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LES DERNIERS JOURS

D'ANDRÉ GHÉNIER

Le vendredi 21 mars 1721, Paris tout entier était dans les rues.

Chaque fois qu'il y a quelque part des uniformes ù voir, des toilettes à regarder, le Parisien y court; ■et, ce jour-là, le spectacle en valait la peine : €eleby-Méhémett-Effendi, ambassadeur du Grand Seigneur rEmpereur des Turcs, se rendait solennellement aux Tuileries pour y saluer le jeune roi Louis XV.

Logé à l'hôtel des Ambassadeurs extraordinaires, rue de Tournon, Méhémett-Effendi en partit, le matin, vers neuf heures, pour se rendre au Château. On le fit passer par les belles rues, la rue Dauphine, le Pont-Neuf, la rue de la Monnaie, la rue Saint-Honoré : une quadruple rangée de curieux, massée le long des maisons sur tout le parcours, attendait depuis l'aurore ; toute les têtes étaient tournées vers le point oîi devait apparaître le cortège; le bruissement de la foule, continu, heurté, qui enfle, gonfle, puis diminue pour croître encore, emplissait cette grande artère de la ville...

Et tout à coup un frémissement profond, un vaste remous s'opère : les voilà !

Des mousquetaires passent, le grand manteau couvrant la croupe des chevaux ; puis, des seigneurs de la Cour, dédaigneux sous leur perruque frisée ; voici les gardes du roi, étincelants sous le soleil pâle qui fait jaillir mille éclairs des sabres, des boutons, des galons d'or, des armes ; viennent ensuite 50 officiers turcs, montés sur des chevaux que tiennent en main des palefreniers des écuries du sultan; seul s'avance, maintenant, le fils de l'ambassadeur, portant à mains tendues, comme un ostensoir, la lettre du Grand Seigneur, sur un plat couvert d'un voile brodé ; enfin, au milieu des trompettes et des timballiers, paraît Méhémelt-Effendi, entouré de huit notables à barbe. Le brouhaha des serviteurs, des soldats, des. piqueurs, de la cavalerie termine le cortège.

Aux Tuileries, la garde française et la garde suisse forment la haie depuis le pont tournant jusqu'au grand escalier. Les Turcs mettent pied à terre au bas du perron ; attendent là les gardes de la Manche, les gentilshommes de la Chambre, les introducteurs des ambassadeurs; on traverse les antichambres, les hauts salons de glace et de marbre. Les portes de la galerie s'ouvrent... Quel éblonissement! Au fond, sous un dais de satin d'or, figurant un grand soleil rayonnant, sur une estrade de huit marches, derrière un balustre doré, le roi,

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