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Archives nationales, F'. Dossier Rouzet

348 VIEILLES MAISOiNS, VIEUX PAPIERS

la situation. On était en pleine Terreur et leCDmité de Salut public, auquel parvenaient ces missives, tenait le couteau suspendu sur la tête des « soixantetreize » à qui il ne restait qu'une chance de salut, de se faire oublier. Rouzet, lui, ne cesse d'entretenir ses chers collègues de ses petites infirmités : un jour il leur confie qu'il a une fluxion sur les yeux dont il souffre beaucoup. Quelques jours plus tard il décrit son rhumatisme et se plaint des vents coulis qui lui viennent de sa fenêtre. Il remarque « qu'il a servi sur mer et sur terre dans la guerre de 1756 » — il avait alors quatorze ans — « et que la frugalité républicaine fut son partage dès son enfance » ; mais vraiment la caserne des Carmes est bien peu confortable, et il témoigne le désir « daller prendre les bains de Dax ou de Bagnères ». Pourtant il ne veut pas qu'on s'inquiète outre mesure : « Heureusement, je n'ai jamais abusé de mon tempérament et m'étant toujours conduit de manière à n'avoir jamais eu besoin, de ma vie, pas même d'un verre de tisane, je puis espérer qu'un bon régime et la prospérité de mon pays ranimeront un peu mes forces^. »

Les chers collègues, c'étaient Robespierre, Billaud, Saint-Just, Gollot, Gouthon... et l'on n'imagine guère ce qu'ils pouvaient penser de cet homme

1. De la maison d'arrêt de la rue de Vaugirard. (Archives nationales, F^^. Dossier Rouzet.

placide qui, à l'heure où la mort raflait, à grands coups de faux, les têtes des détenus entassés dans les maisons d'arrêt, émettait tranquillement l'idée « d'aller prendre les bains de Dax ou de Bagnères », à leur choix !

Le 9 Thermidor survint et Rouzet obtint, à défaut d'une villégiature plus lointaine, d'être transféré à Charonne dans la maison du D'^ Belhomme'. C'était l'Eden dont rêvaient, comme d'un lieu d'asile, les dix mille détenus entassés dans les prisons de Paris.

Le propriétaire de cet établissement ne s'occupait pas plus de médecine que de politique : lié avec quelques-uns des puissants de l'époque, il avait employé son crédit à obtenir une sauvegarde tacite en faveur de sa maison; les prisonniers qu'on lui confiait, sous le prétexte de rétablir leur santé, étaient assurés — tant qu'ils payaient — de ne point tomber sous la griffe de Fouquier-Tinville. Ses pensionnaires étaient à peine surveillés et rien ne leur eût été plus facile que de s'évader; mais aucun, comme bien on pense, n'en avait l'idée.

Il y avait là des Talleyrand-Périgord, des Gramont, des Rochechouart, des Nicolaï... Cette noble compagnie était égayée par les plus jolies actrices du Théâtre-Français, M"" Lange et Mézeray^, qui

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