ERMITE
(l^r juillet.)
S. Thibaut descendait de la famille des comtes tle Chaaipagne. Il eut pour père le comte Arnoiil, et naquit à Provins en Brie, en 1017. Il reçut au baptême le nom de Thibaut^ archevêque de Vienne, son oncle, qui était en grande vénération pour ses vertus. Dans sa jeunesse il préserva son cœur de la corruption du monde; plus on s'efforçait de lui inspirer du goût pour les vanités du siècle, plus il prenait de précautions pour se prémunir contre les pièges qu'on lui tendait.
En lisant les vies des pères du désert il fut singulièrement touché des exemples de perfection qu'il y voyait, et il se sentit un grand désir de les imiter. Les vies de S. Jean Baptiste, de S. Paul ermite, de S. Antoine et d'Arsène firent sur lui une impression singulière. II soupirait sans cesse après le Ijonheur qu'ils avaient eu de goûter les douceurs delà solitude et de converser continuellement avec Dieu par l'exercice de la prière et de la contemplation. Souvent il visitait un pieux solitaire nommé Burchard, tjuî vivait dans une petite île de la Seine et il s'essayait, sous sa conduite, à la pratique du jeûne, des veilles et des différentes mortificatious de la pénitence. Son père voulut inutilement le retenir dans le monde enlui proposant des partis avantageux et des postes brillants, soit h la cour, soit dans les armées."^'
Eudes II, son parent, comte de Champagne, de
s. TIIIBA.UT. 455
Chartres, de Blois et de Tours, prétendait succéder à Rodolphe III, dit le Faiîicant, dernier roi d'Arles, mort le 6 septembre 1002, en qualité de neveu de ce prince, étant fils de Berthe, sa sœur; mais l'empereur Conrad le Sallgue s'empara du royaume de Bourgogne en vertu du testament du feu roi. Ceci occasionna une querelle, qui eutbicntôt allumé le flambeau de la guerre. Arnoul chargea son fds de commander les troupes qu'il envoyait au secours de son parent. Celte commission déplut cxlrêmement à Thibaut; il représenta à son père l'obligation où il était d'accomplir le vœu qu'il avait fait d'abandonner le monde, et il obtint h la fm ce qu'il avait demandé de la manière la plus pressante.
Peu de temps après il s'en alla h fabbaye de Saint-Rcmi de Reims, avec un de ses amis nommé Gautier. Etant arrivés ils renvoyèrent chacun leur domestique et parlirent secrètement. Ils échangèrent leurs habits contre les haillons de doux mendiants, et se rendirent à pied en Allemagne. La forêt de Pelingen en Souabe leur ayant paru propre à l'exécution de leur dessein, ils s'y arrêtèrent et s'y construisirent des cellules. Ils avaient appris de Burchard que la vie ascétique exige le travail des mains, et que les anciens solitaires s'occupaient à faire des nattes ou des paniers. Pour y suppléer ils allaient dans les villages voisins exercer le métier des manœuvres sons les maçons et se joindre aux serviteurs des fermiers, afin de partager avec eux les travaux pénibles et dégoûtants. Ils employaient leur salaire à acheter du pain bis, qui faisait toute leur nourriture. Lorsque la nuit était venue ils se retiraient dans leur forêt, y chantaient ensemble