Archives nationales, F
l'étape d'où ils gagnaient les divers locaux qui leur étaient assignés. Il séjourna ensuite pendant deux jours rue Carême-Prenant, dans une des maisons que Spin avait machinées; puis on le retrouve à Ghaillot, dans un confortable pavillon, au bord du ileuve, loué depuis six mois pour servir d'asile au prince dont les royalistes escomptaient la venue et qui s'entêta à ne point passer la mer. Le pavillon de Chaillot était le quartier général de Georges et il y céda, pour quelques nuits, sa chambre au général : c'était une belle pièce, à deux fenêtres, ouvrant sur une terrasse; les rideaux étaient de basin blanc uni et les meubles de bois laqué couvert de velours bleu et blanc'.
Pichegru avait logé ensuite à l'hùtel du Cercle, rue Richelieu, chez un fournisseur des guerres, nommé Rolland ; le proscrit occupait là une chambre dont la cloison, vitrée par le haut, éclairait un corridor ; la porte était également vitrée et garnie d'un rideau très léger ; comme Pichegru avait l'habitude de lire fort tard dans son lit, les gens qui passaient dans le corridor le voyaient aussi distinctement que s'il eût couché sur la place publique; il quitta donc l'hôtel du Cercle pour l'hôtel du Commerce, où il ne resta que trois jours, l'ex-général Lajolais, son ami, ayant loué, sous un faux nom, un appartement, rue Culture-Sainte-Catherine, où il put trouver un asile
l. Archives nationales, F" 630.j.
plus sûr. Il demeura aussi pendant quelques nuits chez un employé de la dette publique, nommé Verdet, qui habitait, rue du Puits-de-l'Ermite. un premier étage en face de Saint-Pélagie ; (ensuite il se présenta, sous le nom de Prévost, chez une jeune ouvrière en modes, Suzanne Gilles, rue des Noyers; il y resta pendant quarante-huit heures; mais Suzanne, ayant eu connaissance de la véritable identité de son hôte, fut prise de peur et le mit à la porte^.
Cependant des patrouilles de policiers et de gendarmes gardaient toutes les rues : les troupes de la garnison, de Paris étaient réparties, armes chargées,, le long des boulevards extérieurs : nul ne sortait, la nuit, de la ville, sous quelque prétexte que ce fût, et, comme les cimetières étaient situés hors de Fenceinte, les commissaires de service aux barrières avaient reçu Tordre de faire ouvrir devant eux les cercueils qu'on y transportait, pour peu qu'ils suspectassent la sincérité des larmes de ceux qui les accompagnaient-. Les Parisiens, troublés dans leurs, habitudes, n'osaient grommeler, mais ils ricanaient discrètement, bien persuadés que le complot était « une invention de la police », et que Pichegru n'avait pas mis, depuis sept ans, le pied en France.
Dans une maison de la rue Vivienne, presqu"en
1. Archives nationales, F' 6391 à 6403: — et Procès de Georges, paxsim.