LE MARIAGE DE JOSÉPHINE
ovale; à droite, était un boudoir pavé de mosaïque ; à gauche, un cabinet de travail exigu; au fond, un salon qui, par deux portes-fenêtres, ouvrait sur le jardin.
Un étroit escalier tournant conduisait à Tétuge en attique. bas de plafond, composé d'un salon et de deux pièces : l'une ovale, au-dessus de la salle à manger, était, du parquet au plafond, tapissée de glaces encadrées de colonne ttes surmontées d'arceaux. C'était la chambre à coucher; l 'alcôve était décorée de peintures figurant des oiseaux,
En pénétrant dans cette chambre de glaces oii l'élégance de certains détails dissimulait mal l'indigence de rameublement, le pauvre officier, qui n'était pas habitué à de telles splendeurs, eut pourtant une déception : il trouva Fortuné^ le caniche bien-aimé de la créole, confortablement installé sous l'édredon, et il n'osa l'en expulser.
— Vous voyez bien ce monsieur-là, disait-il, plus tard, à l'un des familiers de l'hôtel Chantereine, il était en possession du lit de Madame quand je l'épousai. Je voulus l'en faire sortir, précaution inutile ; on me déclara qu'il fallait coucher ailleurs ou consentir au partage. Cela me contrariait assez ; mais c'était à prendre ou à laisser, et le favori fut moins accommodant que moi...
Et, de fait, dans sa rage de voir un intrus usurper sa place habituelle, le chien mordit à la jambe « l'heureux époux ;>, qui garda longtemps, de cette
blessure, la cicatrice et le souvenir, car il écrivait d'Italie : « Million de baisers, et même à Fo?'tiin(\ en dépit de sa méchanceté. »
Quand Napoléon se sentira de force à dicter chey. lui ses volontés, sa rancune sera vivace encore, et il encouragera son cuisinier à « avoir un dogue de très forte taille », dans l'espoir que le grand chien dévorera le petit.
Le lendemain de son mariage, Joséphine voulut présenter à ses enfants son nouveau mari. Depuis six mois, Hortcnse et Eugène de Beauharnais avaient été placés en pension à Saint-Germain; celui-ci, dans rinstitution déjeunes gens dirigée par l'Irlandais Patrice Mac Dermott; la jeune fille dans la maison d'éducation que M"^ Campan avait installée dans un ancien hôtel de Rohan, vaste demeure, agrémentée d'un beau jardin et située rue de Poissy, à l'extrémité de la ville, presque dans la forêt.
Eugène connaissait déjà le général : il était allé ■solliciter de lui, après Vendémiaire, la remise des armes de Beauharnais, séquestrées en vertu d'un décret de la Convention; Bonaparte n'était pas non plus un inconnu pour Hortense, qui s'était trouvée sa voisine de table, h un diner chez Barras, oii sa mère l'avait conduite; l'impression de la jeune iille n'avait pas été favorable. D'après les notes laissées par une de ses compagnes de pension, M""* Pannelier, dont M'" G. d'Arjuzon a retrouvé le