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supplications ! Dès qu'il fut mort, Savalette, « qui se considérait comme sa veuve », disait-elle, réclama à ses proches, en termes menaçants, l'argent qu'elle lui avait prêté.
Il est impossible de mettre un nom vrai sur cette étrange figure; mais, ce qu'on peut affirmer, c'est que, en dépit des affections qu'elle inspirait à tant de gens, cette bonne M^^" de Langes n'avait ni tendresse, ni vergogne, ni cœur, ni respect humain d'aucune sorte.
Qui était-ce?
Je dois dire que, sur l'acte d'apposition de scellés au domicile de l'inconnu, est tracé, au crayon rouge, ce nom : Louis XVIL
Le bruit de l'identité de Savalette avec le prisonnier du Temple fut colporté dans Versailles, en 1858. L'hypothèse était séduisante pour les esprits superficiels : ce personnage mystérieux, d'un âge qui se rapprochait sensiblement de celui du Dauphin, dote par la Restauration, logé au château, en relation avec les familiers des Tuileries, n'était-il pas le fils de Louis XVI? — La question ne supporte pas l'exa-
envers elle, elle lui réclame les fonds prêtés et menace de s'adresser au colonel; et c'est ainsi que, pendant seize ans, Savalette s'est acharnée contre ce malheureux dont la dernière lettre est ainsi conçue :
Août 1839 : « Je suis résigné à toutes vos persécutions, car vous me paraissez implacable! Je pleure tous les jours des larmes de sang de vous avoir connue. Ah! maudit soit le jour où je vous ai connue ! »
men : on se représente mal le roi légitime de France, cédant sa couronne pour une pension de 800 francs et s'astreignant, sans aucune utilité, à demeurer, habillé en femme, sans jamais un mot de récrimination, de regret, sans une allusion à son passé, dans ce palais où il aurait vécu •enfant. ^
Le mystère est certainement tout autre : rien dans l'énorme fatras des papiers de Savalette ne fournit la lumière sur sa personnalité ; il en ressort cependant quelques vagues indices: c'était, à n'en pas douter, un personnage inquiet, méfiant, hanté de la l'rainte d'être démasqué, employant toutes les heures de sa vie à se créer une sorte d'alibi social, comme Jean Valjean ou comme Vautrin. Cet homme a commis un crime, il se cache : telle est l'impression qui s'impose à l'esprit, sans le satisfaire toutefois, car il n'est plus permis de supposer, comme on l'a fait, (juaprès avoir tué, pour s'emparer de ses papiers, une fille de l'ancien garde du trésor royal, l'assassin s'était vu dans l'obligation de « changer de sexe » pour ne pas perdre le bénélice de son crime. Cette supposition croule à cette simple constatation : Savalette ne possédait aucun papier de famille, et ce n'est qu'à force de ruses, de mensonges, de faux, dont on peut suivre toute la genèse, que son état civil fut, enfin, à peu près régulièrement constitue.
D'ailleurs on trouve, dès l'an Xll, un billet doux
que lui adressait un amoureux' ; il était donc déjà femme à cette époque, et il n'aurait eu, s'il fallait en croire l'acte de notoriété, que dix-huit ans, ce qui supposerait un assassin bien précoce, quoiqueterriblement précautionneux.
Et puis il faut compter avec ce fameux certificat de notoriété, signé de sept témoins, et non des