‹ Vieilles maisons, vieux papiersChapitre 21 sur 52 · LE MARIAGE DE JOSÉPHTAE · texte numérisé non relu

LE MARIAGE DE JOSÉPHTAE

sur-le-champ. Si le texte de cette pièce est fidèlement reproduit dans la réimpression des Mémoires de Boiirrienne, on n'en peut concevoir de plus fantaisiste. Napoléon produit un état-civil qui le vieillit de dix-huit mois et l'indique comme étant né à Paris, le 5 février 1708 ! Joséphine, au contraire, s'est procuré un acte de naissance, — et non pas seulement, comme on l'a dit, un certificat de notoriété, — qui la rajeunit de quatre ans. Mais tout, dans ce mariage, semble bâclé à la hâte, et les conjoints, non plus que les témoins ou les officiers publics, ne paraissent avoir pris la chose au sérieux. Chacun, d'ailleurs, avait de bonnes raisons pour pallier l'indiscrétion des pièces officielles : Joséphine se rajeunissait par coquetterie; Banaparte se vieillissait par galanterie; mais comme, en reculant de dix-huit mois la date de sa naissance, il se faisait naître sujet génois, le né à Paris tranchait la difficulté. Seul Lemarois était sans excuse; il n'était pas majeur et usurpait ainsi la qualité de témoin... Mais lequel d'entre eux eût pu supposer que les chroniqueurs de l'avenir épilogueraient sur ces minuties? Le papier portant tous ces noms inconnus n'était-il pas destiné à dormir à tout jamais oublié dans la poussière de l'état-civil?

On peut supposer, du reste, qu'aucun des assistants n'écouta la lecture de cette pièce étrange : en quelques minutes les textes furent lus, les o^a' prononcés, les papiers signes, militairement. Les nouveaux époux

descendirent Fescalier, suivis de leurs témoins; on échange, des poignées de mains, sous le porche, avant de se quitter, et Barras monte dans son carrosse, qui le reconduit au Luxembourg; Tallien regagne Chaillot oii il demeure; Lemarois s'éloigne, avec Camelet, dans la direction de l'hôtel de la division militaire, rue des Capucines.

Joséphine, elle aussi, a sa voiture : depuis dix mois déjà, en femme experte à pêcher dans l'eau trouble des révolutions, elle a obtenu du Comité de Salut public la concession de deux chevaux noirs et d'une calèche provenant des remises du ci-devant roi; c'est à l'amitié de Barras, sans doute, qu'elle dut cette invraisemblable libéralité, — presque une récompense nationale, — présentée comme une compensation de la perte des chevaux et de la voiture laissés jadis par Beau harnais à l'armée du Rhin et dont les représentants avaient disposé.

C'est en cet équipage que Bonaparte fit son entrée dans le domaine de sa femme, rue Chantereine.

L'hôtel fameux qui abrita ses amours était, comme chacun sait, la propriété de Julie Carreau, femme de ïalma. Joséphine l'avait loué depuis six mois et s'y était installée sommairement, faute d'argen!,. C'était, à l'extrémité d'un long passage formant avenue, un petit pavillon à quatre faces, avec pans coupés aux angles; quelques marches accotées de deux lions de pierre, conduisaient à un perron demi-circulaire donnant accès à une salle à manger

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