La Société toulousaine à la fin du XVIII'' siècle
MONSIEUR DU liARRY 211
d'une compagne, et la voulut, cette fois, noble, très jeune et très jolie. M"'' de Rabaudy-Montoussin, qu'il élut, réunissait ces qualités; il l'épousa et, bien certain, désormais, de ne pas être obligé de partager avec un tiers les bénéfices, au cas où sa nouvelle union serait aussi lucrative que l'avaient été ses relations avec Jeanne Bécu, il vint produire sa jeune femme à Paris. Mais il dut rabattre de ses prétentions ; l'honnôtc Louis XYI était inaccessible à certain genre de tentation, et c'est le beau Galonné qui semble avoir profité de la nouvelle trouvaille de Jean du Barry. Celui-ci avait perdu, d'ailleurs, son savoir-faire d'autrefois. Un monde nouveau avait surgi où il se sentait dépaysé, et ses séjours à Paris, qu'habitait sa femme, se faisaient plus rares.
Au commencement de la Terreur, toute la famille du Barry se trouvait réunie à Toulouse et, dès les premiers troubles, on put facilement prévoir que la liquidation approchait. Le 4 septembre 1793, on arrêta le ci-devant comte Guillaume, au moment où il montait en voiture pour se rendre aux eaux de Bagnères; on l'écroua à la maison d'arrêt de la Visitation, rue du Périgord ; son frère vint l'y rejoindre quinze jours plus tard ; Madeleine Lemoine, déclarée suspecte, fut incarcérée à l'ancien couvent des chanoinesses de Saint-Sernin ; le 10 octobre, c'était le tour de Chon et de Bitschi,
(i filles d'un naturel immoral, dit le registre d'écrou, et regrettant fort Fancien régime ». Ainsi les conventionnels en mission dans la Haute-Garonne pouvaient écrire au Comité de Salut public, sous la date du 14 octobre : « La famille du Barry est dans nos mains ; nous avons pensé qu'une simple arrestation no suffisait pas pour des dilapidateurs aussi scandaleux de la fortune publique. »
Jean du Barry, qui aimait ses aises et tenait à passer confortablement ses derniers jours, s'était lait suivre à la prison d'un mobilier complet, lit de plumes, fauteuils moelleux, vaisselle plate, toilette d'argent massif; Guillaume, plus indifférent, se contenta du régime des détenus; même il livra ses dernières économies, 700 francs, à son frère, afin que celui-ci put, jusqu'au bout, se donner le plaisir de la bonne chère i. Le Roué, malgré tout, était soucieux ; sa santé déclinait; l'inaction lui était fatale: « Se lever, se coucher, disait-il, voilà qui est bien monotone pour un homme accoutumé à la grande intrigue. »
Il s'avouait découragé et « las de la lutte » ; de son immense fortune il ne lui restait plus que 2.000 livres de rentes et le chiffre de ses dettes s'élevait à 430.000 francs. Sa belle demeure était séquestrée, ses collections confisquées, le mobilier mis en vente...