‹ Vieilles maisons, vieux papiersChapitre 42 sur 52 · La vérité dévoilée par le temps · texte numérisé non relu

La vérité dévoilée par le temps

rée se passe en causeries. Vers neuf heures on se lève, et tous, comme des gens heureux de prolonger une réunion intime, font le projet de conduire Pichegru à son nouveau domicile. Treille, sa femme, M"* de Caux elle-même sont de la partie : par la rue Golbert, passant sous la lourde arcade de la Bibliothèque, on gagne la rue Richelieu. Quand l'Opéra faisait relâche, et c'était le cas ce soir-là, les alentours du théâtre étaient peu éclairés et déserts. Qui, du reste, eût pu suspecter un groupe causant librement et comprenant une femme et une jeune fille?

La rue Chabanais, vers laquelle on se dirigeait, n'était pas, comme elle l'est aujourd'hui, percée jusqu'à la rue Rameau. Elle commençait rue des Petits-Champs, se heurtait à un haut immeuble aujourd'hui démoli, devant lequel elle tournait à angle droit pour se terminer rue Sainte-Anne, par le tronçon qui porte aujourd'hui le nom de rue Gherubini. Elle formait, à proprement parler, deux impasses se rencontrant en équerre et dont le carrefour était extrêmement sombre et solitaire, encadré d'énormes bâtisses percées de sept étages de petites fenêtres.

C'est là qu'habitait Leblanc : la maison oii il occupait un petit logement portait le n" 39, — c'est aujourd'hui le n° 11. La cour, commune à deux immeubles, n'a certainement pas changé

■depuis cent ans : c'est une sorte de puits, d'aspect lugubre, où, par les plus beaux soleils d'été, la demi-obscurité maintient une odeur stagnante de sous-sol.

Leblanc monta son escalier, suivi de Pichegru et de Treille, qui voulaient «installer» le général. Le logement ne contenait qu'un lit, ce qui occasionna, de part et d'autre, quelques cérémonies auxquelles Leblanc coupa court en assurant qu'il trouverait lui-môme asile chez un ami. Il recommanda à sa servante son hôte comme étant un parent de Treille, venu à Paris pour affaires, souhaita une bonne nuit au général, qui lui serra chaleureusement les mains ; puis on ferma soigneusement la porte, on remit la clef à la domestique, logée à l'étage supérieur, et à qui l'on donna des ordres afin que le monsieur ne manquât d'aucun soin le lendemain, à son réveil. Leblanc redescendit avec la famille Treille et l'on se sépara dans la rue. M"^ de Caux, très émue, se jeta au cou de Leblanc et lui dit, « les yeux mouillés de larmes » : « — Ah ! conservez bien ce dépôt précieux que l'amitié vous confie! Dieu vous bénira, et les hommes, la France, un jour peut-être, vous en sera elle-même reconnaissante M... »

Nous n'oserions affirmer que cette jeune fille s'exprimât en termes aussi nobles ; mais c'est ainsi

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