est située sur une petite place, plantée d'arbres^ au quartier Saint-Louis. Un corridor donne accès à la cour étroite, encadrée de trois corps de bâtiments et d'un mur à droite, au-dessus duquel passent les cimes d'arbres d'un jardin voisin. Les croisées du logement qu'habita Savalette sont au premier étage, au fond de la cour, en face de Tallée ; ce logement se compose d'une chambre à coucher à deux fenêtres, d'une salle à manger plus petite et d'une cuisine sans jour, près de Ventrée ; le loyer était, en 1858, de quinze francs par mois.

Dans ces deux chambres qu'il n'habita pourtant que quelques jours, Savalette avait entassé un mobilier « crevassé, pourri, tremblant, rongé, manchot borgne, invalide, expirant », comme celui de la maison Vauquer. extraordinaire assemblage de choses échappant à toute description: fauteuils Empire perdant leur crin par l'usure du velours d'Utrecht, bergères Louis XVI couvertes de lam-

1. Extrait du registre des actes de décès de la ville de Versailles pour l'aimée 18.j8 :

« Du jeudi 6 mai, heure de midi, acte de décès d'un inconnu ayant porté les noms de Henriette-Jennj- Savalette Delange, célibataire, sans profession, 7iée h (on n'a pu indiquer le lieu de naissance) en l'année 1786, décédé ce jourd'hui, deux heures du matin, en sa demeure, à Versailles, rue du Marché-Xeuf, n" 11. Témoins : Antoine-Octave Ramin, greffier de la justice de paix (canton sud de cette ville .— Louis Jnuquet, marchand de nouveautés, rue Royale, 2:). v

beaux de soie bleue, un canapé sans dossier, deux belles pendules de style... Un couvre-pied, accroché à la fenêtre, remplissait l'office de rideau ; des robes de soie traînaient sur les meubles, parmi des futailles défoncées, du linge sale et des assiettes cassées. Quand le juge de paix pénétra dans ce taudis pour apposer les scellés, il inventoria pêlemêle, dans un placard, une robe de mousselinejaunàtre, un traversin, du sucre, des cadres, un masque de plâtre, des caleçons déchirés, des amas de vieilles franges, un lot de rubans, une cave à liqueurs en morceaux, des casseroles, des pincettes, une robe de soie vert d'eau, un exemplaire de VEspi^it de Bourdaloue, un bouquet de fleurs dans un cadre do bois et une seringue en étain. Chacun des meubles ouverts réservait des surprises : un secrétaire d'acajou à filets de cuivre contenait, parmi des lambeaux d'étoffes, le couvrcrpied de Louis XIV, superbe pièce de guipure de soie, et 21.000 francs en billets de banque. D'une vieille malle sortirent des robes de moire violette et 8.940 francs en pièces d'or. Et se poursuit l'inventaire des chiffons, des ombrelles brisées, des fers à repasser, des jupes de soie puce, de soie grise, de soie bleue, de soie blanche, de soie brochée... Voici un coffret : on l'ouvre ; ce sont des bordereaux d'achat de bourse, des titres de pension sur la liste civile, une inscription de rente de 3.000 francs, une autre de 1.500 francs, une autre de 500 francs, d'autres encore: au total,

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5.350 francs de rentes sur l'Etat ; puis reparaissent les bouteilles vides, les planches à champignons, les chemises de femme, les devants de*cheminée, les chapeaux, les bonnets, les tables cassées, les tabourets sans pieds, des plats ébréchés, des morceaux de fer blanc, des pelisses de soie ouatée'... Une chose surprend : l'inventaire ne mentionne pas de rasoirs.

Tel était le décor; mais s'imagine-t-on ce que pouvait être l'existence de l'homme qui vivait là, seul, dans cet intérieur de revendeuse à la toilette, parmi cet amoncellement d'objets hétéroclites. Pendant le jour, sa vie s'explique; bien que les soins de son ménage l'occupassent peu, il était cependant obligé de pourvoir à ses besoins : il sortait pour faire ses achats ; bon nombre d'habitants de Versailles se souviennent de cette grande femme sèche ■au visage dur, encadré d'un sinistre bonnet noir dont les ruches lui couvraient le front et les joues. Elle allait parles rues, suivie parfois d'une troupe de gamins gouailleurs, levant les yeux vers les «■critaux d'appartements à louer, entrant au bureau de tabac, chez le boulanger, à la charcuterie, toujours taciturne, l'air soupçonneux et inquiet. Mais le soir, quand, dans sa chambre, son repas pris, son litre bu, — on trou ^^a à sa cave le reste d'une

1. Inventaire après décès dnii inconnu dit demoiselle Savalette de Lange, 24 juillet 1838.

Etude de M' Finot, notaire à Versailles, place Hoche, n" 2.

provision de vin et des bouteilles vides — lesheures oisives du crépuscule commençaient, à quoi pouvait songer cet homme qui, depuis longtemps, n'écrivait plus, ne recevait plus de lettres, ne lisait plusde journaux? Quel remords absorbait ses pensées, quelle angoisse, quels souvenirs le tenaient en éveil? On se le représente, immobile, assis sur un de ses fauteuils boiteux, les yeux fixés dans l'ombre grandissante, guettant les bruits de la rue, en proie à l'épouvante d'un cauchemar semblable à celui que Victor Hugo prête à Jean Valjean. Quelle mystérieuse tempête grondait sous ce crâne? Dans la solitude, la porte fermée de son passé se rouvrait ; il revivait son existence volée ; il devait être hanté par le spectre de l'étranger, de Vautre^ de celui qu'il aurait été, s'il n'avait pas scellé sur sa personnalité véritable la pierre qui ne devait plus être levée.

Le 8 mai, son corps fut porté au cimetière,, après avoir passé par l'église Saint-Louis. L'Etat, qui héritait de lui, déboursa 2 fr. 50 pour les frais d'inhumation. Deux mois plus tard, une afliclie était placardée sur la maison, mettant les badauds en joie : elle annonçait la Vente après le décès de l'homme qui, en son vivant, a été connu sous lesnoms de M"" Henriette-Jenny Savalette de Langes,. et les lecteurs s'égayaient des indications ajoutées parle commissaire-priseur : nombreux effets degardr robe de femme, dont 30 robes, la plupart en soie....

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Le fameux couvre-pied royal fut recueilli par lEtat : il figure aujourd'hui sur lelitde Louis XIV. Le procureur impérial, le commissaire de police, le juge de paix, les notaires, s'ingénièrent à découvrir, dans le fatras de lettres dont les meubles tîtaient bourrés, un indice qui pût servir àéclaircir le mystère de celte existence surprenante ; chacun des papiers fut soigneusement coté et lu; on n'apprit rien, et l'énigme resta sans solution.

Un vieux proverbe assure qu'il y a un dieu pour les ivrognes ; les chercheurs sont, bien évidemment eux aussi, les protégés d'une providence spéciale. J'étais un jour parti pour Versailles, non dans le but de surprendre, après quarante ans, le secret de Savalette, mais pour récolter, tout au moins, à la maison qu'il habita et dans le quartier environnant, quelque tradition, quelque témoignage, moins suspects que ceux publiés à l'époque de sa mort par les journaux de Seine-et-Oise.

On doit, pour une enquête de ce genre, s'armer de patience et de philosophie : il faut braver le dédaigneux Nous n'avons pas ça des clercs d'étude et des commis-greffiers, affronter les regards des solennels notaires qui vous prennent pour un rabatteur de successions en déshérence et ne pas trop balbutier quand le moment vient d'exposer, à un fonctionnaire qu'on dérange visiblement, le motif a ni vous amène : — « jNIonsieur, je cherclie

quelques renseignements concernant une femme... qui était un liomme et au sujet de laquelle je ne possède que des renseignements très vagues... » C'est là l'instant de la crise : l'instant des coups d'oeil soupçonneux, des questions auxquelles on n'est pas préparé, telles que celle-ci : Dans quel but ? ou encore : Êtes-vous de la famille ? Affirm.er que la curiosité seule vous pousse à une telle démarche, c'est éveiller la méfiance et se fermer Faccès dos dossiers. Mais quoi ! C'est le danger qui plaît aux convaincus; personne ne consentirait à être dompteur, si les fauves navaient ni dents ni griffes.

Donc, première enquête à l'état civil oii on me délivre l'acte de décès de Ylnconnu : c'était ma base d'opération. On me vit ensuite à la chambre des notaires, au bureau des domaines, à la justice de paix, chez le greffier du canton nord, qui me renvoie au greffier du canton sud. Chez ce dernier^ je découvre l'acte d'apposition des scellés au domicile de Savalette, un procès-verbal des constatations qui suivirent sa mort et l'inventaire de ces deniers comptants et de ses inscriptions de rente. J'y trouvais mieux encore : des noms et des adresses de témoins, de notaires, de commissaires-priseurs, de gardiens, de scellés, de voisins même, interrogés, par le procureur impérial, toutes gens aujourd'hui disparus, sans doute, mais dont les parents ouïes successeurs pouvaient encore fournir quelques ren-

seignements. Et j'allai, de porte en porte, le cœur battant, sonnant timidement avec le secret espoir de ne trouver personne, répétant à chaque accueil, de l'air bon enfant d'un homme qui raille sa propre manie, la terrible entrée en matière : — «C'est au sujet d'une femme... qui était un homme. » J'abrège, car cet exposé n'a d'intérêt qu'autant qu'il se lie à l'histoire des documents cherchés et qu'il en établit l'authenticité.

Après de longues heures d'investigation, j'arrivai eniin chez un avocat distingué du barreau de Versailles, M" Moussoir. C'est là qu'était le trésor: tous les papiers trouvés chez Savalette, ses comptes, ses bordereaux d'achats de rente, les lettres à elle adressées, des brouillons de sa main, les billets doux de ses amoureux ! l'inventaire détaillé de son étrange mobilier, ses suppliques au roi, ses titres de pensions... La vie de Savalette se trouve là, dans ces pièces d'une incontestable véracité et d'un pittoresque tel qu'on se demande, en les parcourant, si l'on n'est pas le jouet d'une hallucination.

Comment ! 11 s'est rencontré, au xix" siècle, en dépit des policiers, des tribunaux, des agents de toute sorte rétribués pour assurer le fonctionnement normal et régulier de l'ordre établi, un homme qui a pu, se faisant passer pour une femme, prendre le nom d'une famille qui n'était pas éteinte; obtenir en cette qualité un certificat de notoriété, signé de

sept témoins des plus honorables' et homologué par la cour de Paris ; annoncer les bans de son mariage avec un officier de l'armée ; obtenir trois pensions sur la liste civile de tous les Gouvernements', un logement confortable au palais de Versailles et, jouant la misère, amasser une fortune mobilière qu'on peut évaluera 200.000 francs. Le Vautrin de Balzac est bien petit garçon comparé à l'aventurier que fut Savalette de Langes. Notez que celle-ci ou

1. « A MM. les présidents et juges composant le Tribunal civil de première instance de la Seine : 1)"° Jenny-Savalette de Langes, demeurant à Paris, rue de Sèvres, maison des dames hospitalières de Saint-Thomas de Villeneuve, a l'honneur de vous exposer, qu'elle est née hors mariage, en l'année 1786, de M. Charlc-^- Pierre-Paul Savalette de Langes, qu'elle a perdu son père lorsqu'elle était en très bas âge et que ses recherches, depuis, n'ont pu la mettre à même de découvrir la demeure de sa mère. T':ile sollicite l'homologation d'un acte de notoriété, qui tiendra lieu d'acte de naissance.

« Le tribunal accorde l'homologation, sauf à considérer comme non avenue la désignation qui a été faite du père, attendu qu'il s'agit d'un enfant naturel qui ne parait pas avoir été reconnu par son père et que, conséquemment, l'indication de ce dernier ne devait pas être faite. »

Les témoins qui signèrent l'attestation de notoriété étaient: 1° M™" Jeanne-Marguerite Derly, épouse de M. Irénée-Charles ï)elaby,rentière, rue Grenier-Saint-Lazare, n° 7 : — 2° M. Denis-Elie Lefrotter Delezeverne, employé à la comptabilité de Saint-Lazare, faubourg Saint-Denis, n" 117; — 3° M. Pierre Corbin de Saint- Marc, propriétaire, rue du Pot-de-Fer, n° 6 ; — 4° M"" Marguerite- Julie de Saint-Aide, épouse du sieur Corbin de Saint-Marc, susnommé ; — 5° M"" Louise-Emilie Picot Dnmpierre, épouse de M. Guillaume Gervais, marquis de Vernon, écuyer, commandant les écuries du roi, demeurant à Paris, place du Carrousel ; — 6° M. Guillaume Gervais, marquis de Vernon ; — 7° M. Irénée Gharles-Hippolyte Delaby, rentier, rue Grenier-Saint-Lazare, n"> 7.

1. 1° La recette des postes de Villejuif, estimée 1.200 francs ; — 2« une rente viagère de SOO francs, accordée à M"" Savalette de Langes pour récompenser ses services, sur les fonds particuliers du Roi, à la date du 27 septembre 1823; — 3° une pension de 500 francs accordée par le Roi, à la date du 5 mai 1829, à M"° Savalette de Langes, pour récompenser les services de M. Savalette, avec rappel de jouissance à partir du l" janvier 1819.

celui-ci, comme on veut, ne s'adresse pas à de pauvres diables, faciles à duper: cette ùon/)e demoiselle de Langes compte des amitiés illustres : ses correspondants habituels sont le duc de Luynes, M"^ de Polignac, la maréchale Macdonald, la duchesse de la Rochefoucauld — qui l'inscrit même sur sou testament. Et n'allez pas croire qu'elle s'attirât la protection de ces hauts personnages à force de supplications et de quémanderies; non pas, elle a le verbe haut et le ton insolent : dans chacune des lettres qu'elle reçoit, on s'excuse d'avoir pu, sans le vouloir, froisser sa susceptibilité, quoiqu'elle fût, elle-même, pleine d'aigreur et ne pardonnât pas le moindre manque d'égards.

Il y a des détails charmants : la fausse Savalette était riche ; mais on la croyait pauvre, et il fallait bien qu'il en fût ainsi ; jamais elle n'osa se faire habiller chez une couturière, ni risquer l'indiscret essayage d'une robe ; elle n'était donc vêtue que de la défroque de ses amies : d'où le grand nombre de jupes de soie, découvertes dans son taudis. Quant à l'histoire de son mariage, — de ses deux mariages, 4loit-on dire, car elle fut aimée successivement par un fonctionnaire de l'Assistance publique et par un ■chef de bataillon d'infanterie nommé de Lacipière',

1. Rien n'est plus extraordinaire que la liaison de Savalette •avec Lacipière ; on peut en suivre toutes les phases au moven des lettres de celui-ci, retrouvées parmi les papiers de Savalefte. Les premières sont de 1823 et, tout d'abord, simplement affectueuses : les^ relations débutent par un prêt de 800 francs que Savalette l'ait « l'officier, — qu'elle lui impose, pour mieux dire. Cette somme va

— elle est aU'olante et tragique, car i'oiTicier me paraît s'être tué de désespoir, après seize années de fiançailles, de ruptures, de raccommodements et de

devenir le pivot de tmite l'intrigue, intrigue incompréhensible et dont on ne perçoit pas le but. L'officier a d'autres dettes ; Savalettelui propose de devenir sa seule créancière et lui otfre de tout payer s'il consent à l'épouser. Lacipière veut bien qu'on paie, mais avant le mariage, d'où discussions, reproches, brouilles, etc. Voici quelques extraits des lettres de Lacipière à Savalette.

« Une entrevue avec vous m'a appris un secret qui a navré mon âme;... mais je persiste dans ma détermination et vous épouserai dès que j'aurai reçu une lettre de ma mère : cette lettre se fera un peu attendre, car mon frère aîné, qui est le chef de la famille, doit être consulté, et il n'est pas en ce moment à Sarlat. La promesse que vous m'avez faite de m'aider à payer mes créanciers dans les premiers jours de cette semaine vous a définitivement gagné mon cœur. Je vous- écris de mon lit où je suis retenu, moitié par paresse, moitié par une indisposition dont la cause nous est commune à tous deux. » (?)

« 6 décembre 1831; « Eh quoil après avoir annoncé à une partie de mes créanciers qu'ils seraient payés dans le courant de la semaine, revenant sur vos promesses, vous m'annoncez que vous ne pouvez plus faire de nouvelles avances!... Quelque dure, inattendue et douloureuse qu'ait été la confidence que vous m'avez faite sur votre naissance, je n'en ai pas moins persisté dans le projet de vous épouser. »

« 16 décembre 18.31 : « Le temps n'a pu rien sur le sentiment • que j'ai pour vous et que vous m'avez inspiré depuis plusieurs années. »

2 février 1832 : « Permettez-moi de vous dire qu'il est de toute impossibilité de continuer mes relations avec vous, car elles me deviennent de jour en jour insupportables : non seulement vous vous plaisez à in'accabier de reproches, de menaces et d'injures, mais vous faites tous vos eiforls pour m'avilir. Malgré toui... je suis prêt à faire tout ce que vous exigerez de moi; de a'ous seule dépend notre union, car ma mère, qui connaît tout, ne s'y oppose pas, si vous voulez me donner sur-le-champ de quoi payer mescréanciers du régiment. »,

Jusqu'en 18.39, la correspondance continue, avec des alternatives de déclarati(ms damour, de ruptures, de réclamations d'argent. Dès ipie Lacipière cherche à lui échapper, Savalette qui le sait aux abois, lui otfre de l'argent qu'il accepte ; dès que. touché de ce bon procédé, il parle éc l'épouser pour s'acquitter

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